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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


samedi 28 avril 2012

Le hareng saur





Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.
 
*** 
Charles Cros
1842-1888

Le retour des fleurs

Comme il ne pouvait plus supporter les hommes et leur méchanceté, le plus puissant de tous les sorciers avait décidé de quitter son pays et de se réfugier tout au sommet de la plus haute des hautes montagnes. Aussitôt dit, aussitôt fait... Il s’en alla.
Un grand malheur s’abattit sur la nature ; toutes les fleurs, celles des bois, celles des prairies, celles des collines, celles des bords de mer, celles du long des rivières et celles de lacs moururent instantanément. Il n’y en eu pas une seule qui survécut. Le pays, jadis si beau et si fleuri devint rapidement un désert. Tous les animaux, les oiseaux, les papillons, les insectes s’enfuirent après la mort des fleurs. Pour voir les fleurs, les habitants ne pouvaient user que de leur imagination. Mais les enfants, qui n’avaient jamais connu ces merveilles, ne voulaient pas croire les anciens.
- Vous ne racontez que des histoires, leur disaient-ils et ils s’en allaient tristes dans le décor triste d’un pays sans fleurs.
Parmi tous ces enfants, il en était un qui ne pouvait imaginer que tout eut disparu pour toujours. Lorsque sa mère, lassée de raconter l’ancien temps, se taisait, il réclamait encore et encore d’autres histoires car il aimait entendre parler de la beauté des fleurs.
Il pensait que lorsqu’il serait un homme, il partirait à la recherche du grand sorcier et lui demanderait de redonner de la couleur au pays. 
Les années passèrent.  
Un jour, il fut grand. Son amour des fleurs avait grandi avec lui. Il s’en alla donc trouver sa mère et lui dit :
- Mère, je vais m’en aller à la recherche du grand sorcier et lui demander de nous rendre les fleurs.
Sa mère le regarda avec des yeux remplis d’effroi.
- Mais fils ! s'écria-t-elle, tout ce que je t'ai raconté n'était que des histoires. Il ne faut jamais croire aux histoires. Je te disais ce que ma mère me racontait parce qu'elle l’avait entendu raconter par sa mère qui le tenait de sa mère. Malheur à toi ! Les fleurs n'ont probablement jamais existé. Tu aurais beau marcher mille ans, jamais tu ne trouverais le sorcier qui vit tout en haut de la plus haute montagne.
Mais le fils ne l’écouta même pas, il prit son baluchon et s’en alla. Les gens du pays qui le voyaient passer se moquaient de lui :
- Ce garçon est fou ! disaient-ils. Il n’y a que les fous qui croient aux histoires. 
Le jeune homme se dirigea vers le nord. Il marcha longtemps, longtemps, longtemps et arriva au pied d'une montagne, si haute, si haute que son sommet était invisible.
Il tourna autour de la montagne, mais ne vit aucun sentier, seulement de la roche et des cailloux. Il tourna encore et encore. Las de tourner, il se dit :
- Il faudra bien que je découvre un chemin. Le sorcier a dû le prendre pour atteindre le sommet.
Il inspecta avec attention les rochers et finit par découvrir une petite marche. En regardant de plus près, il aperçut une autre petite marche et puis encore une autre. Lorsqu’il leva les yeux vers le sommet de la montagne, il aperçut un escalier et il se mit à grimper sans jamais regarder en bas pour ne pas avoir le vertige. 
A la fin du premier jour, il s’arrêta sur une terrasse. Le sommet de la montagne n'était pas visible. Il en fit de même le deuxième, puis le troisième, puis le quatrième puis le cinquième puis le sixième jour.  Il commençait à se décourager quand, au soir du septième jour, il aperçut enfin le sommet. A force de courage et malgré la fatigue accumulée depuis 7 jours, il parvient à l’atteindre juste au moment où le soleil avait complètement disparu et que la nuit avait recouvert le monstre de pierre. Arrivé tout en haut, il aperçut une source. Il se pencha pour y boire un peu d'eau. Au premier contact de l’eau sur ses lèvres, toute sa fatigue s’évapora. Il se sentit fort et heureux comme jamais dans sa vie. Tout à coup, derrière lui, il entendit une voix qui lui demanda ce qu'il était venu chercher sur la plus haute des hautes montagnes.
- Je suis venu, dit-il, pour rencontrer le grand sorcier et lui demander de nous rendre des fleurs et des insectes. Un pays sans fleurs, sans oiseaux et sans abeilles, est triste à mourir. Seule le beauté peut rendre les gens bons et je suis certain que les gens de mon pays cesseraient d'être méchants, si le sorcier leur redonnait les fleurs.
Alors, le jeune homme se sentit soulevé par des mains invisibles. Il fut transporté délicatement vers le pays des fleurs éternelles. Les mains invisibles le déposèrent sur le sol au milieu d'un tapis de fleurs multicolores. Le jeune homme ne pouvait en croire ses yeux. Il y en avait tant et jamais il n'avait imaginé que les fleurs puissent être aussi belles ! Dans l’air, un délicieux parfum flottait et les rayons du soleil dansaient sur le sol multicolore comme des milliers et des milliers d'arcs-­en-ciel. La joie du jeune homme fut si grande, qu'il se mit à pleurer.
La voix lui dit de cueillir les fleurs qu'il préférait. Il s’exécuta et en cueillit de toutes les couleurs. Quand il en eut plein les chargés, les mains invisibles le reconduisirent doucement au sommet de la montagne.

Alors, la voix lui dit :

- Rapporte ces fleurs dans ton pays. Désor­mais, grâce à ta foi et à ton courage, ton pays ne sera plus jamais sans fleurs. Il y en aura pour toutes les régions. Les vents du nord, de l'est, du sud et de l'ouest leur apporteront la pluie qui sera leur nourriture, et les abeilles vous donneront le miel qu'elles cherchent dans les fleurs.
Le jeune homme remercia et commença aussitôt la descente de la montagne qui, malgré la quantité de fleurs qu'il portait, lui parut bien plus facile que la montée.
Quand il revint dans son pays, les habitants, en apercevant les fleurs et en respirant leur parfum, ne voulurent pas croire à leur bonheur. Puis, quand ils surent qu'ils ne rêvaient pas, ils dirent :
- Ah ! nous savions bien que les fleurs existaient et que ce n'étaient pas des histoires inventées par nos ancêtres.
Et leur pays redevint un grand jardin. Sur les col­lines, dans les vallées, près des rivières, des lacs et de la mer, dans les bois, dans les champs et dans toutes les prairies, les fleurs crûrent et se multiplièrent. Tantôt c'était le vent du nord qui amenait la pluie, tantôt le vent du sud, de l'est ou de l'ouest. Les oiseaux revinrent, ainsi que les papillons et tous les insectes, et surtout les abeilles. Désormais, les gens purent man­ger du miel, et la joie revint sur la terre.
Quand les hommes virent leur terre transformée grâce au jeune homme qui avait osé ce que personne n'avait cru possible, ils lui demandèrent d'être leur roi. II accepta et il devint un roi bon, courageux et intelligent.
-
Rappelons-nous, disait-il, que c'était la méchan­ceté des hommes qui avait entraîné la disparition des fleurs de notre pays.
Et, comme personne ne voulait recommencer à habiter un désert et à être privé de miel, chacun s'efforça désormais d'être aussi bon que possible pour ne pas fâcher le grand sorcier.


***
Conte australien

vendredi 27 avril 2012

Le temps de la vie

Lorsque Dieu eut créé le monde et voulut mesurer à toutes les créatures le temps de leur vie, l'âne vint et demanda :
" Seigneur, combien de temps vivrai-je ?
- Trente ans, répondit le Seigneur, cela te convient-il ?
- Ah ! Seigneur, rétorqua l'âne, c'est un temps bien long. Pensez à mon existence fatigante : porter de lourds fardeaux du matin jusqu'au soir, transporter des sacs de blé au moulin pour que d'autres mangent le pain, n'être encouragé que par des coups de bâton et de pieds ! Retranchez donc une partie de ce temps. "
Dieu eut pitié de lui et lui fit cadeau de dix-huit années.

Consolé, l'âne partit et le chien arriva.
" Combien de temps veux-tu vivre, lui demanda Dieu, trente années sont trop longues pour l'âne, mais toi tu en seras satisfait.
- Seigneur, répondit le chien, est-ce là votre volonté ? Pensez donc comme il me faut courir, mes pieds ne le supporteraient pas aussi longtemps. Et quand je n'aurai plus de voix pour aboyer ni de dents pour mordre, que me restera-t-il d'autre que de me traîner d'un coin à l'autre et de grogner ? "
Dieu vit qu'il avait raison et lui ôta douze ans.

