BIENVENUE

Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


mercredi 29 février 2012

Monsieur Chenille

Monsieur Chenille était bien malheureux, il se déplaçait lentement et se trouvait très moche. Un jour, il rencontra Dame Libellule et tomba sous son charme. Monsieur Chenille invita Dame Libellule au restaurant pour lui avouer ses sentiments. Dame libellule, pas attirée par Monsieur Chenille accepta tout de même l'invitation car elle était belle et savait profiter de son charme pour se faire payer le restaurant par ses nombreux prétendants.
Après avoir dégusté une feuille de chou, Monsieur Chenille se jeta à l'eau :
- Dame Libellule que vous êtes belle, voulez-vous m'épouser ?
- Vous plaisantez Monsieur Chenille, vous êtes trop moche tout vert et tout gluant !
Monsieur Chenille partit en larmes et décida de ne plus jamais quitter son lit.
Mais le lendemain, Monsieur Chenille fût réveillé par une étrange sensation.
Il volait , il était tout léger et pleins de couleurs magnifiques. Monsieur Chenille décida d'entamer une nouvelle vie et d'oublier Dame Libellule. Il partit donc voler dans la clairière et rencontra par hasard Dame Libellule qui bronzait sur un nénuphar au milieu de l’Étang Bleu, elle eut un coup de foudre pour ce magnifique papillon mais elle s'en mordit les pattes car Monsieur Papillon se moquait d'elle, il venait d'apercevoir Dame Papillon.
Ils se marièrent sur le champ, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.
Dame Libellule, quant elle, resta vieille fille jusqu'à la fin de ses jours sans se remettre de son chagrin d'amour.

mardi 28 février 2012

La chouette

- Hou, Hou, Hou, Houuuuu, Houuuuu.
Sylvie dans son lit n’en menait pas large. Elle se retourna et se dit qu’elle avait rêvé, que, non, non, non, elle n’avait rien entendu.
Mais pourtant, qu’elle était donc cette ombre qui se faufilait sous sa porte, ne serait-ce pas, par hasard, le fantôme qui avait fait "Hou, Hou, Hou", et que, en fin de compte, oui, oui, oui, elle avait bien entendu ?!!!
Sylvie, n’y tenant plus, sauta d’un bond de son lit et ouvrit la porte d’un coup. Et là, elle vit… elle vit… Maman qui venait lui dire bonsoir.
- Et bien que fais-tu donc là debout dans le noir ? demanda Maman étonnée et inquiète de voir la mine défaite de sa fillette.
- Maman, dit Sylvie, il y a un fantôme qui fait des Hou, Hou, Hou uuuu… depuis tout à l’heure et il allait passer sous la porte alors, j’ai voulu le surprendre en ouvrant tout d’un coup.
Maman pris Sylvie dans ses bras et lui expliqua ceci :
- Voilà, pour le fantôme, c’est mon ombre que tu as vue dans le couloir et qu’il t’a semblé voir passer sous la porte,regarde.
Et Maman lui montre comment cela c’était produit. Sylvie fût rassurée, mais dit à Maman :
- D’accord pour le fantôme, mais pour les Hou, Hou, Hou uuuuu alors ?
Maman pris Sylvie par la main, éteignit la lumière et alla jusqu’à la fenêtre qu’elle ouvrit toute grande. La lune était toute ronde et éclairait les arbres du petit bois derrière la maison.
A nouveau, Maman lui dit de regarder très attentivement et sans faire de bruit. Sylvie se concentra et tout à coup elle entendit le fameux Hou, Hou, Hou uuuuuu. Maman lui montra sur une branche une tête tout blanche en forme de cœur avec deux beaux yeux tout ronds et grands ouverts.
- Tu vois, c’est une chouette Effraie, et sur l’autre branche là-bas, une chouette Chevêche toute marron et plus loin, sa cousine, moins visible, la chouette Hulotte. Ce sont elles qui, quand le soir tombe, se racontent les péripéties vécues les nuits précédentes.
Tout à fait rassurée, Sylvie donna un énorme bisou à Maman et dit :
- C’est normal que j’ai eu un peu peur, elles ont quand même de drôle de nom ces chouettes ! Hein ? Sylvie retourna se coucher et fit un joli rêve tout rempli de chouette "revêche", de chouette "culotte", et de chouette "effrayante" mais qui ne lui faisait plus peur.

