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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


jeudi 29 mars 2012

le coq de Pâques



Pour Pâques, chant pour enfants de Mannick: "le coq de Pâques"

Paroles:

Pour Pâques le coq s'est fait beau
Il a remplacé sa crête
Par un gros coquelicot
Il a mis une pâqu'rette
A la pointe de chaque ergot
Au bout de chaque plume bleue
De sa très magnifique queue
Ainsi qu'un tout petit grelot
Il a mis une violette
Le ciel se mire en son jabot

Pour Pâques le coq s'est fait beau
Au milieu des prés il se plante
En relevant son tibia
Ah que la nature est contente
Le coq d'or du clocher en haut
Chante d'une voix éclatante
Alléluia, alléluia
Mais le coq de plumes, lui, chante
Pour célébrere le temps nouveau
Cocorico, cocorico ( bis)

jeudi 22 mars 2012

Comment les Indiens de la région des grands lacs expliquent l'hiver et le printemps

Lorsque le Vent du Nord se mit à souffler vers le Sud, il chassa devant lui le "vieil homme Hiver" qui, s'arrêtant sur les bords du Grand lac, décida de s'y installer. Cette façon de désigner l'Hiver pourrait sembler étrange, puisqu'il était alors robuste et fort, mais à cause de ses longs cheveux tout blancs, les Indiens le prenaient pour un vieillard.
Il construisit patiemment sa demeure dans la grande forêt. Là, le Vent continuait à faire rage, sifflant et hurlant, brisant les branches, détachant les feuilles, qui s'envolaient dans l'espace et qu'il obligeait à danser et à tourbillonner devant lui, arrachant les nids cachés dans les branches et les oiseaux blottis dans les buissons, et causant de grands dégâts. Le Vent du Nord est en effet cruel et prend plaisir à semer la destruction.
C'était un logis bien bizarre que l'Hiver construisit pour se protéger du Vent : une sorte de hogan aux murs de glace. Pas de foyer. Alors que les Indiens de la région couvraient le sol d eleur demeure de tapis de laine ou de peaux de bêtes, lui étendit par terre un épais tapis de neige. C'était aussi de la neige qui tapissait les murs de sa maison et la recouvrait entièrement. C’était encore de la neige qu'il se mit a faire tomber, car il savait que cette neige pourrait protéger les graines confiées au sol et aussi bon nombre de petites herbes et d'insectes que le froid engourdissait.
Il vécut ainsi très occupe pendant plusieurs lunes. Depuis son arrivée dans la région,tout avait graduellement changé d'aspect autour de lui. A part les sapins et les grands pins noirs, les arbres étaient dénudés, l'herbe avait disparu, l'eau des ruisseaux et des sources était gelée. On n'entendait plus d'oiseaux. On n'apercevait plus d’écureuils. Les ours s’étaient réfugiés dans leur caverne ; les lapins dans leur terrier et la nuit les loup affamés hurlaient à la lune. Tout était devenu blanc ou gris. Certains animaux, de ceux qui osaient encore sortir, avaient changé de couleur. Pour se protéger contre le froid, ils avaient revêtu leur fourrure la plus épaisse, dont la nuance se rapprochait de celle du paysage. Ainsi les chasseurs les verraient ils moins facilement, maintenant qu'avaient disparu les hautes herbes où ils se cachaient d'habitude.
Quand l'Hiver eut construit sa maison, jeté partout ses blancs tapis, glacé les cours d'eau, il n'eut plus rien à faire. Alors, peu à peu, il commença à s'ennuyer. Un soir qu'il se tenait devant son hogan, tourné vers le Sud, il vit venir vers lui une jeune fille d'une ravissante beauté. Chose étrange, au lieu de se tasser et de craquer, la neige se mettait fondre sous les pas de cette jeune fille.
Tout en elle respirait la joie, la douceur et la bonté. Son regard brillait de l'éclat des étoiles qui s'allument dans le ciel, ses longs cheveux étaient aussi noirs que les plus des corbeaux, mais la couleur de ses joues rappelait celle des pétales d'églantines. Elle portait des vêtements d'un vert tendre garnis de bourgeons de saule et aux pieds des mocassins au broderies de vives couleurs. Quand elle respirait, l'air semblait s échauffer doucement autour d'elle. L'Hiver dit :