Le singe vient ensuite.
" Tu veux probablement bien vivre trente ans, lui dit le Seigneur, tu n'as pas besoin de travailler comme l'âne et le chien, et tu es toujours de bonne humeur.
- Ah ! Seigneur, répondit-il, il semble qu'il en soit ainsi, mais la vérité est tout autre. Lorsque la purée de millet pleut du ciel, je n'ai pas de cuillère. Il me faut toujours faire des tours amusants et des grimaces, afin que les gens rient et, s'ils me donnent une pomme et que j'y morde, elle est pourrie. La tristesse se cache si souvent derrière la gaieté ! Je ne le supporterais pas pendant trente années. "
Dieu lui fit grâce de dix années.

L'être humain arriva enfin, gai, frais et sain et il demanda à Dieu de lui compter son temps.
" Tu vivras trente ans, répondit le Seigneur, est-ce assez ?
- Quelle courte période ! s'écria l'être humain. Quand j'aurai construit ma maison et que le feu brûlera dans mon âtre, quand j'aurai planté des arbres qui fleurissent et fructifient et que je songerai à me réjouir de ma vie, devrais-je mourir ? Ô Seigneur ! prolonge mon temps.
- Je te donne les dix-huit années de l'âne, dit Dieu.
- Ce n'est pas assez, reprit l'être humain.
- Tu auras aussi les douze années du chien.
- Pas encore assez.
- Bien, alors, dit Dieu, je te donne encore les dix-huit années du singe, mais tu n'auras pas davantage. "
L'être humain partit, mais il n'était pas satisfait.

C'est ainsi que l'être humain vit soixante-dix ans. Les trente premières sont ses années humaines, elles passent vite ; il est en bonne santé, gai, il travaille avec plaisir et son existence le réjouit. Puis viennent les dix-huit années de l'âne, pendant lesquelles il est chargé d'un fardeau après l'autre : il lui faut porter le blé qui nourrit autrui, les coups de bâton et de pieds sont la récompense de ses loyaux services. Viennent ensuite les douze années du chien, il se traîne alors d'un coin à l'autre, grommelle et n'a plus de dents pour mordre. Et quand ces années-là se sont écoulées, les dix années du singe viennent en conclusion. Alors l'être humain n'a plus l'esprit clair, il fait des choses curieuses et les enfants se moquent de lui.

***
Conte de Grimm

jeudi 26 avril 2012

La fiancée du petit lapin

Il était une fois une femme avec sa fille qui avaient un beau jardin de choux. Un lapin y vint, à la saison d'hiver, et voilà qu'il leur mangeait tous les choux. Alors la femme dit à sa fille :
- Va au jardin et chasse-moi le lapin !
- Ouste ! ouste ! dit la fille. Petit lapin, tu nous boulottes tous les choux !
- Viens, fillette, dit le lapin, mets-toi sur ma queue de petit lapin et suis-moi dans ma chaumière de petit lapin.
La fille ne veut pas.
Le lendemain, revient le petit lapin qui mange encore les choux, et la femme dit à sa fille :
- Va au jardin et chasse-moi le lapin !
- Ouste ! ouste ! dit la fille. Petit lapin, encore tu nous boulottes nos choux !
- Viens, fillette, dit le lapin, mets-toi sur ma queue de petit lapin et suis-moi dans ma chaumière de petit lapin.
La fille ne veut pas.
Le surlendemain, voilà le petit lapin revenu, en train de boulotter les choux. Alors, la mère dit à sa fille :
- Va au jardin et chasse-moi le lapin !
- Viens, fillette, dit le lapin, mets-toi sur ma queue de petit lapin et suis-moi dans ma chaumière de petit lapin.
La fille s'assied sur le petit bout de queue du lapin, qui file au loin et la mène dans sa chaumière.
- Maintenant, fillette, fais bouillir le chou vert et le millet, je vais inviter les gens de la noce.
Et les invités de la noce arrivèrent tous ensemble. Mais qui étaient les gens de la noce ? Je peux te le dire parce que c'est ce qu'on m'a raconté : les invités, c'étaient tous les lapins, et le corbeau y était venu aussi comme curé pour unir les époux, et le renard était le sacristain, et l'autel sous l'arc-en-ciel.
Mais la fillette se sentait triste : elle était toute seule.
Arrive le petit lapin, qui lui dit :
- Viens servir ! Viens servir ! Les invités sont gais !
La fiancée ne dit rien. Elle pleure. Petit lapin s'en va. Petit lapin revient.
- Sers-les donc ! lui dit-il. Sers-les donc ! Les invités sont affamés !
La fiancée ne dit rien. Elle pleure. Petit lapin s'en va. Petit lapin revient.
- Sers enfin ! lui dit-il. Sers enfin ! Les invités vont s'impatienter !
La fiancée ne dit toujours rien ; alors petit lapin s'en va. Elle fait une poupée de paille, qu'elle habille de ses vêtements, lui met une cuillère de bois dans la main, la pose devant la marmite au millet, puis s'en retourne chez sa mère.
Petit lapin revient encore une fois en criant :
"Vas-tu servir ? Vas-tu servir ?" Il se précipite sur la poupée de paille et lui frappe un coup sur la tête, qui lui fait tomber son bonnet.
Il s'aperçoit alors que ce n'est pas sa fiancée et s'éloigne ; et il est tout triste.

***
Conte de Grimm

mercredi 25 avril 2012

L'oiseau de la cascade

Il y avait une fois un enfant qui plaça un piège sous une racine et prit un oiseau, un bel oiseau, l’oiseau de la cascade.
Bien.
Il le plume, le cuit, le mange.
Bien.

Quand il l’a mangé, il revient, remet le piège sous la même racine, et reprend encore le même oiseau, l’oiseau de la cascade. Alors, il court à la maison pour le mettre en cage ; mais sa mère le renvoie aux champs surveiller les semailles.
L’enfant lui dit :
- Mère, fais-moi rôtir cet oiseau.
- Oui, lui dit-elle. L’enfant retourne aux champs et fait rouler son tambour pour effrayer les autres oiseaux.
Bien.

Pendant ce temps-là, la mère tue l’oiseau, le bel oiseau, le plume, le fait rôtir et le mange elle-même, sans rien laisser. Quand l’enfant revient, il lui réclame l’oiseau.
- Je l’ai mangé, lui dit-elle.
Alors il crie.
Bien.

- Mère, donne-moi l’oiseau, l’oiseau que j’ai tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
Sa mère lui donne du maïs.
Bien.

L’enfant va cacher son maïs sur un tronc d’arbre, tout en haut, dans le creux d’un arbre mort, et, quand les termites l’ont mangé, il leur dit :
- Termites, donnez-moi mon maïs ! Donnez-moi le maïs que ma mère m’a donné. Ma mère a mangé l’oiseau que j’avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
Les termites lui font des pots de terre.
Bien.

L’enfant emporte les pots de terre. Il va les placer dans la rivière, sous la chute d’eau, pour l’épuiser . Mais quand la chute d’eau a brisé ses pots de terre, il lui dit :
- Chute d’eau, donne-moi mes pots de terre ! Donne-moi les pots de terre que les termites ont faits pour moi. Les termites ont mangé le maïs que ma mère m’avait donné. Ma mère a mangé l’oiseau que j’avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
La chute d’eau lui donne un poisson.
Bien.

L’enfant tient le poisson à la main et, comme un faucon le lui enlève, il crie :
- Faucon, donne-moi mon poisson ! Donne-moi le poisson que la chute d’eau m’a donné. La chute d’eau a brisé les pots de terre que les termites avaient faits pour moi. Les termites ont mangé le maïs que ma mère m’avait donné. Ma mère a mangé l’oiseau que j’avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
Le faucon s’arrache une plume.
Bien.

- Cette plume est à moi, dit l’enfant.
Mais le vent la lui emporte. Alors l’enfant lui dit :
- Vent donne-moi ma plume ! Donne-moi la plume que le faucon s’est arrachée pour moi. Le faucon a mangé le poisson que la chute d’eau m’avait donné. La chute d’eau a brisé les pots de terre que les termites avaient faits pour moi. Les termites ont mangé le maïs que ma mère m’avait donné. Ma mère a mangé l’oiseau que j’avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
Le vent fait tomber pour lui quelque noix de coco.
Bien.

Quand l’enfant veut ramasser les noix, un gros babouin le lui mange.
L’enfant hurle.
Il lui dit :
- Babouin, donne-moi mes noix que le vent a fait tomber. Le vent a emporté la plume que le faucon s’était arrachée pour moi. Le faucon a mangé le poisson que la chute d’eau m’avait donné. La chute d’eau a brisé les pots de terre que les termites avaient faits pour moi. Les termites ont mangé le maïs que ma mère m’avait donné. Ma mère a mangé l’oiseau que j’avais tué sous la racine, près de la cascade, sous la racine. On ne peut même plus s’amuser !
Bien.