lundi 27 février 2012

Kibou le corbeau


Il était une fois un corbeau tout triste qui s'appelait Kibou ; il en avait marre Kibou... toujours la risée de ses camarades de son espèce : les oiseaux... Tous se pavanaient devant son nez , pardon son bec...
entre le paon Léon qui frimait avec sa voix d'opérette, Jacotte la poule avec ses plumes fournies au derrière, Sophie l'oie fière, et Tico le moineau, Kibou ne se sentait pas à sa place !!!!
Tous le snobait atrocement...
Du coup Kibou commença à sentir la dépression du corbeau qui arrivait sur son bout de bec... il n'était même plus affamé du moindre asticot qui d'habitude tremblait sous la patte du volatile, et bien sur l'asticot nino en profita pour le narguer...
- Bah alors Kibou, tu me boudes ? chui plus ton met préféré ? Tu t'es reconverti sur les pousses de pissenlit ???
Nino rigolait à se tordre ses anneaux d'asticot. Kibou soupira et versa une larme, non de crocodile, mais de corbeau...
- J'en ai marre Nino, tout le monde me boude, personne ne m'aime, mon plumage est moche, mon bec est moche, mes pattes sont moches !!!...
Nino à l'aide de son bout de corps qu'il faisait remuer resta pensif. Il reprit la discussion :
- Tu es pas si moche que ça, Kibou, pis tu as l'avantage d'être un grand malin pour nous attraper nous les vers, tu n'as pas ton pareil pour bondir, fouiner avec ton bec et nous dénicher de nos planques secrètes !!!...
- Oui OK, mais vous m'aimez pas non plus puisque vous avez tous peurs de moi !!! pleurnicha de plus belle le plus noir des volatile ...
Le ver se gratta la tête et continua...
- Nous, les vers, personnellement, on préfère se faire manger par toi que par tes ridicules comparses d'oiseaux, tu l'a trouvée plus intelligente toi , la poule Jacotte, parlons-en, quand elle nous attrape, elle nous prend pour des pierres et avec son bec, elle pique pique pique encore et encore sur nos têtes, et parlons de Léon le Paon, lui il nous rend sourds avec sa voix stridente, et bien souvent mes amis meurent les tympans abimés avant qu'il ait eu le temps de nous gober... quand à l'oie Sophie, elle est si fière que avant qu'elle nous mange, elle joue méchamment avec nous et nous écrase avec ses affreuses pattes palmées...
Kibou le corbeau essuya ses larmes avec un pétale de violette que lui donna Nino.
- Que puis je faire pour qu'on me respecte enfin ? demanda Kibou
- Il faut déjà leur prouver que tu es très utile, que tu n'es pas fait uniquement pour être emprisonné dans les pièges des champs de blé !!!!!
Le ver continua sa thèse du "comment accepter les corbeaux". Il s'exclama soudain.
- Viens le corbeau , je vais devenir ton avocat, on va aller les voir ces volatiles débiles....
Ainsi Kibou suivi Nino en sautillant tandis que le ver rampait de tout son corps....
La bande d'oiseaux se faisaient bronzer au soleil, Jacotte pour passer le temps faisait une partie de coque st Jacques et driblait pour marquer un but... Sophie l'oie fière, elle, s'admirait dans l'eau de la pataugeoire, Léon lui préparait son dernier récital et Tico le moineau lui piallait pour que sa mère lui rapporte à manger ...
Le petit ver était bien décidé à plaider pour la réhabilitation de son client Kibou.
Il monta donc rapidement un tribunal et monta sur un bout de coquille d'huitre qui trainait pas là et dont Jacotte en avait oublié l'existence
un vacarme régnait, et le ver hurla : "silence ou je fais évacuer la cour !"
Le paon Léon jugea utile de l'a ramener mais le ver "grand juge" pour l'occasion, ne se laissa pas impressionner,
Il reprit !
- Qui peut voler très haut dans le ciel ? Toi Léon, toi Sophie, toi Jacotte , et toi Tico, il te faut encore ta maman pour t'aider !
- Qui peut sautiller dans les champs sans se tordre une patte ? Toi Léon, toi Sophie, Toi Jacotte, et toi Tico , il te faut encore ta maman pour t'aider à marcher !
- Qui n'a pas peur des voitures sur les routes ? Toi Léon, toi Sophie, Toi Jacotte, et toi Tico, il te faut encore ta maman pour te protéger !
- Qui évite les chasseurs le dimanche ? Vous ? Planqués dans votre basse- cour ?
- Qui sait se poser sur des fils électriques ? Vous ? Alors OK , Kibou ne sait pas chanter, Kibou n'a pas un beau ramage, Kibou est toujours détesté, que ça soit par vous, ou les hommes qui traduisent leur méchancetés envers lui au travers de leurs fables, mais Kibou est bien courageux !
Kibou renifla, et peu à peu les oiseaux se rapprochèrent de lui, Jacotte s'arracha une plume en guise de cadeau, Léon le paon, lui faisait le même présent avec une de ses plus belles plumes, Sophie lui donna un coup de patte câlin, et Tico se posa sur sa tête et lui donnant un petit coup de bec affectueux...

Ce jour là , Kibou fut porté en oiseau courageux de la basse cour et le petit ver Nino eut la vie sauve...

samedi 25 février 2012

Coco le singe aventureux

Coco le singe s'ennuyait à la maison parmi les autres jouets. Le cheval basculait toujours de la même manière, le petit chien racontait toujours la même histoire : " Vou- vou- vou !" et le camion de bois n'avait pas de moteur.
Coco réfléchissait. C'était difficile car il n'avait pas beaucoup de cervelle. Il devint de si méchante humeur qu'il ne prêta plus sa patte secourable aux jouets tombés par terre. Le chien de peluche et le cheval de bois ne reconnaissait plus le bon Coco.
D'abord pourquoi s'appelait-il Coco ? Ressemblait-il vraiment à une noix de coco ? C'est ce qu'on lui avait dit, mais il n'en était pas sûr. Il eut envie de courir le monde. Il en apprendrait des choses !
Il mit son chapeau panama et son petit veston rouge. Il remplit une gourde d'eau, se coupa un morceau de pain et du chocolat qu'il cacha dans une musette. Et tout doucement il s'en alla .
Enfin il vit le monde ! Des villes, des beaux châteaux, des lacs, des vignes et des vergers, des montagnes. Les oiseaux chantaient, les ombelles blanches s'ouvraient dans l'herbe, le ciel était tout bleu. Coco se sentait heureux. Il suivit un long chemin où il ne rencontra personne.
Il arriva dans une forêt. Il avait très soif, mais l'eau des étangs n'est pas bonne à boire. Il but de sa gourde pendant qu'une grenouille étonnée le regardait.
- Où vas-tu ?" demanda-elle.
- Très loin, je veux connaître le monde, répondit Coco.
- A moi, mon étang me suffit !
Et la grenouille sauta dedans.
Mais derrière un buisson, il aperçut un tigre qui avait une grosse tête et des oreilles comme des touffes d'herbes sèches. Coco eut peur. Il savait que le tigre est dangereux ; plus que les autres bêtes de la forêt. Il grimpa sur un arbre et s'endormit. Au matin, il eut grand faim. Mais il ne trouva rien dans sa musette. Pendant la nuit, les écureuils étaient venus chercher le pain et le chocolat. Il but l'eau qui lui restait dans sa gourde et descendit de l'arbre après quelques culbutes sur les branches.
Le tigre était parti. Il rencontra des ours et s'entendit très bien avec eux, surtout avec un petit ours qui lui donnait la main. Mais il avait de la peine à les suivre sur le sol. Coco préférait remonter sur les sapins, sauter de l'un à l'autre et lancer des pives sur le museau des ours.
En leur compagnie, il traversa d'immenses forêts. Les ours lui enseignèrent à se nourrir de noisettes, de fraises et de framboises, et du miel des abeilles sauvages. Ils l'emmenèrent ainsi jusque dans le Nord.
Là, ils procurèrent à Coco un joli traîneau et un chien polaire, très fort, qui courait plus vite qu'un cheval ! Coco glissa ainsi sur de grands déserts de neige. Il était content d'avoir pris son chapeau panama, car le soleil tapait dur.
Ainsi Coco le singe arriva chez le Roi des Ours. Il était tout blanc, avec une couronne d'or sur la tête, et son trône reposait sur une montagne de glace qui étincelait. Mais Coco avait toujours vécu en Suisse, les montagnes de glace ne l'impressionnaient guère et il avait pas un très grand respect des rois. Il ne fit pas d'élégantes courbettes, à peine sut-il enlever son chapeau.
Aux questions que lui posa le Roi des Ours, il osa répondre :
- Les Suisses n'ont jamais voulu de roi.
Le Roi des Ours ne goûta pas du tout cet esprit républicain. Il fit enfermer le pauvre Coco dans un cachot très froid. Le singe sombra dans la mélancolie, sa paupière devint de plus en plus lourde et son regard d'éteignit. Une bonne araignée vint à son secours et tissa sur le mur une toile si solide, qu'il put l'utiliser comme une échelle de corde. Hissé jusqu'au soupirail, il se laissa redescendre de l'autre côté.
Mais la prison était entourée d'une mer remplie d'icebergs qui s'entrechoquaient de manière effrayante.
- Au secours ! cria-t-il.
Par bonheur le Pilote des Glaces faisait un petit tour par là avec son hélicoptère et il descendit attraper Coco. Ils passèrent par-dessus la mer. Coco regardait. Il dit :
- Voici une île où je voudrais aller !
 Le Pilote des Glaces le déposa sur l'île. Ils se firent des signes d'adieu.
Mais c'était une baleine . Par chance, elle se montra de belle humeur. Coco n'était pas mal sur son dos. Il s'amusait beaucoup avec ses petites fontaines. Mais il avait perdu son chapeau, le vent soufflait très fort. Enfin la baleine amena Coco dans un port. Là, il prit d'abord un bateau, puis un train, puis un autobus, et il arriva dans sa petite ville.
Tout avait tellement changé en son absence ! Il y avait de nouvelles rues et de grands magasins.
Il retrouva pourtant sa maison. Il entra tout joyeux, salua le cheval à bascule, le camion de bois et le chien de peluche qui l'attendaient.
- Comme on se sent bien chez soi ! dit-il.