- Étrangère, je ne sais pas d'où tu viens, mais tu es la bienvenue chez moi. Ma demeure est triste et froide, mais elle peut t'abriter cette nuit et te protéger contre les animaux féroces qui rodent dans la forêt. Peux tu me dire qu'elle est ta tribu, toi qui portes des vêtements si étranges ? Assieds toi. Parle moi de ton pays, moi je te parlerai des mes exploits, car je suis Manitou et j'ai vu bien des lunes s'arrondir puis décroître.
La jeune fille entra et s'assit sur l'épais tapis de neige. L'Hiver pris deux pipes, les remplit de tabac et lui en présenta une. Ensemble ils fumèrent le calumet . Quand la fumée eut dégourdi la langue du vieillard, il se mit à parler. Il dit :
- Je suis Manitou. Je soupire et alors les eaux des sources et des rivières se changent en glace
- Je respire, dit la jeune fille d'une voix douce et source et rivières se mettent à jaillir et à couler.
- Je fais un signe, dit le vieillard et à mon appel, la neige vient couvrir la terre autour de moi.
- Et moi, je fais un signe et à mon appel, une pluie tiède tombe des nuages.
- Quand je marche, reprit l'hiver, la sève s’arrête dans les arbres. J'ordonne aux animaux de se cacher dans leur trou, au soleil et aux oiseaux de partir vers ces régions lointaines et les animaux se terrent, les oiseaux s'envolent et le soleil s'éloigne de moi.
 - Quand je marche, dit la jeune fille, la sève des arbres, les bourgeons naissent, les plantes lèvent la tête, les animaux sortent de leur terrier, les oiseaux reviennent et chantent.
Toute le nuit ils continuèrent à parler ainsi et l'Hiver charmé par la beauté et la grâce de sa nouvelle compagne et par la douceur de sa voix, ne s'apercevait pas que l'air de sa demeure devenait de moins en moins froid. Comme il n'était habitué ni à cette chaleur ni à ce charme, il finit par s’endormir. Alors la jeune fille alla à la porte de la maison et fit signe au soleil lointain qui, depuis longtemps n'avait osé se montrer. Le soleil se remit en route vers la région des Grands Lacs. Un oiseau le suivit, puis un autre, puis tous ceux qui avaient émigré a cause de l'Hiver.
Un geai bleu cria : " J'ai soif". La jeune fille regarda l'endroit où se trouvait la source et celle ci se mit à jaillir toute joyeuse en disant :
- Je suis libre, maintenant viens boire oiseau.
Dès qu'elle sentit l'eau de la source, la terre murmura aux graines qui avaient germé dans son sein :
- Il fait moins froid, vous pouvez sortir.
Et l'on vit les jeunes pousses se montrer timidement d'abord, puis sourire au soleil. Pendant que le vieillard continuait à dormir, sa compagne vient caresser ses cheveux blancs. Au contact de cette main, la taille du vieil homme diminua graduellement, les murs de l'habitation s'écroulèrent peu à peu, les tapis de neige se mirent à fondre.
L'Hiver finit par ne plus être qu'un tout petit être assez léger pour que la jeune fille put le prendre doucement dans ses mains. Elle se redressa alors se tenant toute droite et lumineuse au milieu des débris de sa demeure, elle appela le Vent qui venait du Sud et lui dit :
- Vent qui viens du Sud et qui t'en vas vers le Nord, emporte l'Hiver avec toi, reconduis le dans son pays. Il sera de nouveau fort et robuste quand vous arriverez dans les grandes plaines blanches qui sont là bas, bien loin au delà des lacs. Il pourra revenir ici plus tard quand les oiseaux auront élevé leurs petits, quand les écureuils auront fait de nouvelle provisions et les hommes récolté le maïs.
Le Vent prit l'Hiver et l'emporta sur un nuage. Alors la jeune fille se mit à l'ouvrage. Son souffle réchauffa l'air ; il faisait éclore les bourgeons et dresser les brins d'herbe. Les oiseaux chantaient à son approche et la ou elle passait, les sources jaillissaient, les feuilles et les fleurs se montraient et les animaux quittaient leur terrier. Tout devenait gai, heureux, brillant comme elle. Bientôt la forêt et la plaine se remplirent de lumière, de chansons et de parfums.
C'était le printemps.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et Légendes des Indiens Peaux-Rouges