Le babouin lui dit en éclatant de rire :
- Moi, je n’ai rien à te donner.
Alors, l’enfant l’attrapa avec une corde et l’emporta vite à la maison pour le manger.
C’était bien son tour !
Mais le feu était éteint. La maison était vide. Sa mère n’était pas là. Elle s’était noyée dans la rivière, où il y avait un bel oiseau, l’oiseau de la cascade, qui chantait ...
Alors, l’enfant partit placer un piège sous la racine, près de la cascade, sous la racine.
Et il prit un bel oiseau.
Bien.

Mais l’enfant se réveilla.

Il avait rêvé.

Alors, il se mit à faire rouler son tambour pour effrayer les autres oiseaux, tous les oiseaux qui tombaient du ciel pour dévorer les semailles.
- Oh ! qu’il fait chaud, dit-il.

***
Blaise Cendrars

mardi 24 avril 2012

Oktimiji et les canards sauvages

Il ne valait pas pas grand chose Oktimiji.il était égoïste, sournois, menteur ; aussi n'avait-il aucun ami et vivait-il seul dans un teepee, qu'il avait dressé au bord de la rivière, à l'orée d'un petit bois. Il était aussi peu agréable à regarder qu'à fréquenter, avec ses pommettes trop saillantes, sa figure mal peinte de rouge et de bleu, ses yeux entourés d'un large cercle noir et ses cheveux toujours crasseux, qui ressemblaient à des cordons sales.
Oktimiji, paresseux, ne voulait rien faire de bien. lorsqu'ils entait la faim lui mordre le ventre, il préférait voler ou user de ruse, plutôt que de chasser ou de pêcher comme tout bon Indien doit le faire. Et c'est une de ses ruses que je vais vous raconter.

Il n'avait rien à manger ce jour-là lorsque, accroupi devant son teepee, il vit au loin, dans le marécage, des oiseaux qui semblaient être des canards. Il se dit qu'il pourrait trouver là de quoi faire plusieurs bons repas ; et, prenant sa vieille couverture et son tambour, il partit en longeant la rivière.
A un endroit où se trouvaient de hautes herbes sèches, il en arracha quelques poignées et les mit dans sa couverture, dont il noua les quatre coins. Son léger fardeau sur le dos, il continua allégrement sa route ; ses lèvres grimaçaient d'un plaisir malicieux et il sautillait sur le sol sablonneux et inégal.
Les canards ne se doutaient guère des idées d'Oktimiji. Ils étaient heureux d'être ensemble dans ce marécage, de sentir le bon soleil sur leur dos, l'eau bien boueuse à leurs pattes. Ils avaient mangé à leur faim et les plus jeunes s'amusaient à se poursuivre en ramant vigoureusement. Ils chantaient et dansaient aussi, car les canards chantent et dansent quand ils sont heureux. Les plus vieux tournaient dans l'eau en larges ronds, balançant la tête de droite et de gauche, regardant avec bienveillance et avec plaisir les ébats de la jeunesse et poussant des "coin... coin..." de satisfaction.
L'air tout joyeux, Oktimiji s'avançait vers le marais. Les canards, le voyant sans armes et souriant, crurent qu'il avait bien mangé lui aussi, et que, par conséquent, il était sans méchanceté. Ne craignant rien de lui, certains parmi les plus jeunes crièrent :
- Bonjour, Oktimiji !
- Bonjour, mes amis, bonjour !
- Que portes-tu sur le dos ?
Hélas ! les canards sont souvent bavards et curieux. Ils sont aussi confiants et naïfs. Ils ne remarquèrent pas le plissement de lèvres et la lueur sournoise qui brillait dans les yeux de l'Indien. Le contenu de la couverture les intéressait trop ! Tous les cous se tendaient vers cette couverture gonflée et tous les becs, jeunes ou vieux, remuaient :
- Coin... coin... Oktimiji, que portes-tu là ?
- Oh ! rien de bien intéressant, répondit celui-ci. ce n'est qu'un paquet de chansons.
- Un paquet de chansons ? Coin... coin... Oktimiji, ouvre ton paquet, laisse-nous entendre tes chansons ! Coin... coin... coin....
Et voilà tous les canards qui accourent autour de lui, lui passant entre les jambes, lui becquetant les mollets, tirant les franges de sa tunique en peau de daim, chacun le suppliant à sa manière.
- Vous êtes mes amis et je serai heureux de faire sortir mes chansons pour vous, dit enfin Oktimiji, mais elles sont timides. Il faudrait les entendre les yeux fermés, en dansant en rond autour de moi pour les encourager.
- Qu'à cela ne tienne, Oktimiji ! Nous fermerons les yeux et danserons en rond autour de toi, pendant que sortiront tes chansons !
- Entendu, mes amours !
Et l'Indien fit d'abord asseoir les oiseaux autour de lui pendant qu'il se préparait. Puis il prit son tambour et son paquet et dit :
- Maintenant, que toutes les paupières se ferment. Ceux qui ouvrirons auront à jamais les yeux couleur de sang. Écoutez mes chansons, en dansant, les yeux fermés.
Oktimiji se mit alors à frapper sur son tambour et, à chanter doucement. Les canards se levèrent et, toujours en rond, au rythme de la chanson, ils commencèrent à danser, les yeux bien clos.
Peu à peu, le bruit du tambour cessa. La chanson fut chantée d’une voix de plus en plus forte. Le rythme en devint moins bon ; on sentait de grands mouvements, comme si Oktimiji s'agitait au centre du cercle. Que faisait-il ? Est-ce que, par hasard, les chansons voulaient s'enfuir et qu'il essayait de les rattraper ? Nul n'osait ouvrir les yeux, de peur de les avoir à jamais couleur de sang, et l'on continuait de tourner sans lever les paupières.
Tout à coup, on entendit un ci de terreur et d 'alarme : "Sauvez-vous ! Sauvez-vous !"
C'était le cri d'un des jeunes canards qui, plus curieux  que les autres et ne pouvant résister davantage à la tentation, avait voulu voir ce qui se passait. Et qu'avait-il vu ?
Debout au milieu du cercle, Oktimiji chantait, mais tout en chantant, il attrapait celui des canards qui passait devant lui et lui tordait le cou avant que le malheureux eût le temps de pousser un cri de souffrance ou d'alarme.
Ce fut la débandade. Tous se sauvèrent, aussi loin et du mieux qu'ils purent : les jeunes s'envolèrent à tire d'ailes, malgré les battements précipités de leur cœur et les vieux, s’aidant à la fois de leurs pattes et de leurs ailes, essayèrent de se cacher dans les roseaux. Leur cœur à eux aussi battait à se rompre et leurs yeux étaient rouges de frayeur.
Pendant ce temps, Oktimiji, cruel et fourbe, riait en voyant leur épouvante et leur détresse. Il avait autour de lui une bonne douzaine de victimes, de quoi faire quelques bons repas. Il les ramassa dans sa couverture et, toujours ricanant, il partit vers son teepee en fredonnant ses chansons.
les vieux le virent s'éloigner ; et eux, qui étaient sages et prévoyants, ils disaient, en hochant la tête et en pleurant la mort des leurs :
- Oktimiji est rusé, menteur et méchant. personne ne l'aimera jamais. personne ne l'aidera quand ils era dans le besoin ! Il mourra seul dans son teepee et le Grand-Esprit ne voudra pas le recevoir au Terrain-de-chasse-des-Bienheureux, là où vont les Indiens qui, sur terre, ont été braves, justes et francs !

***
Helène Fouré-Selter
Contes et légendes de Indiens peaux-Rouges
Éditions Fernand Nathan




samedi 21 avril 2012

J'écris



J'écris des mots bizarres
J'écris des longues histoires
J'écris juste pour rire
Des choses qui ne veulent rien dire.

  Écrirec'est jouer.

J'écris le soleil
J'écris les étoiles
j'invente des merveilles
Et des bateaux à voiles.

  Écrirec'est rêver.

J'écris pour toi
J'écris pour moi
J'écris pour ceux qui liront
Et pour ceux qui ne liront pas.

  Écrirec'est aimer.

J'écris pour ceux d'ici
Ou pour ceux qui sont loin
Pour les gens d'aujourd'hui
Et pour ceux de demain.

  Écrire c'est vivre
***
Geneviève Rousseau

mercredi 18 avril 2012

L'enfant et le miroir

Un enfant élevé dans un pauvre village
Revint chez ses parents, et fut surpris d’y voir
Un miroir.
D’abord il aima son image ;
Et puis, par un travers bien digne d’un enfant,
Et même d’un être plus grand,
Il veut outrager ce qu’il aime,
Lui fait une grimace, et le miroir la rend.
Alors son dépit est extrême ;
Il lui montre un poing menaçant,
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s’en vient, en frémissant,
Battre cette image insolente ;
Il se fait mal aux mains.
Sa colère en augmente, Et furieux, au désespoir,
Le voilà, devant ce miroir,
Criant, pleurant, frappant la glace.
Sa mère, qui survient, le console, l’embrasse,
Tarit ses pleurs,et doucement lui dit :
N’as-tu pas commencé par faire la grimace
A ce méchant enfant qui cause ton dépit ?
- Oui. - Regarde à présent : tu souris, il sourit.
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même
Tu n’es plus en colère, il ne se fâche plus.
De la société tu vois ici l’emblème :
Le bien, le mal, nous sont rendus. 
***
Fable de Claris de Florian
1755-1794

lundi 16 avril 2012

Ah ! Mon beau château !