vendredi 24 février 2012

Diablo

Il était une fois dans la forêt de Roquebrume, un loup très féroce qui terrorisait tout le monde. On l'avait surnommé "Diablo". Il n'avait aucun ami et dès qu'il s'ennuyait, par simple méchanceté, il se mettait en chasse et dévorait tout ce qui lui tombait sous la dent. Presque tous les animaux de la forêt s'étaient enfuis pour échapper à sa folie meurtrière.
Pour l'instant, il ne s'était pas encore attaqué aux enfants... Mais pour combien de temps encore ?
Le village de Roquebrume mourrait de faim car bien sûr, on ne trouvait pas un seul gibier alentour à chasser, ni même poules, moutons, ou chèvres puisque "Diablo" les avaient tous croqués. Les pauvres mamans s'arrachaient les cheveux de désespoir en voyant leurs enfants pleurer famine et vivaient dans la peur qu'un jour le méchant animal ne vienne les dévorer.
José, le plus jeune de la communauté s'écria:
- Cela ne peut plus durer, j'irai parler à ce loup et je trouverai bien une solution.
Quand il arriva à la lisière de la forêt il entendit un hurlement de douleur et aperçut le loup couché sur le flanc, la patte sur la mâchoire, pantelant, suant à grosse goutte.
- Ah je vous en prie, sauvez-moi, soulagez-moi de cette horrible douleur de mal de dents. Je vous jure de ne chasser que pour me nourrir, vous ferez de moi tout ce que vous voudrez.
-  Bien, dit José, si jamais tu te dédis, tu auras affaire à moi.
Il examina sa mâchoire et découvrit plusieurs caries ; il va falloir que je t'arrache plusieurs dents. Il attacha plusieurs fils, les autres extrémités ayant été fixées sur les dents malades et appela Grignotin, le sanglier, un des seuls à avoir, grâce à sa force, échappé à l'appétit féroce de Diablo.
- Vas-y tires un coup sec.
On entendit un hurlement sinistre ; le loup s'était évanoui. José lui appliqua un baume à base de plantes afin de calmer la douleur.
Ils parlèrent ensuite très longtemps si bien qu'au bout de ce temps, ils étaient devenus de très bons amis et pour se faire pardonner, Diablo lui demanda la permission de chasser afin de ramener au village toute la viande nécessaire à leur survie. Ils arrivèrent au village chargés comme des baudets et José dit aux villageois:
- N'ayez plus peur de Diablo, désormais il est notre ami et il devint le meilleur compagnon de jeux des enfants.