samedi 17 mars 2012

Saint Patrick



Vous connaissez les farfadets ?

Ce sont des espèces de petits lutins qui fabriquent les souliers des fées et qui sont toujours habillés de vert. Ils habitent dans les bois et se tiennent à l'écart des gens.
On dit aussi qu'ils cachent des chaudrons remplis d'or au bout des arc-en-ciels.
Si vous en attrapez un essayez de lui faire dire où est son or mais attention car ils se sauvent facilement.

samedi 10 mars 2012

Le violon merveilleux

Il était une fois un ménétrier qui avait un violon merveilleux. Ce ménétrier se rendit un jour tout seul dans une forêt, laissant errer sa pensée ça et là ; et quand il ne sut plus à quoi songer, il se dit : “Le temps commence à me sembler long dans cette forêt; je veux faire en sorte qu’il m’arrive un bon compagnon.” En conséquence, il prit son violon qu’il portait sur le dos, et se mit à jouer un air qui réveilla mille échos dans le feuillage.
Il n’y avait pas longtemps qu’il jouait, lorsqu’un loup vint en tapinois derrière les arbres. “
- Ciel ! voilà un loup ! Ce n’est point là le compagnon que je désire,pensa le ménétrier.
Cependant le loup s’approcha, et lui dit :
- Eh! cher ménétrier, que tu joues bien ! ne pourrais-je pas aussi apprendre ton art ?
- La chose est facile, répondit le ménétrier, il suffit pour cela que tu fasses exactement tout ce que je te dirai.
- Oh ! cher ménétrier, reprit le loup, je veux t’obéir, comme un écolier obéit à son maître.
Le musicien lui enjoignit de le suivre, et lorsqu’ils eurent fait un bout de chemin, ils arrivèrent au pied d’un vieux chêne qui était creux et fendu par le milieu. “
- Tu vois cet arbre, dit le ménétrier, si tu veux apprendre à jouer du violon, il faut que tu places tes pattes de devant dans cette fente.
Le loup obéit ; mais le musicien ramassa aussitôt une pierre et en frappa avec tant de force les deux pattes du loup, qu’elles s’enfoncèrent dans la fente, et que le pauvre animal dut rester prisonnier.
- Attends-moi jusqu’à ce que je revienne, ajouta le ménétrier.
Et il continua sa route.
Il avait à peine marché pendant quelques minutes, qu’il se prit à penser de nouveau :
- Le temps me semble si long dans cette forêt, que je vais tâcher de m’attirer un autre compagnon.
En conséquence, il prit son violon, et joua un nouvel air. Il n’y avait pas longtemps qu’il jouait, lorsqu’un renard arriva en tapinois à travers les arbres.
- Ah! voilà un renard, se dit le musicien, ce n’est pas là le compagnon que je désire.
Le renard s’approcha, et lui dit :
- Eh! cher musicien, que tu joues bien ! Je voudrais bien apprendre ton art.
- La chose est facile, répondit le musicien, il suffit pour cela que tu fasses exactement tout ce que je te dirai.
- Oh! cher musicien, reprit le renard, je te promets de t’obéir, comme un écolier obéit à son maître.
- Suis-moi, dit le ménétrier.
Quand ils eurent marché pendant quelques minutes, ils arrivèrent à un sentier bordé des deux côtés par de hauts arbustes. En cet endroit, le musicien s’arrêta, saisit d’un côté du chemin un noisetier qu’il inclina contre terre, mit le pied sur sa cime ; puis de l’autre côté, il en fit de même avec un autre arbrisseau ; après quoi, s’adressant au renard :
- Maintenant, camarade, s’il est vrai que tu veuilles apprendre quelque chose, avance ta patte gauche. Le renard obéit, et le musicien lui lia la patte à l’arbre de gauche.
- Renard, mon ami, lui dit-il ensuite, avance maintenant ta patte droite.
L’animal ne se le fit pas dire deux fois, et le ménétrier lui lia cette patte à l’arbre de droite. Cela fait, il lâcha les deux arbustes qui se redressèrent soudain, emportant avec eux dans l’air le renard qui resta suspendu et se débattit vainement.
- Attends-moi jusqu’à ce que je revienne, dit le musicien.
Et il continua sa route.
Il ne tarda pas à penser pour la troisième fois :
- Le temps me semble long dans cette forêt ; il faut que je tâche de me procurer un autre compagnon. En conséquence, il prit son violon, et les accords qu’il en tira retentirent à travers le bois. Alors arriva, à bonds légers, un levraut.
- Ah! voilà un levraut, se dit le musicien. Ce n’est pas là le compagnon que je désire.
 - Eh! cher musicien, dit le levraut, que tu joues bien! je voudrais bien apprendre ton art.
- La chose est facile, répondit le ménétrier, il suffit pour cela que tu fasses exactement tout ce que je te dirai.
- Oh! cher musicien, reprit le levraut, je te promets de t’obéir comme un écolier obéit à son maître.
Ils cheminèrent quelque temps ensemble, puis ils arrivèrent à un endroit moins sombre du bois où se trouvait un peuplier. Le musicien attacha au cou du levraut une longue corde qu’il noua au peuplier par l’autre bout.
- Maintenant alerte ! ami levraut, fais-moi vingt fois en sautant le tour de l’arbre.
Le levraut obéit ; et quand il eut fait vingt fois le tour commandé, la corde était enroulée vingt fois autour de l’arbre, si bien que le levraut se trouva captif, et il eut beau tirer de toutes ses forces, il ne réussit qu’à se meurtrir le cou avec la corde.
- Attends-moi jusqu’à ce que je revienne, dit le musicien.
Et il poursuivit sa route.
Cependant à force de tirer, de s’agiter, de mordre la pierre et de travailler en tous sens, le loup avait fini par rendre la liberté à ses pattes en les retirant de la fente. Plein de colère et de rage, il se mit à la poursuite du musicien qu’il se promettait de mettre en pièces. Lorsque le renard l’aperçut qui arrivait au galop, il se prit à gémir et à crier de toutes ses forces :
- Frère loup, viens à mon secours ! le musicien m’a trompé.
Le loup inclina les deux arbustes, rompit les cordes d’un coup de dent, et rendit la liberté au renard qui le suivit, impatient aussi de se venger du musicien. Ils rencontrèrent bientôt le pauvre levraut, qu’ils délivrèrent également, et tous les trois se mirent à la poursuite de l’ennemi commun.
Or, en continuant son chemin, le ménétrier avait une quatrième fois joué de son violon merveilleux ; pour le coup il avait mieux réussi. Les accords de son instrument étaient arrivés jusqu’aux oreilles d’un pauvre bûcheron, qui, séduit par cette douce musique, abandonna sa besogne, et, la hache sous le bras, s’empressa de courir vers l’endroit d’où partaient les sons. “
- Voilà donc enfin le compagnon qu’il me faut ! dit le musicien, car je cherchais un homme et non des bêtes sauvages.
Puis il se remit à jouer d’une façon si harmonieuse et si magique, que le pauvre homme resta là immobile comme sous l’empire d’un charme, et que son cœur déborda de joie. C’est en ce moment qu’arrivèrent le loup, le renard et le levraut. Le bûcheron n’eut pas de peine à remarquer que ses camarades n’avaient pas les meilleures intentions. En conséquence, il saisit sa hache brillante et se plaça devant le musicien, d’un air qui voulait dire :
- Celui qui en veut au ménétrier fera bien de se tenir sur ses gardes, car il aura affaire à moi.
Aussi la peur s’empara-t-elle des animaux conjurés, qui retournèrent en courant dans la forêt. Le musicien témoigna sa reconnaissance au bûcheron en lui jouant encore un air mélodieux, puis il s’éloigna.