Chanson de ronde

Première ronde :
Ah ! Mon beau château !
Ma tant', tire, lire, lire ;
Ah ! Mon beau château !
Ma tant', tire, lire, lo.

Deuxième ronde :
Le nôtre est plus beau,
Ma tant', tire, lire, lire ;
Le nôtre est plus beau,
Ma tant', tire, lire, lo.

Première ronde :
Nous le détruirons,
Ma tant', tire, lire, lire ;
Nous le détruirons,
Ma tant', tire, lire, lo.

Deuxième ronde :
Comment ferez-vous ?
Ma tant', tire, lire, lire ;
Comment ferez-vous ?
Ma tant', tire, lire, lo.

Première ronde :
Nous prendrons vos filles.
Ma tant', tire, lire, lire ;
Nous prendrons vos filles
Ma tant', tire, lire, lo.

Deuxième ronde :
Laquell' prendrez-vous,
Ma tant', tire, lire, lire ;
Laquell' prendrez-vous,
Ma tant', tire, lire, lo ?

Première ronde :
Celle que voici,
Ma tant', tire, lire, lire ;
Celle que voici,
Ma tant', tire, lire, lo.

Deuxième ronde :
Que lui donn'rez-vous,
Ma tant', tire, lire, lire ;
Que lui donn'rez-vous,
Ma tant', tire, lire, lo ?

Première ronde :
De jolis bijoux,
Ma tant', tire, lire, lire ;
De jolis bijoux,
Ma tant', tire, lire, lo.

Deuxième ronde :
Nous n'en voulons pas,
Ma tant', tire, lire, lire ;
Nous n'en voulons pas,
Ma tant', tire, lire, lo.

vendredi 13 avril 2012

L'aveugle et le paralytique

Aidons-nous mutuellement,
La charge des malheurs en sera plus légère ;
Le bien que l'on fait à son frère
Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.
Confucius l'a dit ; suivons tous sa doctrine.
Pour la persuader aux peuples de la Chine,
Il leur contait le trait suivant.
Dans une ville de l'Asie
Il existait deux malheureux,
L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux.
Ils demandaient au Ciel de terminer leur vie ;
Mais leurs cris étaient superflus,
Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,
Couché sur un grabat dans la place publique,
Souffrait sans être plaint : il en souffrait bien plus.
L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,
Etait sans guide, sans soutien,
Sans avoir même un pauvre chien
Pour l'aimer et pour le conduire.
Un certain jour, il arriva
Que l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,
Près du malade se trouva ;
Il entendit ses cris, son âme en fut émue.
Il n'est tel que les malheureux
Pour se plaindre les uns les autres.
J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres :
Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.
- Hélas ! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,
Que je ne puis faire un seul pas ;
Vous-même vous n'y voyez pas :
A quoi nous servirait d'unir notre misère ?
- A quoi ? répond l'aveugle ; écoutez. A nous deux
Nous possédons le bien à chacun nécessaire :
J'ai des jambes, et vous des yeux.
Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide :
Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés ;
Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.
Ainsi, sans que jamais notre amitié décide
Qui de nous deux remplit le plus utile emploi,
Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. 
*** 
Fable de Claris de Florian 
(1755-1794)

jeudi 12 avril 2012

Plouf plouf



Plouf-Plouf, vous connaissez ?
Cela permet de choisir un joueur en éliminant successivement tous les autres. Un des participants joue le rôle de meneur. Tous les enfants se mettent en cercle, souvent accroupis, avec un pied au centre de façon à ce que les pointes des chaussures se touchent.
Le meneur commence par plouffer, en pointant du doigt deux fois de suite vers le centre du cercle, et en disant "plouf-plouf ".
Il chante ensuite une comptine, en pointant du doigt successivement tous les enfants du cercle à chaque temps de la comptine. L'enfant désigné en dernier est éliminé, et le processus recommence avec les participants restants.

Voici quelques exemples de comptines pour vos plouf-plouf :

* Ams, tram, gram,Pic et pic et colégram,Bour et bour et ratatam,Ams, tram, gram.
* Un, deux, trois, quatre, patate, ma p'tite vache a mal aux pattes, tirons-la par la queue, elle ira bien mieux. Ajout optionnel: Kazi, kaza, ce ne sera pas toi. Variante de la fin: ...dans un jour ou deux; bleu, blanc, rouge. (au Québec)
* Une balle en or tu sors
* Une carte en or c'est toi qui sors
* Une boule de gomme a dit fout l'camp
* Une allumette prend feu, sur du papier bleu. Pscchit !
* Pomme pique niquedouille, c'est toi l'andouille, mais comme le roi ne le veut pas ce ne se-ra pas toi...
* ...au bout de trois...
* ...un, deux, trois !

Autres mélodies
* Un petit cochon pendu au plafond, tirez lui la queue, il pondra des œufs (tirez lui plus fort, il pondra de l'or)
* Je fais de la bouillie pour mes petits cochons : pour un, pour deux, pour trois, pour quatre, pour cinq, pour six, pour sept, pour huit, pour neuf, bœuf ! ( un enfant désigné à chaque chiffre)
* Une vache qui pisse dans un tonneau c'est rigolo mais c'est salaud/pas beau
* Une poule sur un mur, qui picotait du pain dur, picoti, picota, lève la queue et puis s'en va.
* Une étiquette dans une bouteille... La bouteille se casse, l'étiquette s'envole !
* Une oie, deux oies, trois oies, quatre oies, cinq oies, six oies, c'est toi !
* Saaaa-rdine et crocodile et croqueda-geuda, et rachichi, et rachacha, Saaaa-rdine et crocodile et croqueda-gueda, ce ne sera pas toi le chat !

Pour rallonger une comptine :
* Mais comme la reine et le roi ne le veulent pas, ce sera toi!

mercredi 11 avril 2012

Alphabet des Scouts



Chanson enfantine

Un jour la troupe campa A A A
La pluie se mit à tomber B B B
L'orage à tout casser CCC
Faillit nous inonder A B C D

Le chef s' mit à crier É É É
À son adjoint Joseph F F F
Fais-nous vite à manger G G G
Les scouts sont sous la bâche E F G H

Les pinsons dans leur nid I I I
Les loups dans leur logis J J J
Chahutaient quel fracas K K K
Avec les hirondelles I J K L

Joseph fit de la crème M M M
Et du lapin de garenne N N N
Et même du cacao O O O
Mes amis quel souper M N O P

Soyez bien convaincus Q Q Q
Que la vie au grand air R R R
Fortifie la jeunesse S S S
Renforce la santé Q R S T

Maintenant qu'il ne pleut plus U U U
Les scouts vont se sauver V V V
Le temps est au beau fixe X X X
Plus besoin qu'on les aide U V X Z.

mardi 10 avril 2012

La moitié de poulet

… Il y avait une fois une Moitié de Poulet qui, à force de travailler et d’économiser, avait amassé cent écus. Le roi, qui avait toujours besoin d'argent, ne l'eut pas plus tôt appris qu'il vint les lui emprunter, et la Moitié de Poulet était bien fière dans les commence­ments d'avoir prêté de l'argent au roi. Mais i! vint une mauvaise année, et elle aurait bien voulu ravoir son argent. Elle avait beau écrire lettre sur lettre, tant au roi qu'à ses ministres, personne ne lui répon­dait. A la fin, elle prit la résolution d'aller chercher elle-même ses cent écus, et se mit en route pour le palais du roi.
Chemin faisant, elle rencontra un renard.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
- Prends-moi avec toi.
- Point de façon je ne ferai. Entre dans mon cou, je t'y porterai.
Le renard entra dans son cou, et la voilà partie, toute joyeuse d'avoir fait plaisir au renard.
Un peu plus loin, elle rencontra un loup.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
- Prends-moi avec toi.
- Du plaisir en aurai. Entre dans mon cou, je t'y porterai.
Le loup entra dans son cou, et la voilà partie encore une fois. C'était un peu lourd; mais la pensée que le loup était content de voyager lui donnait du courage.
Comme elle approchait du palais, elle trouva sur sa route une rivière.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
- Prends-moi avec toi.
- Bien des charges j'ai. Si tu peux tenir dans mon cou, je t'y porterai.
La rivière se fit toute petite et se glissa dans son cou. La pauvre petite bête avait bien de la peine à marcher ; mais elle arriva pourtant à la porte du palais.