jeudi 23 février 2012

Chat et Souris Associés

Le chat fit la connaissance d'une souris. Il l'assura si bien que ses sentiments envers elle étaient amicaux et chaleureux que la souris se laissa convaincre et finit par accepter de vivre avec le chat, sous le même toit.
- Il nous faudra faire nos réserves de nourriture pour l'hiver, dit le chat, sinon nous risquons de mourir de faim. Toi, ma petite souris, tu ne peux pas aller partout, tu pourrais te faire prendre dans un piège. C'était une bonne idée. Ils achetèrent alors un petit pot de saindoux mais ne savaient pas où le cacher. Ils réfléchirent longtemps et, finalement, le chat décida :
- Sais-tu ce que nous allons faire ? Nous le cacherons dans l'église ; on ne peut imaginer meilleure cachette ! Personne n'oserait emporter quelque chose d'une église. Nous poserons le pot sous l'autel et nous ne l'entamerons qu'en cas de nécessité absolue.
Ils portèrent donc le pot en ce lieu sûr, mais très vite le chat eut envie de saindoux. Il dit à la souris :
- Je voulais te dire, ma petite souris, ma cousine m'a demandé d'être le parrain de leur petit dernier. Ils ont eu un petit, blanc avec des taches marron et je dois le tenir pendant le baptême. Laisse-moi y aller, et occupe-toi aujourd'hui de la maison toute seule, veux-tu ?
- Bien sûr, sans problème, acquiesça la souris, vas-y, si tu veux, et pense à moi quand tu mangeras des bonnes choses. J'aurais bien voulu, moi aussi, goûter de ce bon vin doux qu'on donne aux jeunes mamans.
Mais tout cela était faux ; le chat n'avait pas de cousine et personne ne lui avait demandé d'être parrain. Il s'empressa d'aller à l'église, rampa jusqu'au petit pot de saindoux et lécha jusqu'à avoir mangé toute la graisse du dessus. Ensuite, il partit se promener sur les toits pour voir ce qu'il se passait dans le monde, et puis surtout pour trouver encore quelque chose de bon à manger. Puis il s'allongea au soleil. Et chaque fois qu'il se souvenait du petit pot de saindoux, il se léchait les babines et se caressait la moustache.
Il ne rentra à la maison que dans la soirée.
- Te voilà enfin de retour ! l'accueillit la petite souris. T'es-tu bien amusé ? Vous avez dû bien rire.
-  Oui, ce n'était pas mal, répondit le chat.
- Et quel nom avez-vous donné à ce chaton ?  demanda la souris.
- Sanledessu, répondit sèchement le chat.
- Sanledessu ? chicota la souris, quel drôle de nom! Assez rare, dirais-je. Est-il courant dans votre famille ?
 - Tu peux dire ce que tu veux, rétorqua le chat, mais ce n'est pas pire que Volemiettes, le nom de tes filleuls.
Peu de temps après, le chat se sentit de nouveau l'eau venir à la bouche. «
- Sois gentille, supplia-t-il, occupe-toi encore une fois de la maison toute seule. Fais cela pour moi, petite souris; on m'a encore demandé d'être le parrain. Le chaton a une collerette blanche au cou, je ne peux pas refuser.
La gentille souris fut d'accord. Et le chat se glissa à travers le mur de la ville, s'introduisit dans l'église et vida la moitié du pot de saindoux. «
- Rien à faire,  se dit-il, c'est bien meilleur quand on mange tout seul.
Et il se félicita de son exploit.
Lorsqu'il arriva à la maison, la petite souris demanda :
- Comment avez-vous baptisé le bébé ? 
- Miparti,  répondit le chat.
- Miparti ? Pas possible ! Je n'ai jamais entendu un nom pareil. Je parie qu'il n'est même pas dans le calendrier.
Le chat ne tarda pas à se sentir de nouveau l'eau à la bouche en pensant au pot de saindoux. «
- Jamais deux sans trois,  dit-il à la souris. On me demande de nouveau d'être le parrain. L'enfant est tout noir, seules les pattes sont blanches, elles mis à part, il n'a pas un seul poil blanc. Un enfant comme ça ne nait qu'une fois par siècle ! Tu me laisseras y aller, n'est-ce pas ? 
- Sanledessu ! Miparti ! répondit la souris, ce sont des noms si étranges. Cela ne s'est jamais vu. Ils me trottent dans la tête sans arrêt.
- C'est parce que tu restes tout le temps ici, avec ta vilaine robe gris foncé à longue natte, tu passes toutes tes journées enfermée ici, pas étonnant que tout se brouille dans ta tête, dit le chat. Voilà ce qui arrive quand on passe sa vie dans ses pantoufles. 
Le chat parti, la petite souris fit le ménage dans toute la maison. Pendant ce temps-là, le chat gourmand vida entièrement le pot de saindoux.
- Et voilà, pensa-t-il, maintenant que j'ai tout mangé, je ne serai plus tenté.
Si repu qu'il s'essoufflait en marchant, il ne rentra à la maison que la nuit, mais serein. La petite souris lui demanda aussitôt le nom du troisième chaton. «
- Je suis sûr que tu n'aimeras pas,  répondit le chat. Il s'appelle Toufini.
- Toufini ! chicota la souris. Cela parait suspect, ce nom ne me dit rien qui vaille. Je ne l'ai jamais vu imprimé quelque part. Toufini ! Qu'est ce que cela veut dire, en fait ? 
Elle hocha la tête, se roula en boule et s'endormit.
Depuis ce jour, plus personne n'invita le chat à un baptême. L'hiver arriva, et dehors, il n'y avait rien à manger. La petite souris se rappela qu'ils avaient quelque chose en réserve. «
- Viens, mon chat, allons chercher notre pot de saindoux que nous avons caché pour les temps durs. On va se régaler. 
- Tu te régaleras, tu te régaleras, marmonna le chat, cela sera comme si tu sortais ta petite langue fine par la fenêtre. 
Ils s'en allèrent et lorsqu'ils arrivèrent dans l'église, le pot était toujours à sa place mais vide.
- Ça y est, dit la souris,  je comprends tout, j'y vois clair à présent. Tu parles d'un ami ! Tu as tout mangé quand tu allais faire le parrain : d'abord Sanledessu, puis Miparti et pour finir…
- Tais-toi, coupa le chat, encore un mot et je te mange !
Mais la petite souris avait le "Toufini " sur la langue, et à peine l'eut-elle prononcé que le chat lui sauta dessus, l'attrapa et la dévora. Eh oui, ainsi va le monde.

***
Contes des Frères Grimm

mercredi 22 février 2012

Idiot de paon

Il y avait une fois un paon qui était si fier de sa queue magnifique qu’il passait toute la journée à faire la roue, ses plumes largement déployées, et à crier pour attirer l’attention. Quand le paysan l’appelait : Piwi ! Piwi ! il regardait au loin et faisait mine de ne pas entendre.
- Tu te prives de beaucoup de bonnes choses, lui disait la poule. Quand le fermier crie : Piwi ! ou Tschick, Tschick ! c’est qu’il lance le grain qui nous est destiné.
- Je ne m’appelle pas Piwi, répondit orgueilleusement le paon en faisant la roue et le cou allongé, en criant d’une voix aigre : Mon nom est "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin.". Est-ce- compris ? Désormais ne m’appelle plus autrement, sans quoi je t’arracherai les yeux.
- Je ne t’appellerai jamais autrement, promis la poule, qui redoutait le bec acéré de l’autre, jamais, jamais.
Au même instant un renard sortit du bois ; il sauta sur le paon et voulait l’emporter.
- Au secours ! Au secours, criait le paon. Cours vite chercher le chat et dis- lui qu’il vienne me délivrer du renard.
La poule courut chercher le chat et s’écria : "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin" vient d’être enlevé par le renard, cours vite, cours vite !
- Qui le renard emporte-t-il ? demanda le chat. Qui diable ce peut-être : "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin" ?
- C’est le paon, dit la poule, c’est son nouveau nom et il ne veut pas que tu lui en donnes d’autres. Mais cours donc, cours bien vite !
- Comme c’est bête, dit le chat en se levant. Je suis bien trop petit pour attraper un renard. Je vais aller chercher un chien.
- Mais n’oublie pas qu’il faut appeler le paon par son nouveau nom, caqueta la poule. Si tu ne le fais pas il t’arrachera les yeux.
- Il n’y a pas de danger, répliqua le chat en allant chercher un chien.
Le chien dormait au soleil ; quand il entendit venir le chat il sursauta et les poils de son cou se hérissèrent.
- Calme-toi, dit le chat, ce n’est pas le moment de me donner la chasse. "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin" a été enlevé par le renard.
- Qui donc est "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin" ? lui demanda le chien. Je n’ai jamais entendu un nom pareil.
- C’est le nouveau nom que s’est donné le paon, répondit le chat. Si tu l’appelles autrement il t’arrachera les yeux.
- Eh bien, dit le chien, je n’ai pas envie de me faire arracher les yeux ni de perdre mon temps à sauver un oiseau qui a un nom aussi long. Je vais aller chercher le fermier.
Le chien courut vers le paysan occupé à la fenaison.
- Maître, maître ! aboya le chien, "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin" vient d’être emporté par le renard !
- Qu’il a-t-il, demanda le fermier qui avait l’oreille dure. Qui est-ce qui a été emporté par le renard ?
- "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin", répéta le chien.
- Ah ! dit le paysan en secouant la tête. Je croyais que tu parlais de toute une famille. Mais qui donc est-ce : "Sa-queue-est-magnifique-comme-le-soleil-quand-il-brille-sur-les-montagnes-dans-les-brouillards-du-matin" ?
- C’est le paon, répondit le chien. C’est le nouveau nom qu’il s’est donné lui-même. Ne lui en donne pas d’autre surtout, sans quoi il t’arrachera les yeux.
- Je lui tordrai le cou, cria le fermier, en courant pour délivrer le paon.
Lorsque le paysan eut atteint le terrier du renard, celui-ci avait déjà mangé le paon avec toutes ses plumes.
Quand la poule apprit la nouvelle, elle songea :
- S’il s’était contenté de son nom de Piwi, il pourrait encore faire la roue dans la cour. Si vous aviez un jour à me délivrer du renard appelez-moi simplement Tschick.
- Et moi, appelez-moi Puss, ronronna le chat en repliant ses pattes pour faire un petit somme.
- Appelez-moi Fleck, dit le chien en allant voir si son repas était prêt.

