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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


jeudi 6 décembre 2012

Paquet cadeau



Charles Berte, poète lunévillois couronné de nombreux prix, a délaissé la contrainte des vers pour une forme d'écriture plus libre.

La neige recouvrait la cité en cette nuit de Noël et le Château resplendissait de mille feux.
Des flots de lumière cascadaient du sommet du donjon à l'esplanade où se dressaient des sapins aux boules multicolores.
Les rues s'étiraient à la clarté des guirlandes et rampes électriques et les gens pressaient le pas en direction des Saints lieux pour assister à la Messe de minuit.
Blotti à l'abri de la bise, un homme gisait sur l'escalier de pierre conduisant au Musée. Recroquevillé pour lutter contre le froid insinuant, il portait un bonnet sur les oreilles et son cache-nez masquait un jeune visage. Un par-dessus élimé l'enveloppait et les bras croisés sur la poitrine essayaient de garder un peu de chaleur. Couvertes d'un lainage, les chaussures reposaient sur une marche.
Il somnolait bercé par instants par une musique douce provenant de la salle des Trophées où des couples se livraient à leur passe-temps favori. Jamais il n'avait pu connaître de repos depuis l'orphelinat, vécu sans amour, ni plaisir, pas plus que durant les années d'apprentissage et de labeur à l'usine. Vinrent le chômage et les allocations.
Un jour d'été, fauché sur la route, il se retrouve à l'hôpital pour ne sortir un bras handicapé. Dès lors, il vivotait, acceptant des petits boulots et la charité humaine.
Seul et dans soutien, il errait dans les Bosquets lorsque des cris et des aboiements furieux attirèrent son attention. Des gamins excitaient un caniche et, à coups de pieds, l'expédiaient dans le canal. Englué dans les herbes, le malheureux animal se débattait et il dut entrer dans l'eau et nager pour le sauver. Depuis, ils ne se quittaient plus.
Hélas ! Un jour de marché, le caniche se précipitait sur un jeune garçon et, aboyant de toutes ses forces, lui déchirait une jambe de son pantalon. Malgré les coups, l'animal revenait à la charge et il fallut plusieurs personnes pour le calmer et l'emmener vers un refuge.
De nouveau seul, il rêvait d'un climat amical. Amical était le mot. Avoir un confident et ne plus des trouver à ressasser son infortune. Et dans cette nuit de ferveur pouvait-on l'aider ? Il rêvait, quand un traîneau venu de la rue Chanzy déboucha sur l'esplanade et, la traversant, s'arrêta près de l'escalier. Un homme barbu en robe rouge descendit en consultant son calepin; il avait répondu aux nombreuses lettres et déposé des colis dan toute la ville. Il en restait un et, ne sachant à qui le donner, le plaça au pied du dormeur puis, fustigeant son attelage de rennes, il s'élança vers les étoiles.
Quand l'homme se réveilla, la surprise le laissa pantois. Il ouvrit la caisse en carton et son caniche en jaillit venant lui lécher le visage !

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