Toc! toc! toc!
Le portier passa la tête par son carreau.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
Le portier eut pitié de la petite bête, qui avait un air tout innocent.
- Va-t'en, ma bellotte. Le roi n'aime pas qu'on le dérange. Mal en prend à qui s'y frette.
- Ouvrez toujours, je lui parlerai. II a mon bien, il me connaît bien.
Quand on vint dire au roi que la Moitié de Poulet demandait à lui parler, il était à table, et faisait bombance avec ses courtisans. Il se prit à rire, car il se doutait bien de quoi il s'agissait;.

- Ouvrez à ma chère amie, répondit-il, et qu'on la mette dans le poulailler.
La porte s'ouvrit, et la chère amie du roi entra tout tranquillement, persuadée qu'on allait lui rendre son argent. Mais, au lieu de lui faire monter le grand escalier, voilà qu'on la mène vers une petite cour de côté; on lève un loquet, on le pousse, et crac! ma Moitié de Poulet se trouve enfermée dans le poulailler.

Le coq, qui piquait dans une épluchure de salade, la regarda d'en haut sans rien dire. Mais les poules commencèrent à la poursuivre et à lui donner des coups de bec. II n'y a pas de bêtes plus cruelles que les poules quand il leur vient des étrangers sans défense.

La Moitié de Poulet, qui était une petite personne paisible et rangée, habituée chez elle à n'avoir jamais de querelles, se trouva bien effrayée au milieu de tant d'ennemies. Elle courut se blottir dans un coin, et cria de toutes ses forces

- Renard! Renard ! sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
Le renard sortit de son cou, et croqua toutes les poules.
La servante qui portait à manger. aux poules ne trouva que les plumes en arrivant. Elle courut, pleurant, prévenir le roi, qui se fâcha tout rouge.
- Qu'on enferme cette enragée dans la bergerie, dit-il.
Et, pour se consoler, il fit apporter d'autres bouteilles.

Une fois dans la bergerie, la Moitié de Poulet se vit encore plus en péril que dans le poulailler. Les moutons étaient les uns par-dessus les autres, et menaçaient à chaque instant de l'écraser sous leurs pieds. Elle était enfin parvenue à s'abriter derrière un pilier, quand un gros bélier vint se coucher là et faillit l'étouffer dans sa toison.
- Loup, cria-t-elle, Loup, sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
Le loup sortit de son cou, et, en un clin d’œil, étrangla tous les moutons.
.La colère du roi ne connut plus de bornes quand il apprit ce qui venait de se passer. II renversa les verres et les bouteilles, fit allumer un grand feu, et envoya chercher une broche à la cuisine.
- Ah, la scélérate! s'écria-t-il, je vais la faire rôtir pour lui apprendre à tout massacrer chez moi.

On amena devant le feu la Moitié de Poulet, qui tremblait de tous ses membres, et déjà le roi la tenait d'une main et la broche de l'autre, quand elle se dépêcha de murmurer.
- Rivière, rivière, sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
La rivière sortit de son cou, éteignit le feu et noya le roi avec tous ses courtisans.
La Moitié de Poulet, restée maîtresse du palais, chercha en vain ses cent écus : ils avaient été dépensés, et il n'en restait trace. Mais, comme il n'y avait plus personne sur le trône, elle monta dessus à la place du roi, et le peuple salua son avènement avec de grands cris de joie. II était enchanté d'avoir une reine qui savait si bien économiser...

***
Conte de Miss Sarah Cone Bryant

dimanche 8 avril 2012

Bonnes Pâques !




Passez de joyeuses Pâques les enfants
Amusez-vous, mais ne vous gavez pas trop de chocolat !
A bientôt
 

samedi 7 avril 2012

Picorette

Par une belle matinée d’été, dame Picorette, la poule blanche, picorait des grains sous une ramée de petits pois, quand une cosse lui tomba sur la queue avec une telle force qu’elle crut que le ciel allait tomber. Alors , elle pensa qu’il lui fallait aller avertir le roi, et elle s’en alla sautillant, sautillant, jusqu’à ce qu’elle rencontrât Chantecler le coq. Et Chantecler lui dit :
- Où vas-tu comme ça, Picorette la poule blanche ?
- Oh, Chantecler, dit-elle ; le ciel va tomber, et je vais le dire au toi.
- J’irai avec toi, dit Chantecler, et les voilà sautillant, sautillant, sautillant Chantecler et Picorette, et ils rencontrèrent Clopinant le canard.
Et le canard leur dit :
- Où allez-vous comme ça, Chantecler et Picorette ?
Et ils dirent :
- Oh ! Clopinant, le ciel va tomber et nous allons le dire au roi !
- J’irai avec vous, dit Clopinant.

Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, Clopinant, Chantecler et Picorette, et ils rencontrèrent Dandinette l’oie grise.
- Où allez-vous comme ça, Clopinant, Chantecler et Picorette ? lui demanda l’oie.
- Oh ! Dandinette, lui dirent-ils, le ciel va tomber, et nous allons le dire au roi.
- J’irai avec vous, dit Dandinette.

Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette et ils rencontrèrent Dandinette l’oie grise.
Où allez-vous comme ça, Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette? demanda le dindon.
- Oh ! Glouglou, lui dirent-ils, le ciel va tomber, et nous allons le dire au roi.
- J’irai avec vous, dit Glouglou.

Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, Glouglou, Dandinette, clopinant, Chantecler et Picorette, et ils rencontrèrent compère le Renard.
Et le renard leur dit :
- Où allez-vous comme ça, Glouglou et Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette ?
- Oh ! compère Renard, dirent-ils, le ciel va tomber, et nous allons le dire au roi !
Et compère renard dit doucement :
- Venez avec moi, Glouglou, et Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette, et je vous montrerai le chemin qui va au palais du roi.
Mais ils répondirent :
- Oh ! non, compère Renard, nous trouverons bien le chemin tout seuls, et nous n’avons pas besoin de vous ! Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, et ils arrivèrent au palais du roi. Le roi se mit à rire, mais il les remercia grandement et leur donna à chacun une pièce de dix sous toute neuve !

***
Conte de Miss Sarah Cone Bryant

vendredi 6 avril 2012

Les aventures de la petite souris

II y avait une fois une petite souris grise qui vivait dans un champ de blé noir, et qui avait bien envie de courir le monde. Elle se mit à trotter çà et là, fourrant son nez pointu dans tous les tas de pierres et sous toutes les touffes d'herbe, et regardant partout de ses petits yeux noirs et brillants. Tout à coup elle aperçut dans des feuilles sèches un petit objet rond, brun et lisse. C'était une grosse noisette, si polie et si brillante qu'elle eut envie de l'emporter à la maison, et elle avança sa petite patte pour la prendre, mais la noisette se mit à rouler. Souricette courut après, mais elle roulait très vite et arriva jusque sous un grand arbre, et là se glissa sous une des grosses racines.

Souricette enfonça son museau sous la racine, et vit un trou rond, avec des escaliers, tout petits, tout petits, qui descendaient dans la terre. La noisette roulait le long des escaliers avec un petit bruit : tap, tap, tap. Souricette descendit aussi les escaliers. Tap, tap, tap, en bas roulait la noisette, et en bas, tout en bas, descendait Souricette.

La noisette roula jusqu'à une petite porte, qui s'ouvrit immédiatement pour la laisser passer. La petite souris se hâta de pousser la porte, qui se referma derrière elle. Souricette se trouva dans une petite chambre et devant elle se tenait le plus drôle de petit bonhomme qu'on pût voir. If avait un bonnet rouge, une veste rouge, et de longs souliers rouges en pointe.
- Vous êtes ma prisonnière, dit-il à la petite souris.
- Et pourquoi ? fit-elle tout effarée.
- Parce que vous avez voulu voler ma jolie noisette.
- Je ne l'ai pas volée, dit Souricette, je l'ai trouvée dans le pré; elle est à moi.
- Non, c'est la mienne, dit le petit homme rouge, et vous ne l'aurez pas.

Souricette regarda partout, mais elle ne vit plus la noisette; alors elle pensa à rentrer chez elle, mais la petite porte était fermée et le petit homme rouge avait la clef. Et il dit à la pauvre petite souris
- Vous serez ma domestique; vous ferez mon lit, et vous balayerez ma maison et ferez cuire ma soupe.
Et il ajouta en ricanant :
- Et peut-être que, si vous travaillez bien, je vous donnerai la noisette pour salaire !

Ainsi la petite souris fut la servante du petit homme rouge; chaque jour, elle faisait le lit, balayait la chambre, et faisait cuire la soupe. Et chaque jour le petit homme rouge sortait par la petite porte et ne revenait que le soir, mais il avait toujours grand soin de fermer la porte et de prendre la clef, et quand Sou­ricette lui réclamait son salaire, il répondait en rica­nant :
- Plus tard ! plus tard! Vous n'avez pas encore assez travaillé.