Ce conte américain nous apprend ce qui arrive au paon qui avait décidé de changer de nom.
Et c’est en même temps pour nous une leçon d’humilité.

mardi 21 février 2012

Goûts de souris

Voici quelques jours, elle a dégusté un pur délice, une petite chose brune, fondant dans la bouche, à la saveur douce et persistante, une chose dont les délicats arômes restent imprégnés en soi des minutes et des minutes. On l'a bien critiquée pour s'être livrée à cette gourmandise, mais elle s'en fiche.
- Ton museau est tout brun. Tu as même sali tes moustaches. Et tes poils.
 Les critiques ont peu de poids face au plaisir.

Maintenant, qu'elle a connu l'étincelle, qu'elle a approché ce que peut être un aliment de choix, elle cherche à le savourer le plus souvent possible. Tout le jour elle trottine à sa recherche. Elle a appris que le brun pouvait être clair ou presque noir. Elle appris que la chose pouvait être solide ou molle selon la température régnante. Elle est à l'affût d'une certaine odeur. Elle se sent différente de ses sœurs, de ses frères. Eux, ils n'ont pas connu le paradis. Eux, ils se contentent encore de graines, de mies de pain, voire de papier. Eux, ce sont des rustres, des êtres vulgaires.

L'enfant l'a vue en train de lécher le morceau de chocolat, puis le grignoter doucement. L'enfant l'a trouvée si sympathique. "
- Maman, viens voir, une souris dans la remise. Elle mange le carré de chocolat que j'ai laissé tomber en rangeant mon vélo. Oh qu'elle est mignonne. C'est mieux qu'un cochon d'Inde !

L'enfant va dans sa poche, il en sort ce qui reste de la plaquette de chocolat qu'il avait entamée, il coupe un morceau, il le tend à la souris. Elle ne se méfie pas. Elle s'approche. Elle hume. Elle se rapproche davantage de la main tendue. Puis, elle déguste patiemment. Moment de bonheur pour l'enfant et la souris.

Pour un petit bout de chocolat, la souris accepte de bon gré les caresses de l'enfant, ses mots doux. Pour un petit bout de chocolat, elle troque ensuite sa liberté contre une cage propre mais exiguë. Pour elle, une cage, avec de temps à autre du chocolat, n'est-elle pas préférable à une souricière garnie de fromage ?

