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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


samedi 20 octobre 2012

Baba-Yaga




Dans un village de la campagne russe vivait une petite fille qui n’avait plus de maman. Son père, qui était déjà assez vieux, se remaria, mais il ne sut pas bien choisir. Sa nouvelle femme était méchante, c’était une marâtre. Elle détestait la petite fille et la traitait mal.
 - Comment faire pour me débarrasser de cette enfant ? songeait la marâtre.
Un jour que son mari s’était rendu au marché vendre du blé, elle dit à la petite fille : 
- Va chez ma sœur, ta gentille tante et demande-lui une aiguille et du fil pour te coudre une chemise. La petite fille mit son joli fichu rouge et partit. En route, comme elle était maligne, elle se dit : 
- J’irai d’abord demander conseil à ma vraie gentille tante, la sœur de ma vraie maman.
Sa tante la reçut avec beaucoup de plaisir. 
- Tante, dit la petite fille, la nouvelle femme de papa m’a envoyée chez sa sœur lui demander une aiguille et du fil pour me coudre une chemise. Mais d’abord, je suis venue te demander, à toi, un bon conseil. 
- Tu as eu raison. La sœur de ta marâtre n’est autre que Baba-Yaga, la cruelle ogresse ! Mais écoute-moi : il y a chez Baba-Yaga un bouleau qui voudra te fouetter les yeux avec ses branches, noue un ruban autour de son tronc. Tu verras une grosse barrière qui grince et qui voudra se refermer toute seule, mets de l’huile sur ses gonds. Des chiens voudront te dévorer, jette-leur du pain. Enfin, tu verras un chat qui te crèverait les yeux, donne-lui un bout de jambon.
 - Merci bien, ma tante, répondit la petite fille.
Elle marcha longtemps puis arriva enfin à la maison de Baba-Yaga.
Baba-Yaga était en train de tisser. 
- Bonjour ma tante. 
- Bonjour, ma nièce. 
- Ma mère m’envoie te demander une aiguille et du fil pour qu’elle me couse une chemise. 
- Bon, je m’en vais te chercher une aiguille bien droite et du fil bien blanc. En attendant assieds-toi à ma place et tisse.
 La petite fille se mit au métier. Elle était bien contente. Soudain, elle entendit Baba-Yaga dire à sa servante dans la cour : 
- Chauffe le bain et lave ma nièce soigneusement. Je veux la manger au dîner. La petite fille trembla de peur. Elle vit la servante entrer et apporter des bûches et des fagots et de pleins seaux d’eau. Alors elle fit un grand effort pour prendre une voix aimable et gaie et elle dit à la servante : 
- Eh ! ma bonne, fends moins de bois et pour apporter l’eau, sers-toi plutôt d’une passoire ! 
Et elle donna son joli fichu rouge à la servante.
La petite fille regardait autour d’elle de tous les côtés. Le feu commençait à flamber dans la cheminée. Il avait beau être un feu d’ogresse, sa flamme était vive et claire. Et l’eau commençait à chanter dans le chaudron, et bien que ce fût une eau d’ogresse, elle chantait une jolie chanson.
Mais Baba-Yaga s’impatientait. De la cour, elle demanda : 
- Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ? 
- Je tisse, ma tante, je tisse. 
Mais sans faire de bruit, la petite fille se lève, va à la porte... Mais le chat est là, maigre, noir, effrayant ! De ses yeux verts il regarde les yeux bleus de la petite fille. Et déjà il sort ses griffes pour les lui crever. Mais elle lui donne un morceau de jambon cru et lui demande doucement : 
- Dis-moi, je t’en prie, comment je peux échapper à Baba-Yaga ?
Le chat mange d’abord tout le morceau de jambon, puis il lisse ses moustaches et répond :
 - Prends ce peigne et cette serviette, et sauve-toi. Baba-Yaga va te poursuivre en courant. Colle l’oreille contre la terre. Si tu l’entends approcher, jette la serviette, et tu verras ! Si elle te poursuit toujours, colle encore l’oreille contre la terre, et quand tu l’entendras sur la route, jette le peigne et tu verras !
La petite fille remercia le chat, prit la serviette et le peigne et s’enfuit.