Cela. dura longtemps, longtemps. Enfin, un jour que le petit homme rouge était très pressé, il ne tourna la clef qu'à moitié et naturellement cela ne servit à rien du tout.
La petite souris s'en aperçut tout de suite, mais elle ne voulait pas partir sans son salaire et elle chercha partout la noisette. Elle ouvrit tous les tiroirs, et regarda sur toutes les planches, mais elle ne la vit nulle part. A la fin, elle ouvrit une petite porte dans la cheminée et, juste, elle était là! dans une sorte de petit placard.
Souricette la prit vivement dans sa bouche et se sauva. Elle poussa la petite porte, vite, vite, grimpa les petits escaliers, vite, vite, passa à travers le trou sous la racine, et courut chez elle sans s'arrêter. Tout le monde fut bien content de la voir, car on la croyait morte.

Et comme elle laissait tomber la noisette sur la table, celle-ci s'ouvrit en deux avec un petit clic, comme une boîte!
Et qu'est-ce que vous pensez qu'il y avait dedans ?
Un tout petit, petit collier, en pierres brillantes, et si joli ! II était juste assez grand pour une petite souris. Souricette le portait souvent, et, quand elle ne le mettait pas, elle le gardait dans la grosse noisette. Et le méchant petit homme rouge ne put jamais retrouver Souricette, parce qu'il ne savait pas où elle demeurait.

***
Conte de Miss Sara Cone Bryant

jeudi 5 avril 2012

Petit pou et petite puce

Le petit pou et la petite puce vivaient ensemble, tenaient ensemble leur petite maison et brassaient leur bière dans une coquille d'œuf.
Un jour le petit pou tomba dans la bière et s'ébouillanta. La petite puce se mit à pleurer à chaudes larmes. La petite porte de la salle s'étonna :
- Pourquoi pleures-tu ainsi, petite puce ?
- Parce que le pou s'est ébouillanté.
La petite porte se mit à grincer et le petit balai dans le coin demanda :
- Pourquoi grinces-tu ainsi, petite porte ?
- Comment pourrais-je ne pas grincer !

Le petit pou s'est ébouillanté, la petite puce en perd la santé.

Le petit balai se mit à s'agiter de tous côtés. Une petite charrette qui passait par là, cria :
- Pourquoi t'agites-tu ainsi, petit balai ?
- Comment pourrais-je rester en place !

Le petit pou s'est ébouillanté , la petite puce en perd la santé,
et la petite porte grince à qui mieux mieux.


Et la petite charrette dit :
- Moi, je vais rouler. Et elle se mit à rouler à toute vitesse. Elle passa par le dépotoir et les balayures lui demandèrent :
- Pourquoi fonces-tu ainsi, petite charrette ?
- Comment pourrais-je ne pas foncer !

Le petit pou s'est ébouillanté , la petite puce en perd la santé,
la petite porte grince à qui mieux mieux, le balai s'agite, sauve-qui-peut !

Les balayures décidèrent alors :
- Nous allons brûler de toutes nos forces. Et elles s'enflammèrent aussitôt. Le petit arbre à côté du dépotoir demanda :
- Allons, balayures, pourquoi brûlez-vous ainsi ?
- Comment pourrions-nous ne pas brûler !

Le petit pou s'est ébouillanté , la petite puce en perd la santé,
la petite porte grince à qui mieux mieux, le balai s'agite, sauve-qui-peut !
La charrette fonce fendant les airs.


Et le petit arbre dit :
- Alors moi, je vais trembler.
Et il se mit à trembler à en perdre toutes ses feuilles. Une petite fille, qui passait par là avec une cruche d'eau à la main, s'étonna :
- Pourquoi trembles-tu ainsi, petit arbre ?
- Comment pourrais-je ne pas trembler !

Le petit pou s'est ébouillanté , la petite puce en perd la santé,
la petite porte grince à qui mieux mieux, le balai s'agite, sauve-qui-peut !
la charrette fonce fendant les airs, les balayures brûlent en un feu d'enfer.


Et la petite fille dit :
- Alors moi, je vais casser ma cruche. Et elle la cassa.
La petite source d'où jaillissait l'eau, demanda :
- Pourquoi casses-tu ta cruche, petite fille ?
- Comment pourrais-je ne pas la casser !

Le petit pou s'est ébouillanté, la petite puce en perd la santé,
la porte grince à qui mieux mieux, le balai s'agite, sauve-qui-peut !
la charrette fonce fendant les airs, les balayures brûlent en un feu d'enfer.
Et le petit arbre, le pauvre, du pied à la tête il tremble.


- Ah bon, dit la petite source, alors moi, Je vais déborder.
Et elle se mit à déborder ; et l'eau inonda tout en noyant la petite fille, le petit arbre, les balayures, la charrette, le petit balai, la petite porte, la petite puce et le petit pou, tous autant qu'ils étaient.