lundi 20 février 2012

Les pommes du raton laveur

Bien que rusé, le renard n'est pas toujours le plus fin. Il lui arrive de temps en temps de rencontrer plus malin que lui. Du reste, cela arrive toujours à ceux qui veulent trop profiter de la naïveté et de la crédulité de leurs voisins.
Lorsque le renard avait joué le vilain tour à l'ours, un vieux raton laveur somnolent, engourdi par le froid, se tenait tapi dans un terrier, au bord du lac, près de l'endroit où il avait coutume de venir laver tous les aliments avant de les manger.
Les aboiements des chiens, les appels et les plaintes de l'ours, l'avaient réveillé en sursaut. Plein de sagesse, et l'expérience lui ayant appris à connaître les habitants de la forêt, il avait compris ce qui s'était passé, et avait décidé de donner une bonne leçon au renard.
"Cet animal n'est pas très intelligent, se dit-il. Les gens vraiment intelligents ne sont pas à ce point méchants. Pour se distraire, ils savent employer d'autres moyens que la malice".
Raton est lent à prendre une décision. Il dut réfléchir longuement à ce qu'il pourrait faire. Enfin, une idée germa dans son petit cerveau.
Un jour, à l'époque où les feuilles des pommiers commencent à jaunir, on put le voir s’installer confortablement sur une grosse branche de hêtre, à un endroit où passait fréquemment le renard. Il tenait entre ses pattes une belle pomme, bien lavée, toute luisante, mûre à point et juteuse, cueillie la veille et gardée toute la nuit dans son terrier qu’elle avait parfumée.
Le renard parut. Il s'avançait le nez en l'air, les oreilles droites, la queue au vent. Raton commença à grignoter le beau fruit et en laissa tomber un petit morceau juste au moment où le renard passait.
Le gourmand à queue touffue s'arrêta net, ramassa vite le morceau de pomme et le mangea avec délices.
Claquant la langue de plaisir, il leva les yeux et découvrit maître Raton. Celui-ci laissa de nouveau tomber, comme par hasard, une autre bouchée juteuse, qui ne resta pas longtemps sur le sol. Le renard la trouva si sucrée, si à son goût, qu'il la croqua vivement, pour relever de nouveau le nez et attendre un autre morceau. Et le morceau tomba. Comme un quatrième morceau se faisait trop attendre, le renard se mit alors à appeler le raton :
- Bonjour, l'ami Raton ! Raton, mon cher ami, lancez-moi un petit morceau de pomme. Mon bien cher ami Raton, soyez gentil avec moi !
Le raton fit la sourde oreille ; il termina tranquillement son repas, sans prêter aucune attention aux appels du gourmand.
Une fois le fruit mangé, seule la queue restait. Il la posa en équilibre sur la grosse branche du hêtre, s'amusa à la regarder, sans s'occuper des appels qui lui étaient lancés puis, d'un coup de patte, il l'envoya se perdre dans l’herbe. Il se mit ensuite à s'essuyer et à se lustrer le museau.
- Hé, l'ami, ne me voyez-vous pas ? lui demanda de nouveau le renard, d'une voix doucereuse malgré l'impatience et la colère qui bouillonnaient en lui.
- Si... Mais si... Pourquoi ?
- Dites-moi, mon cher, où avez-vous donc trouvé cette pomme délicieuse ?
- L'endroit n'est pas très éloigné d'ici, mais il faut le connaître et il faut aussi savoir abattre les fruits.
- Me croyez-vous moins adroit que vous ? Mon bien cher camarde, indiquez-moi, je vous prie, la direction que je dois prendre. Dites-moi ce qu'il faut faire et je le ferai. S'il faut vous prouver ma gratitude, je vous apporterai le plus beau, le meilleur des fruits, ajouta-t-il, bien décidé d'ailleurs à n'en rien faire.
Le raton, qui savait à quoi s'en tenir, ne fut pas dupe de la promesse et d'une voix calme, il commença :
- Si vous voulez trouver l'arbre qui porte ces pommes, il faut vous diriger du côté du soleil couchant. Vous traverserez d'abord le village que vous voyez là-bas, puis un champ que vous rencontrerez de l'autre côté du village, puis une rivière qui borde ce champ, puis un bois qui se dresse sur la rive opposée de cette rivière. Au-delà de ce bois, vous apercevrez un vaste plateau couvert d'une herbe haute et épaisse et, se dressant tout seul au milieu du plateau, vous verrez un pommier, mais quel pommier ! Son tronc est noueux, ses branches tordues et ses pommes sont les plus belles, les plus juteuses, les meilleures pommes du monde, mais... il ne faudra surtout pas que vous grimpiez à l'arbre pour les cueillir.
- Que devrai-je faire alors ? demanda impatiemment le renard, qui ne pensait qu'à courir manger les pommes.
- Cela vous sera facile, à vous qui êtes capable de tant de prouesses. Lorsque vous arriverez sur le plateau, vous prendrez votre élan et, la tête en avant, vous vous précipiterez sur l'arbre de toutes vos forces, afin que la secousse fasse trembler la terre, que l'arbre cède sous votre poussée et que les fruits, détachés de leurs branches, par dizaines, roulent sur le sol. Mais... j'y pense... vous n'avez pas de famille, vous n'avez pas besoin de tant de pommes à la fois, cela serait trop pour vous seul. Si vous voulez bien vous contenter de quelques-unes, ne prenez pas votre élan avec autant d'énergie. Allez doucement à l'arbre, et...
Le renard n'écoutait plus. Il ne pensait même pas à remercier le raton. ne songeant qu'à satisfaire sa gourmandise, il avait pris la direction du soleil couchant et il s'était lancé vers le village, qu'il traversa en courant, renversant tout sur son passage et soulevant derrière lui un nuage de poussière.les enfants, Les lapins, les poissons et les daims, stupéfaits, le regardèrent avec étonnement : il fendait l'air comme une flèche dans le champ, nageait à perdre haleine dans la rivière, courait à travers le bois, comme si des chiens le poursuivaient. Étonnés aussi, les nuages du ciel le voyaient passer comme un éclair et se demandaient où il pouvait bien aller.
Il arriva enfin sur le plateau où se dressait le pommier solitaire. Il s'arrêta un moment pour reprendre haleine : alors la tête tassée, la queue haute, il s'élança de toutes ses forces vers l'arbre, sur que celui-ci allait céder sous la poussée, que la terre tremblerait du coup qu'il allait porter et que, non des dizaines, mais des centaines de pommes allaient bientôt joncher le sol.
Mais l'arbre ne céda pas, la terre ne trembla pas, aucun fruit ne tomba. Le pommier étant plus dur que la tête du compère, c'est celui-ci qui s'abattit, si étourdi par le choc, qu'il en perdit connaissance.
Lorsque plus tard, il rouvrit les yeux, il se trouva toujours étendu sur l'herbe épaisse au pied de l'arbre. Les papillons, les fourmis, les grillons et des tas de petits insectes disaient en le regardant :
- Est-ce là notre Renard ? Se croyait-il donc plus fort que notre vieux pommier ?
Le renard apercevait au-dessus de lui tout un monde d'écureuils et d'oiseaux, perchés sur les branches et piaillant à qui mieux mieux. Il lui sembla que tous se moquaient de lui. Le soleil lui-même paraissait sourire là-haut, entre deux nuages. Vexé et honteux, il referma les yeux, mais, ne pouvant tout de même pas rester étendu jusqu'à la tombée de la nuit, il dut se décider à partir.
Se relevant avec peine, la tête encore endolorie, l’air piteux et la queue basse, il alla se cacher loin des regards moqueurs, dans le tronc creux d'un vieil arbre tombé près de la rivière, à l'orée du petit bois.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et légendes des Indiens Peaux-Rouges

vendredi 17 février 2012

La bonne bouillie

Il était une fois une pieuse et pauvre fille qui vivait seule avec sa mère. Elles n’avaient plus rien à manger, et la fillette s’en alla dans la forêt, où elle fit la rencontre d’une vieille femme qui connaissait sa misère et qui lui fit cadeau d’un petit pot, auquel il suffisait de dire. "Petit pot, cuis !", pour qu’il vous cuise une excellente et douce bouillie de millet ; et quand on lui disait. "Petit pot, cesse !", il s’arrêtait aussitôt de faire la bouillie.
La fillette rapporta le pot chez sa mère, et c’en fut terminé pour elles et de la pauvreté et de la faim, car elles mangeaient de la bonne bouillie aussi souvent et tout autant qu’elles le voulaient.
Une fois, la fille était sortie et la mère dit : "Petit pot, cuis !". Alors il cuisina, et la mère mangea jusqu’à n’avoir plus faim ; mais comme elle voulait maintenant que le petit pot s’arrêtât, elle ne savait pas ce qu’il fallait dire, et alors il continua et continua, et voilà que la bouillie déborda ; et il continua, et la bouillie envahit la cuisine, la remplit, envahit la maison, puis la maison voisine, puis la rue, continuant toujours et continuant encore comme si le monde entier devait se remplir de bouillie que personne n’eût plus faim.
Oui, mais alors commence la tragédie, et personne ne sait comment y remédier. La rue entière, les autres rues, tout est plein ; et quand il ne reste plus, en tout et pour tout, qu’une seule maison qui ne soit pas remplie, la fillette rentre à la maison et dit tout simplement. "Petit pot, cesse !". Et il s’arrête et ne répand plus de bouillie.
Mais celui qui voulait rentrer en ville, il lui fallait manger son chemin.