***
Conte des Frères Grimm

jeudi 8 mars 2012

Les Fleurs de la Petite Ida.

- Les pauvres fleurs sont tout à fait mortes ! dit la petite Ida, elles étaient si belles hier soir, et maintenant toutes les feuilles pendent ! Pourquoi ? demanda-t-elle à l'étudiant assis sur le sofa.
Elle l'aimait beaucoup, l'étudiant, il savait les plus délicieuses histoires et découpait des images si amusantes : des cœurs avec des petites dames au milieu qui dansaient ; des fleurs et de grands châteaux dont on pouvait ouvrir les portes, c'était un étudiant plein d'entrain.
- Eh bien ! sais-tu ce qu'elles ont ? dit l'étudiant. Elles sont allées au bal cette nuit, c'est pourquoi elles sont fatiguées.
- Mais les fleurs ne savent pas danser ! dit la petite Ida.
- Si, quand vient la nuit et que nous autres nous dormons, elles sautent joyeusement de tous les côtés. Elles font un bal presque tous les soirs.
- Est-ce que les enfants ne peuvent pas y aller ?
- Si, dit l'étudiant. Les enfants de fleurs, les petites anthémis et les petits muguets.
- Où dansent les plus jolies fleurs ? demanda la petite Ida.
- N'es-tu pas allée souvent devant le grand château que le roi habite l'été, où il y a un parc délicieux tout plein de fleurs ? Tu as vu les cygnes qui nagent vers toi quand tu leur donnes des miettes de pain, c'est là qu'il y a un vrai bal, je t'assure!
- J'ai été dans le parc hier avec maman, dit Ida, mais toutes les feuilles étaient tombées des arbres et il n'y avait pas une seule fleur ! Où sont-elles donc ? L'été, j'en avais vu des quantités.
- Elles sont à l'intérieur du château, dit l'étudiant. Dès que le roi et les gens de la cour s'installent à la ville, les fleurs montent du parc au château et elles sont d'une gaieté folle.
- Mais, demanda Ida, est-ce que personne ne punit les fleurs parce qu'elles dansent au château du roi ?
- Personne ne s'en doute. Parfois, la nuit, le vieux gardien fait sa ronde. Il a un grand trousseau de clés. Dès que les fleurs entendent leur cliquetis, elles restent tout à fait tranquilles, cachées derrière les grands rideaux et elles passent un peu la tête seulement. "Je sens qu'il y a des fleurs ici", dit le vieux gardien, mais il ne peut les voir.
- Que c'est amusant ! dit la petite Ida en battant des mains, est-ce que je ne pourrai pas non plus les voir ?
- Si, souviens-toi lorsque tu iras là-bas de jeter un coup d'œil à travers la fenêtre, tu les verras bien. Je l'ai fait aujourd'hui, il y avait une grande jonquille jaune étendue sur le divan, elle croyait être une dame d'honneur !
- Est-ce que les fleurs du jardin botanique peuvent aussi aller là-bas ?
- Oui, bien sûr, car si elles veulent, elles peuvent voler. N'as-tu pas vu les beaux papillons rouges, jaunes et blancs, ils ont presque l'air de fleurs, ils l'ont été du reste. Ils se sont arrachés de leur tige et ont sauté très haut en l'air en battant de leurs feuilles comme si c'étaient des ailes et ils se sont envolés. Et comme ils se conduisaient fort bien, ils ont obtenu le droit de voler aussi dans la journée, de ne pas rentrer chez eux pour s'asseoir immobiles sur leur tige. Les pétales, à la fin, sont devenus de vraies ailes.
- Il se peut du reste que les fleurs du jardin botanique n'aient jamais été au château du roi, ni même qu'elles sachent combien les fêtes y sont gaies.
- Et je vais te dire quelque chose qui étonnerait bien le professeur de botanique qui habite à côté (tu le connais). Quand tu iras dans son jardin, tu raconteras à une des fleurs qu'il y a grand bal au château la nuit, elle le répétera à toutes les autres et elles s'envoleront. Si le professeur descend ensuite dans son jardin, il ne trouvera plus une fleur et il ne pourra comprendre ce qu'elles sont devenues !
- Mais comment une fleur peut-elle le dire aux autres fleurs ? Elles ne savent pas parler.
- Évidemment, dit l'étudiant, mais elles font de la pantomime ! N'as-tu pas remarqué quand le vent souffle un peu comme les fleurs inclinent la tête et agitent leurs feuilles vertes ? C'est aussi expressif que si elles parlaient.
- Est-ce que le professeur comprend la pantomime ? demanda Ida.
- Bien sûr. Un matin, comme il descendait dans son jardin, il vit une ortie qui faisait de la pantomime avec ses feuilles à un ravissant œillet rouge. Elle disait : "Tu es si joli, et je t'aime tant !" Mais le professeur n'aime pas cela du tout, il donna aussitôt une grande tape à l'ortie sur les feuilles qui sont ses doigts, mais ça l'a terriblement brûlé et depuis il n'ose plus jamais toucher à l'ortie.
- C'est amusant, dit la petite Ida en riant.
- Comment peut-on raconter de telles balivernes, dit le conseiller de chancellerie venu en visite et qui était assis sur le sofa. Il n'aimait pas du tout l'étudiant et grognait tout le temps quand il le voyait découper des images si amusantes : un homme pendu à une potence et tenant un cœur à la main, car il avait volé bien des cœurs.