***
Conte de Grimm

mercredi 4 avril 2012

Le serpent blanc

Il y a maintenant fort longtemps que vivait un roi dont la sagesse était connue dans tout son royaume. On ne pouvait rien lui cacher, il semblait capter dans les airs des nouvelles sur les choses les plus secrètes. Ce roi avait une étrange habitude : tous les midis, alors que la grande table était desservie et qu'il n'y avait plus personne dans la salle, son serviteur fidèle lui apportait un certain plat. Or, ce plat était recouvert, et le valet lui-même ignorait ce qu'il contenait ; personne d'ailleurs ne le savait, car le roi ne soulevait le couvercle et ne commençait à manger que lorsqu'il était seul. Pendant longtemps cela se passa ainsi. Mais un jour, le valet, ne sachant plus résister à sa curiosité, emporta le plat dans sa chambrette et referma soigneusement la porte derrière lui. Il souleva le couvercle et vit un serpent blanc au fond du plat. Cela sentait bon et il eut envie d'y goûter. N'y tenant plus, il en coupa un morceau et le porta à sa bouche. Mais à peine sentit-il le morceau sur sa langue qu'il entendit gazouiller sous la fenêtre. Il s'approcha, écouta et se rendit compte qu'il s'agissait de moineaux qui se racontaient ce qu'ils avaient vu dans les champs et dans les forêts. Le fait d'avoir goûté au serpent lui avait donné la faculté de comprendre le langage des animaux.
Ce jour-là, justement, la reine perdit sa plus belle bague, et les soupçons se portèrent sur le valet qui avait la confiance du roi et avait donc accès partout. Le roi le fit appeler, le rudoya et menaça de le condamner s'il ne démasquait pas le coupable avant le lendemain matin. Le jeune homme jura qu'il était innocent mais le roi ne voulut rien entendre et le renvoya.
Le valet, effrayé et inquiet, descendit dans la cour où il commença à se demander comment il pourrait bien faire pour s'en tirer. Il y avait là, sur le bord du ruisseau, des canards qui se reposaient en discutant à voix basse tout en lissant leurs plumes avec leur bec. Le valet s'arrêta pour écouter. Les canards se racontaient où ils avaient pataugé ce matin-là et quelles bonnes choses ils avaient trouvées à manger puis l'un d'eux se plaignit :
- J'ai l'estomac lourd car j'ai avalé par mégarde une bague qui était sous la fenêtre de la reine.
Le valet l'attrapa aussitôt, le porta dans la cuisine et dit au cuisinier :
- Saigne ce canard, il est déjà bien assez gras.
- D'accord, répondit le cuisinier en le soupesant. Il n'a pas été fainéant et il s'est bien nourri ; il devait depuis longtemps s'attendre à ce qu'on le mette dans le four.
Il le saigna et trouva, en le vidant, la bague de la reine.
Le valet put ainsi facilement prouver son innocence au roi. Celui-ci se rendit compte qu'il avait blessé son valet fidèle et voulut réparer son injustice ; il promit donc au jeune homme de lui accorder une faveur et la plus haute fonction honorifique à la cour, que le valet choisirait.
Le valet refusa tout et demanda seulement un cheval et de l'argent pour la route, car il avait envie de partir à la découverte du monde. Aussi se mit-il en route dès qu'il eut reçu ce qu'il avait demandé.
Un jour, il passa près d'un étang où trois poissons, qui s'étaient pris dans les roseaux, étaient en train de suffoquer. On dit que les poissons sont muets, et pourtant le valet entendit leur complainte qui disait qu'ils ne voulaient pas mourir si misérablement. Le jeune homme eut pitié d'eux ; il descendit de son cheval et rejeta les trois poissons prisonniers dans l'eau. Ceux-ci recommencèrent à frétiller gaiement, puis ils sortirent la tête de l'eau et crièrent :
- Nous n'oublierons pas que tu nous as sauvés et te revaudrons cela un jour.
Le valet continua à galoper et eut soudain l'impression d'entendre une voix venant du sable foulé par son cheval. Il tendit l'oreille et entendit le roi des fourmis se lamenter :
- Oh, si les gens voulaient faire un peu plus attention et tenaient leurs animaux maladroits à l'écart ! Ce cheval stupide piétine avec ses lourds sabots mes pauvres serviteurs !
Le jeune homme s'écarta aussitôt et le roi des fourmis cria :
- Nous n'oublierons pas et te revaudrons cela un jour !
Le chemin mena le valet dans la forêt où il vit un père corbeau et une mère corbeau en train de jeter tous leurs petits du nid.
- Allez-vous-en, sacripants, croassèrent-ils, nous n'arrivons plus à vous nourrir vous êtes déjà assez grands pour vous trouver à manger tout seuls !
Les pauvres petits, qui s'agitaient par terre en battant des ailes, piaillèrent :
- Comment pourrions-nous, pauvres petits que nous sommes, subvenir à nos besoins alors que nous ne savons même pas voler ! Nous allons mourir de faim !
Le jeune homme descendit aussitôt de son cheval, le transperça de son épée et l'abandonna aux jeunes corbeaux pour qu'ils aient de quoi se nourrir. Les petits s'approchèrent et, après s'être rassasiés, crièrent :
- Nous ne t'oublierons pas et te revaudrons cela un jour !
Le valet fut désormais obligé de continuer sa route à pied. Il marcha et marcha et, après une longue marche, il arriva dans une grande ville dont les rues étaient très peuplées et très animées. Soudain, un homme arriva à cheval et annonça que l'on cherchait un époux pour la princesse royale, mais que celui qui voudrait l'épouser devrait passer une épreuve difficile et, s'il échouait, il devrait payer de sa vie. De nombreux prétendants s'y étaient déjà essayés et tous y avaient péri.
Mais le jeune homme, lorsqu'il eut l'occasion de voir la princesse, fut si ébloui de sa beauté qu'il en oublia tous les dangers. Il se présenta donc comme prétendant devant le roi.
On l'emmena immédiatement au bord de la mer et on jeta sous ses yeux un anneau d'or dans les vagues. Puis, le roi lui ordonna de ramener l'anneau du fond de la mer, et ajouta :
- Si tu émerges de l'eau sans l'anneau, les vagues te rejetteront sans cesse jusqu'à ce que tu périsses.
Tous plaignirent le jeune homme et s'en allèrent. Seul, debout sur la plage, le valet se demanda ce qu'il allait bien pouvoir faire, lorsqu'il vit soudain trois poissons s'approcher de lui. C'étaient les poissons auxquels il avait sauvé la vie. Le poisson du milieu portait dans sa gueule un coquillage qu'il déposa aux pieds du jeune homme. Celui-ci le prit, l'ouvrit et y trouva l'anneau d'or.
Heureux, il le porta au roi, se réjouissant d'avance de la récompense. Or, la fille du roi était très orgueilleuse et, dès qu'elle eut appris que son prétendant n'était pas de son rang, elle le méprisa et exigea qu'il subît une nouvelle épreuve. Elle descendit dans le jardin et, de ses propres mains, elle répandit dans l'herbe dix sacs de millet.
- Tu devras ramasser ce millet ! ordonna-t-elle. Que ces sacs soient remplis avant le lever du soleil ! Et pas un seul grain ne doit manquer !
Le jeune homme s'assit dans l'herbe et se demanda comment il allait pouvoir s'acquitter de cette nouvelle tâche. Ne trouvant pas de solution, il resta assis en attendant tristement l'aube et la mort.
Or, dès que les premiers rayons de soleil éclairèrent le jardin, il vit devant lui les dix sacs de millet remplis à ras. Ils étaient rangés les uns à côté des autres et pas un grain ne manquait. Le roi des fourmis était venu la nuit avec des milliers de ses serviteurs et les fourmis reconnaissantes avaient rassemblé tout le millet avec infiniment de soin et en avaient rempli les sacs.
La princesse descendit elle-même dans le jardin et constata avec stupéfaction que son prétendant avait rempli sa tâche. Ne sachant pourtant toujours pas maîtriser son cœur plein d'orgueil, elle déclara :
- Il a su passer les deux épreuves, mais je ne serai pas sa femme tant qu'il ne m'aura pas apporté une pomme de l'Arbre de Vie.
Le jeune homme ignorait où poussait un tel arbre, mais il décida de marcher là où ses jambes voudraient bien le porter, sans trop d'espoir de trouver l'arbre en question. Il traversa trois royaumes et il arriva un soir dans une forêt. Il s'assit au pied d'un arbre pour se reposer un peu lorsqu'il entendit un bruissement dans les branches au-dessus de sa tête et une pomme d'or tomba dans sa main. Au même moment, trois corbeaux se posèrent sur ses genoux et dirent :
- Nous sommes les trois jeunes corbeaux que tu as sauvés de la famine. Nous avons appris que tu étais en quête de la pomme d'or et c'est pourquoi nous avons traversé la mer et sommes allés jusqu'au bout du monde où se trouve l'Arbre de Vie pour t'apporter cette pomme.
Le jeune homme, le cœur joyeux, prit le chemin du retour et remit la pomme d'or à la belle princesse qui ne pouvait plus se dérober. Ils coupèrent la pomme de Vie en deux, la mangèrent ensemble et, à cet instant, le cœur de la princesse s'enflamma d'amour pour le jeune homme. Ils s'aimèrent et vécurent heureux jusqu'à un âge très avancé.