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Conte des Frères Grimm

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Les habitants de WALDIGHOFFEN étaient baptisés "Babbekessel" (chaudron de bouillie)

jeudi 16 février 2012

La betterave

Il était une fois deux frères qui faisaient tous deux le métier de soldats, mais l’un demeurait pauvre tandis que l’autre était riche. Alors le pauvre voulut sortir de sa misère et quitta l’uniforme pour se faire paysan ; il défricha et laboura son bout de terre et y sema des betteraves. Le grain germa, poussa, et il y eut une betterave qui devint forte et grande, continuant sans cesse à grossir sans vouloir jamais s’arrêter, et encore, et encore, de sorte qu’on pouvait bien la nommer la reine des betteraves, car jamais on n’en avait vu de pareille et jamais on n’en verra plus. Elle était si grosse, à la fin, qu’elle emplissait à elle seule un gros tombereau, auquel il fallut atteler deux bœufs ; et le paysan ne savait trop qu’en faire, se demandant si c’était un bonheur ou un malheur que ce géant d’entre les betteraves. "Si je la vends, se disait-il, elle ne va guère me rapporter ; et si je la consomme moi-même, les betteraves ordinaires me feront autant d’usage. Le mieux serait encore d’en faire présent d’honneur au roi. "
Aussitôt dit, aussitôt fait : piquant ses bœufs, il mena son tombereau jusque dans la cour royale, et il offrit sa betterave en présent au roi.
- L’étrange chose ! s’exclama le roi. J’ai déjà vu pourtant bon nombre de merveilles, mais un tel monstre, jamais ! Quelle sorte de graine as-tu, pour qu’elle ait donné ce géant ? Ou bien est-ce à toi seul que cela est dû, parce que tu as la main heureuse ?
- Oh non ! protesta le paysan, ce n’est pas que j’aie la main heureuse, ni la chance avec moi : je ne suis qu’un pauvre soldat que la misère et la faim ont forcé à accrocher l’uniforme à un clou pour se mettre à travailler la terre. J’ai bien un frère qui est soldat aussi, mais il est riche, lui, et Votre Majesté doit sûrement le connaître. Mais moi, parce que j’étais si pauvre, personne ne me connaissait.
Le roi eut compassion et lui dit :
- Oublie à présent ta pauvreté, mon ami : avec ce que je vais te donner, tu seras au moins aussi riche que ton frère.
Et en effet, il lui donne d’abord de l’or en quantité, et puis des champs, des prés, des bois, et des troupeaux, qui firent de lui un riche entre les riches, à côté duquel la richesse de son frère n’était rien.
En apprenant ce qu’il avait obtenu d’une seule betterave, le frère se prit à l’envier et se mit à réfléchir en long et en large au bon moyen d’en faire autant : une pareille chance, n’est-ce pas, il n’y avait aucune raison qu’il ne la connût pas !
Mais comme il tenait à se montrer plus adroit, ce fut de l’or et ce furent des chevaux qu’il offrit en présent au roi. Le roi, en recevant ce cadeau, lui dit qu’il ne voyait rien de mieux à lui donner en échange, rien de plus rare et de plus extraordinaire que la betterave géante, si bien qu’il fallut que le riche chargeât sur un gros tombereau la betterave de son frère et la rapportât dans sa maison.
Il en rageait, à vrai dire, et son dépit, sa fureur se calmèrent si peu, quand il se retrouva chez lui, qu’il en vint aux mauvaises pensées et résolut de tuer ce frère abhorré. Il s’aboucha avec des bandits meurtriers qui se chargèrent de lui dresser un guet-apens pour lui ôter la vie, puis il alla trouver son frère et lui dit :
- Mon cher frère, je connais un trésor caché. Viens avec moi, que nous allions le prendre ! 
Sans méfiance, le frère le suivit ; mais quand ils furent en rase campagne, les bandits lui tombèrent dessus, le ligotèrent et le tirèrent au pied d’un arbre, auquel ils voulaient le pendre. A cet instant, la mâle peur les saisit en entendant résonner le pas d’un cheval qui approchait, et le chant à tue-tête du cavalier. Vite, vite, ils jetèrent, cul par-dessus tête, leur prisonnier dans un sac qu’ils nouèrent. le hissèrent jusqu’aux hautes branches de l’arbre et prirent la fuite à toutes jambes.
Celui qui arrivait si gaiement sur la route n’était autre qu’un écolier errant, joyeux drille qui chantait en chemin pour se tenir compagnie. Là-haut, dans son sac, le prisonnier s’était employé à faire un trou pour y voir, et quand il vit qui passait au-dessous de lui, il lui cria son salut :
- A la bonne heure, et Dieu te garde !
L’étudiant regarda de droite et de gauche, ne sachant pas d’où venait cette voix.
- Oui m’appelle ?  finit-il par demander ; et l’autre, au plus haut de l’arbre, lui répondit par un vrai discours.
- Lève un peu tes regards ! cria-t-il. Je suis ici en haut, installé dans le sac de la sagesse. J’y ai appris quantité de grandes choses en peu de temps. Les universités, avec tout ce qu’on peut y apprendre, ne sont que du vent à côté ! Dans un petit moment, j’en aurai fini et je descendrai, sage entre tous les sages, et savant plus que tous les savants du monde. Je connais les étoiles et les signes du ciel, le souffle de tous les vents, les sables dans la mer, la guérison des maladies, les vertus des plantes, le langage des oiseaux et les secrets des pierres. Si tu y entrais une seule fois, tu sentirais et tu éprouverais la magnificence qui se répand hors du sac de la sagesse !
- Bénie soit l’heure qui m’a fait te rencontrer ! s’exclama l’étudiant, tout émerveillé de ce qu’il venait d’entendre. Est-ce que je ne pourrais pas, moi aussi, tâter un peu du sac de la sagesse ? Rien qu’un tout petit peu...
Là-haut, l’homme du sac feignit de ne pas y consentir bien volontiers, montra de l’hésitation et finit par dire :
- Pour un petit moment, oui, mais contre récompense et gracieux remerciements. Et puis, il te faudra attendre encore une heure. Il me reste quelques petites choses à recevoir pour compléter mon enseignement.
Impatient, l’étudiant attendit sans rien dire un court moment, puis, n’y tenant plus, il supplia l’autre de le laisser se mettre dans le sac : sa soif de sagesse le torturait tellement ! Là-haut, l’homme du sac fit mine de se laisser toucher et convaincre.
- C’est entendu, dit-il, mais pour que je puisse sortir du temple de la connaissance, il faut que tu fasses descendre le sac au bout de sa corde, et alors tu pourras y entrer à ton tour !
L’étudiant le fit descendre, dénoua le lien du sac et libéra le prisonnier.
- A moi, maintenant ! cria-t-il aussitôt, tout enthousiaste. Vite, hisse-moi là-haut !
Déjà il était prêt à se fourrer dans le sac, mais l’autre l’arrêta : 
- Halte ! Pas comme cela ! 
Et il l’attrapa par la tête et le fourra tête en bas dans le sac, noua la corde sur ses pieds et hissa, ainsi empaqueté, le digne disciple de la sagesse, jusqu’au sommet de l’arbre où il resta à se balancer, la tête en bas.
- Comment te sens-tu, mon cher confrère ? lui cria-t-il d’en bas. Commences-tu à sentir déjà l’infusion de la sagesse en toi ? Pour mieux apprendre, tiens-toi tranquille et ne parle pas, surtout pas, jusqu’à ce que tu sois devenu pleinement sage !
Et sur ces bonnes paroles, il monta le cheval de l’étudiant et s’en alla, mais non sans avoir averti quelqu’un au passage, pour qu’il vienne une heure plus tard le descendre de là.