Le conseiller n'appréciait pas du tout cela et il disait comme maintenant : "Comment peut-on mettre des balivernes pareilles dans la tête d'un enfant ? Quelles inventions stupides !"
Mais la petite Ida trouvait très amusant ce que l'étudiant racontait et elle y pensait beaucoup.
La tête des fleurs pendait parce qu'elles étaient fatiguées d'avoir dansé toute la nuit, elles étaient certainement malades. Elle les apporta près de ses autres jouets étalés sur une jolie table, dont le tiroir était plein de trésors. Dans le petit lit était couchée sa poupée Sophie qui dormait, mais Ida lui dit : 
- Il faut absolument te lever, Sophie, et te contenter du tiroir pour cette nuit ; ces pauvres fleurs sont malades, et si elles couchent dans ton lit, peut-être qu'elles guériront !
 Elle fit lever la poupée qui avait un air revêche et ne dit pas un mot, elle était fâchée de prêter son lit.
Ida coucha les fleurs dans le lit de poupée, tira la petite couverture sur elles jusqu'en haut et leur dit de rester bien sagement tranquilles, qu'elle allait leur faire du thé afin qu'elles guérissent et puissent se lever le lendemain. Elle tira les rideaux autour du petit lit pour que le soleil ne leur vînt pas dans les yeux.
Toute la soirée, elle ne put s'empêcher de penser à ce que l'étudiant lui avait raconté et quand vint l'heure d'aller elle-même au lit, elle courut d'abord derrière les rideaux des fenêtres dans l'embrasure desquelles se trouvaient, sur une planche, les ravissantes fleurs de sa mère, des jacinthes et des tulipes, et elle murmura tout bas : "Je sais bien que vous devez aller au bal ! "
Les fleurs firent semblant de ne rien entendre.
La petite Ida savait pourtant ce qu'elle savait ...
Lorsqu'elle fut dans son lit, elle resta longtemps à penser. Comme ce serait plaisant de voir danser ces jolies fleurs là-bas, dans le château du roi.
- Est-ce que vraiment mes fleurs y sont allées ?
Là-dessus, elle s'endormit.