***
Conte de Grimm

mardi 3 avril 2012

Le Diable et sa Grand-Mère

Il y avait une fois une grande guerre, un roi qui avait beaucoup de soldats et des soldats qui recevaient des soldes dérisoires, dont ils ne pouvaient pas vivre. Trois d'entre eux se mirent d'accord et décidèrent de déserter.
- Si on nous attrape, on nous pendra. Qu'allons-nous faire ? dit le premier.
Et le deuxième :
- Vous voyez ce grand champ de blé. Si nous nous y cachons, personne ne nous y trouvera. L'armée n'a pas le droit d'y pénétrer et, demain, elle change de quartier.
Ils se faufilèrent dans le champ, mais l'armée ne partit pas et garda ses positions tout autour. Ils restèrent deux jours et deux nuits dans le blé. Leur faim devint telle qu'ils n'étaient pas loin de mourir. Alors ils dirent :
- À quoi nous a-t-il servi d'avoir déserté ? Nous allons périr tristement.
À ce moment-là, un dragon de feu passa dans le ciel. Il descendit vers eux et leur demanda pourquoi ils se cachaient là. Ils répondirent :
- Nous sommes trois soldats ; nous avons déserté parce que notre solde était trop basse. Mais nous allons mourir de faim si nous restons ici, ou nous pendouillerons au gibet si nous en sortons.
- Si vous acceptez de me servir pendant sept ans, dit le dragon, je vous conduirai par-dessus le gros de l'armée sans que personne puisse mettre la main sur vous.
- Nous n'avons pas le choix et il nous faut bien accepter, répondirent-ils.
Le dragon les saisit entre ses griffes, les conduisit par-delà l'armée et, loin d'elle, les posa de nouveau sur le sol. Or, le dragon n'était autre que le Diable. Il leur donna une petite cravache et dit :
- Frappez-vous avec elle ; il sortira de votre corps autant d'argent que vous en voudrez. Vous pourrez vivre en grands seigneurs, monter chevaux et rouler carrosse. Mais au bout de sept années, vous serez à moi.
Il leur présenta un livre sur lequel ils durent inscrire leurs noms.
- Avant de vous emporter, ajouta-t-il, je vous proposerai une énigme. Si vous la résolvez, vous serez libres et je ne vous tiendrai plus en ma puissance.
Le dragon s'envola. Les trois soldats se mirent à jouer de la cravache. Ils eurent de l'argent en abondance, se firent confectionner des habits de seigneurs, et voyagèrent de par le monde. Où qu'ils fussent, ils vivaient dans la joie et la félicité, roulaient carrosse et montaient chevaux, mangeaient, buvaient, mais ne commettaient pas de mauvaises actions. Le temps passa vite et quand les sept années touchèrent à leur fin, deux d'entre eux sentirent leur cœur se serrer et une grande peur les saisir. Le troisième, cependant, prenait la chose du bon côté. Il dit :
- Frères, ne craignez point ! je ne suis pas tombé de la dernière pluie ; je résoudrai l'énigme.
Ils s'en allèrent dans les champs, s'y assirent sur leur séant et les deux premiers faisaient triste figure.
Arriva une vieille femme. Elle leur demanda pourquoi ils étaient si tristes.
- Eh ! qu'est-ce que cela peut bien vous faire ? De toute façon, vous ne pouvez rien pour nous !
- Qui sait ! répondit-elle, confiez-vous à moi ; dites-moi vos tourments !
Ils lui racontèrent qu'ils avaient été les serviteurs du Diable pendant sept ans. Il leur avait procuré de l'argent à foison ; mais Ils lui avaient donné leurs signatures et ils seraient à lui si, le temps écoulé, ils ne parvenaient pas à résoudre une énigme.
La vieille dit :
- Si vous voulez vous en tirer, il faut que l'un de vous aille dans la forêt. Il arrivera à une falaise éboulée qui ressemble à une maison. Il faudra qu'il y pénètre et il y trouvera de l'aide.
Les deux soldats tristes se dirent : "Cela ne servira à rien." Et ils restèrent là. Le troisième, en revanche, celui qui était tout joyeux, se leva et s'avança dans la forêt jusqu'à ce qu'il trouvât la falaise. Dans la fausse maison, se tenait une femme vieille comme les pierres. C'était la grand-mère du Diable. Elle lui demanda d'où il venait et ce qu'il voulait. Il lui raconta tout ce qui s'était passé et, comme il lui plaisait, elle le prit en pitié et lui promit de l'aider. Elle souleva une pierre qui cachait l'entrée d'une cave et dit :
- Cache-toi ici. Tu entendras tout ce qui se dira. Reste bien tranquille et ne t'énerve pas. Quand le dragon viendra, je lui demanderai de quelle énigme il s'agit. Il me dit tout. Toi, fais attention à ce qu'il me répondra.
À minuit, le dragon arriva et réclama son repas. La grand-mère mit la table et y apporta mets et boissons pour qu'il soit content. Et ils mangèrent et burent de concert.
Tout en conversant, elle lui demanda comment s'était passée la journée et de combien d'âmes il s'était emparé.
- Je n'ai pas eu de chance aujourd'hui, répondit-il. Mais j'ai attrapé trois soldats ; ceux-là, je les aurai sûrement.
- Eh ! trois soldats, rétorqua la vieille, ce sont des gaillards ! ils peuvent encore t'échapper.
Le Diable dit d'un ton mielleux :
- Ils sont à moi ! je vais leur soumettre une énigme qu'ils seront incapables de résoudre.
- Quel genre d'énigme ? demanda la grand-mère.
- Je vais te la dire : dans la grande mer du Nord, il y a un chat marin, mort ; ce sera le rôti que je leur offrirai. Une côte de baleine leur servira de cuillère et un vieux sabot de cheval creusé leur tiendra lieu de verre à vin. Quand le Diable s'en fut allé au lit, la grand-mère souleva la pierre et fit sortir le soldat.
- As-tu bien fait attention à tout ?
- Oui, dit-il ; j'en sais assez et je me tirerai d'affaire.
Sans bruit, il se glissa par la fenêtre et en toute hâte il rejoignit ses compagnons. Il leur conta comment la grand-mère avait éventé le piège du Diable et comment il avait appris la solution de l'énigme. Ils se sentirent tout joyeux et de bonne humeur, prirent la cravache et fabriquèrent tant d'argent qu'il en roulait de tous les côtés.
Quand les sept années furent complètement écoulées, le Diable arriva avec le livre, leur montra les signatures et dit :
- Je vais vous emmener en enfer ; on vous y servira un repas. Si vous devinez la nature du rôti qui vous sera offert, vous serez libres, et vous pourrez garder la cravache.
Alors le premier soldat commença :
- Dans la grande mer du Nord, il y a un chat marin, mort. Ce sera certainement notre rôti.
Le Diable se mit en colère, dit "hum ! hum ! hum !" et demanda au deuxième :
- Mais qu'est-ce qui vous servira de cuillère ?
- Une côte de baleine sera notre cuillère.
Le Diable fit grise mine, grogna de nouveau par trois fois - "hum ! hum ! hum !" et dit au troisième :
- Savez-vous aussi ce qui vous servira de verre à vin ?
- Un vieux sabot de cheval sera notre verre à vin.
Alors le Diable s'envola en poussant un grand cri. Il n'avait plus aucun pouvoir sur eux. Quant aux trois soldats, ils conservèrent la cravache, battirent monnaie autant qu'il leur plaisait et vécurent heureux jusqu'à leur mort.

***
Conte de Grimm

lundi 2 avril 2012

Pas de chocolat pour moi ? Quelle horreur !

L’île de Pâques est une île enchantée. Le printemps y règne en permanence. L’île est couverte de fleurs qui embaument l'air. Et sur cette île demeure le Lapin de Pâques. Oui, ce grand lapin blanc au ventre rose qui parle tout comme nous! Il y possède une maison toute fleurie égayée par les chants de ses amis les oiseaux.
Toute l'année le Lapin de Pâques et ses amis les oiseaux sont absorbés par un travail qui les comble: préparer des surprises qu'ils distribuent à Pâques !
Toutefois, le Lapin de Pâques est songeur. Ses messagers, les goélands Gontrand et Gustave, rapportent de mauvaises nouvelles des pays tropicaux. Depuis des mois il y sévit une chaleur torride. Il ne pleut pas assez. La sécheresse met en péril les récoltes. Les plants de cacao et de caroube se meurent. Le Lapin de Pâques se demande comment il va faire pour fabriquer les succulentes friandises en chocolat que les enfants aiment tant.
Le temps presse ! Il faut absolument trouver une solution, sinon les enfants passeront une bien triste fête de Pâques !
Que faire ? Le Lapin de Pâques ne trouve aucune réponse. Il tourne en rond dans sa belle maison fleurie ; il se promène dans son jardin aux coloris chatoyants; il se repose sous un immense tilleul au parfum enivrant, rien n'y fait.
Il décide alors de prendre les grands moyens ! Il convoque ses assistants afin de leur faire part de la gravité de la situation. C'est d'une voix émue qu'il prononce ces paroles :
- Mes biens chers amis, l'heure est grave ! Nous ne pourrons pas fabriquer de friandises pour les enfants. Les récoltes ont échoué. Nous devons absolument trouver un moyen d'égayer la fête de Pâques. Mais comment ?
Cotcot, la poule, Tirloui, l'hirondelle , Mimi, la mésange, Jim, le geai bleu, et Tiwit, le canari se regardent, incrédules ! Quelle nouvelle inattendue ! Bien sûr, Gontrand et Gustave étaient au courant, mais ils s'étaient bien gardés d'en souffler mot aux autres afin de ne pas les inquiéter. Maintenant, revenus de leur stupeur, tout le monde se met à parler en même temps
- Pas de chocolat ! fit Tirloui
- Quelle horreur ! répondit Mimi
- Pauvres enfants ! lança Jim
- Que faire ? demanda Cotcot
Tiwit, qui avait pris le temps de réfléchir avant de parler, suggéra :
- Pourquoi vous en faire avec la récolte de chocolat ? Bien sûr que les enfants aiment les friandises ! Mais ce qui est important pour eux, c'est de savoir que vous ne les avez pas oubliés. Alors je vous propose de leur donner quelque chose de différent ! Nous avons ici beaucoup de matériaux : du papier, du bois, des roseaux, de la gouache, des perles, des coquillages, des plumes, du plâtre et des moules, bref nous pourrions leur fabriquer des jouets !
_ Ah! ça alors ! s'écria le Lapin de Pâques ravi, mon cher Tiwit, quelle idée géniale ! Oh! La La ! Je me sens délivré d'un poids énorme !
Le Lapin de Pâques frappa dans les mains :
- Mes chers amis Tiwit a trouvé la solution ! Mettons-nous à l'ouvrage immédiatement et les enfants auront chacun leur cadeau à temps pour Pâques. Comme je suis content !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Tout notre monde se retrouve à l'atelier.
Tiwit et Mimi s'installent à la table à dessin, Gontrand Gustave et Cotcot manient outils, colle et ficelle, pendant que Tirloui et Jim s'occupent de la peinture et de la finition. Le Lapin de Pâques supervise le tout.
Finalement tout est prêt. Le Lapin de Pâques est heureux. Les enfants auront de belles surprises pour Pâques.
Le Lapin de Pâques remplit son immense panier avec les jouets fraîchement sortis de son atelier. Puis, portant joyeusement son panier sur le dos, il va livrer ses cadeaux. Il fait d'immenses bonds magiques. Il doit faire vite car il faut que tout soit livré avant l'aube.
Ces chers enfants ! Le Lapin de Pâques est attendri à la pensée de leurs petits paniers sagement déposés au salon sous un arbre fleuri décoré avec amour ! Les enfants comptent sur lui et ils ne seront pas déçus !
À chaque demeure il répète les mêmes gestes. Avec son bouquet de fleurs enchantées, il frôle la fenêtre du salon et murmure une phrase secrète. La fenêtre s'ouvre et le Lapin de Pâques va déposer un cadeau dans chacun des petits paniers. Inlassablement, des centaines de fois, non, des milliers de fois, il pose ces mêmes gestes. Oui, vraiment, Pâques sera une journée merveilleuse remplie de rires, de chants et de bonheur !

***
Tiré du site :  http://www3.sympatico.ca/club.martin/

 
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