Mais à peine hors de la maison, elle vit deux chiens encore plus maigres que le chat, tout prêts à la dévorer. Elle leur jeta du pain tendre et ils ne lui firent aucun mal. Ensuite, c’est la grosse barrière qui grinça et qui voulut se refermer pour l’empêcher de sortir de l’enclos. Mais comme sa tante le lui avait dit, elle lui versa toute une burette d’huile sur les gonds et la barrière s’ouvrit largement pour la laisser passer. Sur le chemin, le bouleau siffla et s’agita pour lui fouetter les yeux. Mais elle noua un ruban rouge à son tronc, et voilà que le bouleau la salua et lui montra le chemin. Elle courut, elle courut, elle courut.
Pendant ce temps, le chat s’était mis à tisser. De la cour, Baba-Yaga demanda encore une fois : 
- Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ? 
- Je tisse, ma vieille tante, je tisse, répondit le chat d’une grosse voix. 
Furieuse, Baba-Yaga se précipita dans la maison. Plus de petite fille ! Elle rossa le chat et cria :
 - Pourquoi ne lui as-tu pas crevé les yeux, traître ? 
- Eh ! dit le chat, voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m’as jamais donné le plus petit os, tandis qu’elle m’a donné du jambon !
Baba-Yaga rossa les chiens. 
- Eh ! dirent les chiens, voilà longtemps que nous sommes à ton service, et nous as-tu seulement jeté une vieille croûte ? Tandis qu’elle nous a donné du pain tendre ! 
Baba-Yaga secoua la barrière. 
- Eh ! dit la barrière, voilà longtemps que je suis à ton service et tu ne m’as jamais mis une seule goutte d’huile sur les gonds, tandis qu’elle m’en a versé une pleine burette ! 
Baba-Yaga s’en prend au bouleau. 
- Eh ! dit le bouleau, voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m’as jamais décoré d’un fil, tandis qu’elle m’a paré d’un beau ruban de soie  ! 
- Et moi, dit la servante, à qui pourtant on ne demandait rien, et moi, depuis le temps que je suis à ton service, je n’ai jamais reçu de toi ne serait-ce qu’une loque, tandis qu’elle m’a fait cadeau d’un joli fichu rouge  ! 
Baba-Yaga siffla son mortier qui arriva ventre à terre et elle sauta dedans. Jouant du pilon et effaçant ses traces avec son balai, elle s’élança à la poursuite de la petite fille à travers la campagne. La petite fille colle son oreille contre la terre : elle entend que Baba-Yaga approche. Alors elle jette la serviette, et voilà que la serviette se transforme en une large rivière !
Baba-Yaga fut bien obligée de s’arrêter. Elle grince des dents, roule des yeux jaunes, court à sa maison, fait sortir ses trois bœufs de l’étable et les amène près de la rivière. Et les bœufs boivent toute l’eau jusqu’à la dernière goutte. Alors Baba-Yaga reprend sa poursuite. La petite fille est loin. Elle colle l’oreille contre la terre. Elle entend le pilon sur la route. Elle jette le peigne... Et voilà que le peigne se change en une forêt touffue ! Baba-Yaga essaie d’y entrer, de scier les arbres avec ses dents. Impossible ! La petite fille écoute : plus rien. Elle n’entend que le vent qui souffle entre les sapins verts et noirs de la forêt. Pourtant elle continua de courir très vite parce qu’il commençait à faire nuit, et elle pensait : "Mon papa doit me croire perdue".
Le vieux paysan était revenu du marché. Il avait demandé à sa femme : 
- Où est la petite ? 
-Qui le sait ! répondit la marâtre. Voilà des heures que je l’ai envoyée faire une commission chez sa tante. 
Enfin, la petite fille, les joues plus roses que jamais d’avoir couru, arriva chez son père. Il lui demanda : 
- D’où viens-tu, ma petite ? 
- Ah ! dit-elle, petit père, ma mère m’a envoyée chez ma tante chercher une aiguille et du fil pour me coudre une chemise, mais ma tante, figure-toi que c’est Baba-Yaga, la cruelle ogresse !
Et elle raconta toute son histoire. Le vieil homme était très en colère. Il chassa la marâtre de sa maison et lui ordonna de ne plus jamais revenir. Depuis ce temps, la petite fille et son père vivent en paix. Je suis passée dans leur village, ils m’ont invitée à leur table, le repas était très bon et tout le monde était content.

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Conte russe

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