Elle se réveilla au milieu de la nuit ; elle avait rêvé de fleurs et de l'étudiant que le conseiller grondait et accusait de lui mettre des idées stupides et folles dans la tête.
Le silence était complet dans la chambre d'Ida, la veilleuse brûlait sur la table, son père et sa mère dormaient.
"Mes fleurs sont-elles encore couchées dans le lit de Sophie ?" se dit-elle. Elle se souleva un peu et jeta un coup d'œil vers la porte entrebâillée. Elle tendit l'oreille et il lui sembla entendre que l'on jouait du piano dans la pièce à côté, mais tout doucement. Jamais elle n'avait entendu une musique aussi délicate.
- Toutes les fleurs doivent danser maintenant ! dit-elle. Mon Dieu ! que je voudrais les voir ! Mais elle n'osait se lever.
"Si seulement elles voulaient entrer ici" , se dit-elle.
Mais les fleurs ne venaient pas et la musique continuait à jouer, si légèrement. A la fin, elle n'y tint plus, c'était trop délicieux, elle se glissa hors de son petit lit et alla tout doucement jusqu'à la porte jeter un coup d'œil.
Il n'y avait pas du tout de veilleuse dans cette pièce, mais il y faisait tout à fait clair, la lune brillait à travers la fenêtre et éclairait juste le milieu du parquet. Toutes les jacinthes et les tulipes se tenaient debout en deux rangs, il n'y en avait plus du tout dans l'embrasure de la fenêtre où ne restaient que les pots vides. Sur le parquet, les fleurs dansaient gracieusement.
Un grand lis rouge était assis au piano. Ida était sûre de l'avoir vu cet été car elle se rappelait que l'étudiant avait dit : "Oh ! comme il ressemble à Mademoiselle Line !"  et tout le monde s'était moqué de lui. Maintenant Ida trouvait que la longue fleur ressemblait vraiment à cette demoiselle, et elle jouait tout à fait de la même façon qu'elle.
Puis elle vit un grand crocus bleu sauter juste au milieu de la table où se trouvaient les jouets. Il alla droit vers le lit des poupées et en tira les rideaux. Les fleurs malades y étaient couchées mais elles se levèrent immédiatement et firent signe aux autres en bas qu'elles aussi voulaient danser.
Ida eut l'impression que quelque chose était tombé de la table. Elle regarda de ce côté et vit que c'était la verge de la Mi-Carême qui avait sauté par terre. Ne croyait-elle pas être aussi une fleur ?
Il était très joli, après tout, ce martinet. A son sommet était une petite poupée de cire qui avait sur la tête un large chapeau.
La verge de la Mi-Carême sauta sur ses trois jambes de bois rouge, en plein milieu des fleurs. Elle se mit à taper très fort des pieds car elle dansait la mazurka, et cette danse-là, les autres fleurs ne la connaissaient pas.
Tout à coup, la poupée de cire du petit fouet de la Mi-Carême devint grande longue, elle tourbillonna autour des fleurs de papier et cria très haut : " Peut-on mettre des bêtises pareilles dans la tête d'un enfant ! Ce sont des inventions stupides !"  Et alors, elle ressemblait exactement au conseiller de la chancellerie, avec son large chapeau, elle aussi était jaune et aussi grognon. Les fleurs en papier lui donnèrent des coups sur ses maigres jambes et elle se ratatina de nouveau et redevint une petite poupée de cire.
Le fouet de la Mi-Carême continuait à danser et le conseiller était obligé de danser avec. Il n'y avait rien à faire : il se faisait grand et long et tout d'un coup redevenait la petite poupée de cire jaune au grand chapeau noir.
Les fleurs prièrent alors le martinet de s'arrêter, surtout celles qui avaient couché dans le lit de poupée, et cette danse cessa.
Mais voilà qu'on entendit des coups violents frappés à l'intérieur du tiroir où gisait Sophie, la poupée d'Ida, au milieu de tant d'autres jouets. Le casse-noix courut jusqu'au bord de la table, s'allongea de tout son long sur le ventre et réussit à tirer un petit peu le tiroir. Alors Sophie se leva et regarda autour d'elle d'un air étonné.
- Il y a donc bal ici, dit-elle. Pourquoi ne me l'a-t-on pas dit ?
- Veux-tu danser avec moi ? dit le casse-noix.
- Ah ! bien oui ! tu serais un beau danseur !
Et elle lui tourna le dos. Elle s'assit sur le tiroir et se dit que l'une des fleurs viendrait l'inviter, mais il n'en fut rien : alors elle toussa, hm, hm, hm, mais personne ne vint.
Comme aucune des fleurs n'avait l'air de voir Sophie, elle se laissa tomber du tiroir sur le parquet dans un grand bruit. Toutes les fleurs accoururent pour l'entourer et lui demander si elle ne s'était pas fait mal, et elles étaient toutes si aimables avec elle, surtout celles qui avaient couché dans son lit.
Elle ne s'était pas du tout fait mal, affirmait-elle, et les fleurs d'Ida la remercièrent pour le lit douillet. Tout le monde l'aimait et l'attirait juste au milieu du parquet, là où scintillait la lune, on dansait avec elle et toutes les fleurs faisaient cercle autour. Sophie était bien contente, elle les pria de conserver son lit.
Mais les fleurs répondirent :
- Nous te remercions mille fois, mais nous ne pouvons pas vivre si longtemps. Demain nous serons tout à fait mortes. Mais dis à la petite Ida qu'elle nous enterre dans le jardin, près de la tombe de son canari, alors nous refleurirons l'été prochain et nous serons encore plus belles.
- Non, ne mourez pas, dit Sophie en embrassant les fleurs.
Au même instant la porte de la salle s'ouvrit et une foule de jolies fleurs entrèrent en dansant. Ida ne comprenait pas d'où elles pouvaient venir, c'étaient sûrement toutes les fleurs du château du roi. En tête s'avançaient deux roses magnifiques portant de petites couronnes d'or : c'étaient un roi et une reine. Puis venaient les plus ravissantes giroflées et des œillets qui saluaient de tous côtés. Ils étaient accompagnés de musique : des coquelicots et des pivoines soufflaient dans des cosses de pois à en être cramoisies. Les campanules bleues et les petites nivéoles blanches sonnaient comme si elles avaient eu des clochettes. Venaient ensuite quantité d'autres fleurs, elles dansaient toutes ensemble, les violettes bleues et les pâquerettes rouges, les marguerites et les muguets. Et toutes s'embrassaient, c'était ravissant à voir.
A la fin, les fleurs se souhaitèrent bonne nuit, la petite Ida se glissa aussi dans son lit et elle rêva de tout ce qu'elle avait vu.

Quand elle se leva le lendemain matin, elle courut aussitôt à la table pour voir si les fleurs étaient encore là, et elle tira les rideaux du petit lit ; oui, elles y étaient mais tout à fait fanées, beaucoup plus que la veille.
Sophie était couchée dans le tiroir, elle avait l'air d'avoir très sommeil.
- Te rappelles-tu ce que tu devais me dire ? demanda Ida.
Sophie avait l'air stupide et ne répondit pas un mot.
- Tu n'es pas gentille, dit Ida et pourtant elles ont toutes dansé avec toi.
Elle prit une petite boîte en papier sur laquelle étaient dessinés de jolis oiseaux, l'ouvrit et y déposa les fleurs mortes.
- Ce sera votre cercueil, dit-elle, et quand mes cousins norvégiens viendront, ils assisteront à votre enterrement dans le jardin afin que l'été prochain vous repoussiez encore plus belles.
Les cousins norvégiens étaient deux garçons pleins de santé s'appelant Jonas et Adolphe. Leur père leur avait fait cadeau de deux arcs, et ils les avaient apportés pour les montrer à Ida. Elle leur raconta l'histoire des pauvres fleurs qui étaient mortes et ils durent les enterrer.