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Contes des Frères Grimm

mercredi 8 février 2012

L'oiseau-tonnerre


Ceci se passait au temps où l'oiseau-tonnerre vivait seul dans le ciel.
Lorsque, par temps orageux, il s'aventurait au-dessus des grands lacs ou des régions habitées, les hommes savaient que les pires catastrophes étaient possibles : la venue de l'oiseau-tonnerre annonçait souvent le malheur. On devinait son approche au bruit que faisait le battement de ses ailes et qui ressemblait à un grondement plus ou moins bruyant ou sourd.
Lorsqu'il planait haut, très haut dans le ciel, ses larges ailes déployées cachaient les rayons du soleil et la lumière du jour s'obscurcissait. Ses yeux, qui s'ouvraient et se fermaient sans cesse, lançaient de fulgurants éclairs, capables d'aveugler les hommes et d’incendier les forêts.
Parfois, il perçait les nuages, se lançait comme une flèche sur les eaux qu'il touchait de son aile et les eaux, qui étaient calmes, devenaient soudain tumultueuses ; de grandes vagues s'élevaient alors et le bruit qu'elles faisaient s'entendait dans le lointain.
Dès qu'il arrivait, les Indiens se retiraient sous la tente ou sous les abris. Nul n'essayait d'atteindre le monstre, qu'on croyait invulnérable. On savait en outre que, s'il se mettait en colère, il lâcherait ses œufs qui tomberaient, détruisant les wigwams, tuant les habitants et allant jusqu'à fendre les rochers les plus résistants.
Parfois aussi, l'oiseau-tonnerre emportait des hommes. Peut-être était-ce pour les donner en pâture à ses petits, trop jeunes pour quitter le nid, aire gigantesque qu'on supposait construite au sommet le plus élevé d'un pic escarpé, dans une région si éloignée que nul n'en était jamais revenu.
Or, en ce temps-là, un chasseur indien, nommé Michebigoutoung, vivait dans le pays du Nord, sur les bords d'un grand lac. C'était un homme sage, réputé pour son courage, pour sa bravoure et aussi pour sa prudence.
On avait prédit qu'il ferait un jour un long voyage, mais satisfait de son sort, il pensait que ce voyage n'aurait lieu que quand le Grand-Esprit en déciderait ainsi et il attendait.
Il revenait un jour de la chasse, chargé d'un castor qu'il portait sur son dos avec son trident, son arc et ses flèches, lorsqu'il fut surpris par la nuit. Cela ne l'inquiétait pas. Il connaissait bien son chemin et la lune brillait de tout son éclat.
Tout à coup, Michebigoutoung vit une grande ombre s’étendre au-dessus de lui. La lune fut soudain voilée par des nuages. Tout devint obscur. Le bruit des ailes de l'oiseau géant se fit entendre et, au même moment, l'Indien se sentit happé, soulevé, et emporté à une vitesse prestigieuse dans la direction de l'Ouest. Il comprit qu'il était la proie de l'oiseau-tonnerre.
Après un long parcours, ils arrivèrent dans une région désertique.
Au sommet d'une colline dénudée se dressait une sorte de roc gigantesque et, tout ne haut de ce roc, dans une large cavité servant de nid, de hideux oiseaux, les petits de l'oiseau-tonnerre, piaillaient, se bousculaient et faisaient un bruit assourdissant.
A tire d'aile le monstre géant volait vers ce nid et, lorsqu'il y fut arrivé, il y lança sa proie.
Le castor, que l'Indien avait toujours attaché sur le dos, atténua un peu la rudesse du choc. Grâce à son trident de pêche, l’homme parvint à se protéger contre la voracité des petits qui l'attaquaient de toutes parts. Les éclairs fulgurants de leurs yeux atteignirent par instrants le smains et le visage de Michebigoutoung et le brûlèrent profondément. Malgré tout, il continua à se défendre. Il tua plusieurs oiseaux, parvint même à prendre la peau de l'un d'eux et à l’enrouler autour de lui, s'en servant comme d'une carapace. Ainsi protégé, il se recommanda au Grand-Esprit et s'élança dans le vide.
Il roula d'abord de roc en roc. Les plumes de la peau qui l'enveloppait s’arrachaient contre le granit avec des étincelles et des jets de flamme. Les ailes heureusement ne furent pas brisées ; aussi put-il s'en servir pour voler et rentrer chez lui, où sa femme et ses enfants en deuil pleuraient sa mort.

L'oiseau-tonnerre reparut plus tard. les Indiens aperçurent souvent des éclairs, en haut du rocher qui se dressait sur la colline de l'Ouest et d'où venait le bruit de sourds grondements : c'étaient les petits, qui se préparaient à suivre l'exemple de leur père.
Comprenant l'horrible danger, les Indiens se groupèrent. Les meilleurs chasseurs n'hésitèrent plus à lancer tous ensemble leurs flèches vers l’ennemi lorsque celui-ci, menaçant, planait au-dessus de leurs villages, et le monstre n'osa plus descendre à portée de ces flèches.
Maintenant, le vieil oiseau et ses fils se cachent derrière les nuages. Nous ne les voyons plus mais, parfois, lorsque le temps est orageux et lourd, leurs grandes ailes obscurcissent encore la lumière du jour ; nous entendons leurs grondements terribles et les éclairs de leurs yeux sillonnent la rue.

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Hélène Fouré-Selter
Contes et légendes des Indiens Peaux-Rouges
Éditions Nathan
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