***
 Conte d'Andersen

mercredi 7 mars 2012

Les petits noeuds

Il était une fois une fille, jolie comme un cœur mais fainéante et désordonnée. Lorsqu'elle se mettait parfois à filer et tombait sur un petit nœud dans la laine, elle arrachait aussitôt toute la touffe et la jetait à terre. Sa servante était une fille travailleuse et ramassait cette laine, la dénouait patiemment et la filait finement pour en tisser une étoffe et s'en faire une jolie robe.
La fille fainéante avait un jeune fiancé, et leur mariage approchait. La veille des noces, on dansa dans la maison et la servante travailleuse dansa à en perdre haleine. Et la fiancée lança :
- Tiens donc, comme la servante sait se divertir, dans la robe de ma laine qui lui sied à ravir !
Le fiancé entendit ces paroles et demanda ce qu'elles voulaient dire. La belle lui expliqua que la servante avait tissé l'étoffe de sa robe avec la laine qu'elle-même avait jetée. Dès qu'elle l'eut dit, le marié comprit que sa fiancée était une fainéante. Il la quitta, courtisa la fille travailleuse et l'épousa.

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Conte des Frères Grimm

mardi 6 mars 2012

Le Pierrot

Il était une fois un forestier qui se rendait à la chasse. Tandis qu’il pénétrait dans la forêt, il entendit pleurer comme s’il s’agissait d’un petit enfant. Il avança vers les pleurs et en approchant d’un grand arbre il vit à sa cime un petit enfant.
Au pied de l’arbre, la mère s’était endormie avec son enfant reposant sur ses genoux. Un oiseau de proie les ayant aperçus, enleva l’enfant pour le déposer au sommet du grand arbre.
Le forestier grimpa au tronc, se saisit de l’enfant et le redescendit. Il pensa :
"Ramène l’enfant à la maison pour l’élever avec ton petit Lenchen."
Il le mena donc à son foyer où les deux enfants grandirent ensemble. Comme l’enfant avait été trouvé sur un arbre après avoir été enlevé par un oiseau, il fut appelé "Pierrot". Une profonde amitié liait Pierrot et Lenchen, tellement forte que lorsque l’un d’entre eux ne voyait plus l’autre, il devenait triste.
Le forestier avait une vieille servante. Un soir elle prit deux sceaux et alla puiser de l’eau à la source. Elle fit plusieurs allers et retours. La voyant, Lenchen lui dit :
- Eh, la Sanne, pourquoi transportes-tu autant d’eau ?
-Si tu ne le répètes à personne, je te le dirai.
Lenchen lui promit de ne le dire à personne ; et la servante lui confia ce qui suit :
- Demain, lorsque le forestier sera parti à la chasse, je ferai chauffer l’eau, et lorsqu’elle bouillira j’y jetterai le Pierrot pour le faire cuire.
Le matin suivant, le forestier se leva et partit à la chasse tandis que les enfants étaient encore dans leur lit.
Alors Lenchen dit à Pierrot :
- Ne me lâche pas d’un pas et je ne te lâcherai pas d’un pas non plus et Pierrot répondit :
 - Jamais au grand jamais !
Lenchen lui dit alors :
- La Sanne est allée chercher hier soir, de nombreux sceaux d’eau et je lui ai demandé pourquoi elle faisait cela. Elle m’a confié, en faisant promettre de le dire à personne, et je lui ai promis de ne le dire à personne. Elle me dit ainsi : "Demain, lorsque le père sera parti à la chasse, je remplirai le baquet que je mettrai à bouillir, puis je jetterai le Pierrot dedans pour le faire cuire. Cependant, une fois levés, habillés, nous partirons, et nous disparaîtrons.
Alors, les deux enfants se levèrent, s’habillèrent, partirent et disparurent. Comme l’eau bouillait maintenant dans le baquet, la Sanne alla dans la chambre à coucher pour attraper le Pierrot et le jeter dedans. Mais lorsqu’elle entra et se fut approché des lits, elle vit que les deux enfants étaient partis. Elle fut prise d’angoisse, en pensant à ce qu’elle pourrait bien dire au père lorsqu’il rentrera et qu’il s’apercevra de la disparition des enfants ? "
- Partons à leur recherche et essayons de les rattraper.
 La servante envoya alors trois valets à leur recherche.
Les enfants s’étaient assis à l’orée de la forêt et lorsqu’ils virent les trois valets s’approcher, Lenchen dit à Pierrot :
- Ne me lâche pas d’un pas et je ne te lâcherai pas d’un pas non plus et Pierrot répondit,
- Jamais au grand jamais !
Puis il dit :
- Change toi en branche de rosier, moi, je me change en rose !
Les trois valets arrivèrent à l’orée du bois et virent qu’il n’y avait rien qu’une branche de rosier avec une rose dessus mais d’enfant point. Ils décidèrent qu’il n’y avait décidément rien à faire ici, ils s’en retournèrent à la maison du forestier et dirent à la servante qu’ils n’avaient, le moins du monde, rien vu d’autre qu’une branche rosier et une rose. Alors la vieille servante se fendit d’une volée de bois vert envers les valets :
- Hommes sans imagination, vous auriez dû fendre la branche de rosier et couper la rose et me les ramener, disparaissez et exécutez vous !
Ils durent ainsi repartir à la recherche des enfants, mais ces derniers les avaient vus venir de loin.
Lenchen dit à Pierrot :
- Ne me lâche pas d’un pas et je ne te lâcherai pas d’un pas non plus et Pierrot répondit,
- Jamais au grand jamais !
Puis il dit :
- Change toi en église, moi dedans, je me change en couronne !
Quand les valets arrivèrent, ils ne virent rien d’autre qu’une église et dedans, une couronne.
- Que faisons nous donc ici, retournons à la maison.
Une fois revenus, la servante demanda s’il avait trouvé quelque chose. Ils dirent qu’ils n’avaient trouvé qu’une église et dedans, une couronne.
- Fous que vous êtes, pourquoi n’avez vous pas détruit l’église et me n’avez vous rapporté la couronne qui se trouvait dedans ?
Là dessus elle se dressa sur ses jambes et partit avec les trois valets à la recherche des enfants, mais ces derniers, de loin, avaient vus venir les trois valets et la servante qui les suivait en dandinant.
Lenchen dit à Pierrot :
- Ne me lâche pas d’un pas et je ne te lâcherai pas d’un pas non plus et Pierrot répondit,
- Jamais au grand jamais !
Puis il dit :
- Change toi en mare, moi je me change en canard qui nage à sa surface !
Quand la servante arriva à l’orée du bois et qu’elle vit la mare elle s’y pencha pour la vider. Mais le canard nagea à toute vitesse sur elle, de ses ailes l’attrapa par la tête et la précipita au fond. Si bien que la vieille sorcière mourut noyée.
Enfin, les enfants retournèrent le cœur joyeux chez eux ; et si aujourd’hui ils ne sont pas morts, c’est qu’ils sont toujours en vie.

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Conte des Frères Grimm

jeudi 1 mars 2012

L'envie de voyager

Il était une fois une pauvre femme dont le fils n’avait qu’une idée en tête : voyager.
- Mais comment le pourrais-tu ? disait sa mère. Il te faudrait avoir de l’argent et tu sais bien que nous n’en avons pas !
- Je vais me débrouiller, pensa le fils, je serai honnête et partout je dirai : pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
Et pendant un certain temps, il se promenait en répétant sans arrêt :
- Pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
Il arriva ainsi vers un groupe de pêcheurs et les salua :
- Que Dieu vous garde ! Pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
- Qu’est-ce que tu racontes, chenapan, pourquoi pas beaucoup ? se fâchèrent les pêcheurs.
Et quand ils sortirent les filets, quelques poissons seulement y frétillaient, vraiment pas beaucoup. Ils chassèrent le jeune homme avec leurs bâtons.
- Tiens ! Et tiens ! Tu l’as bien mérité ! crièrent-ils. “
- Que dois-je dire alors ? demanda le jeune homme.
- Bonne pêche, tu devais dire, attrapez-en le plus possible !
Et le jeune homme continua son voyage en répétant sans arrêt : "Bonne pêche, attrapez-en le plus possible", jusqu’à ce qu’il arrive à une potence.
On était juste en train de pendre un malheureux pêcheur.
- Bonjour, commença le jeune homme, bonne pêche, attrapez-en le plus possible.
- Comment ? Quel goujat ! Que veux-tu dire par ton :"attrapez-en le plus possible" ? Tu ne crois pas qu’il y en a assez comme ça ? Selon toi il devrait y en avoir encore plus peut-être ?
Et il se fit rosser à nouveau.
- Comment devrais-je dire alors ? demanda le jeune homme. 
- Tu dois dire : Que Dieu soit miséricordieux avec cette pauvre âme .
Le jeune homme se remit à marcher et répéta partout où il allait : "Que Dieu soit miséricordieux avec cette pauvre âme." Il arriva au bord d’un fossé où il vit un équarrisseur qui s’apprêtait à supprimer un cheval. “
- Bonne journée, dit le garçon en se précipitant vers lui, que Dieu soit miséricordieux avec cette pauvre âme !
- Qu’est-ce qui te prend, chenapan ! s’écria l’homme.
Et il frappa le garçon sur la tête avec ses outils si fort que ce dernier n’entendait plus et ne voyait plus. - Qu’aurais-je dû vous dire alors ?
- Dans le fossé, charogne; dans le fossé, charogne!
Juste à cet instant un coche plein de monde arrivait par la route et le jeune homme cria : “
- À la vôtre ! Dans le fossé, charogne !
 Et le coche quitta la route et se renversa dans le fossé. Le cocher leva son fouet et frappa le jeune homme si fort que ce dernier put à peine marcher. C’est de bon gré qu’il rentra à la maison, auprès de sa mère, et ne mit plus jamais les pieds hors de chez lui.
Il avait abandonné pour toujours l’idée de voyager.

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Conte des Frères Grimm
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