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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


samedi 28 janvier 2012

Le fermier dans son pré



Le fermier dans son pré
Le fermier dans son pré
Ohé ! ohé ! ohé ! le fermier dans son pré.
- Le fermier prend sa femme
Le fermier prend sa femme
Ohé ! ohé ! ohé ! le fermier prend sa femme.
- La femme prend son enfant
La femme prend son enfant
Ohé ! ohé ! ohé ! la femme prend son enfant.
- L'enfant prend sa nourrice
L'enfant prend sa nourrice
Ohé ! ohé ! ohé ! l'enfant prend sa nourrice.
- La nourrice prend son chien
La nourrice prend son chien
Ohé ! ohé ! ohé ! la nourrice prend son chien.
- Le chien prend son p'tit chat
Le chien prend son p'tit chat
Ohé ! ohé ! ohé ! le chien prend son p'tit chat.
- Le chat prend la souris
Le chat prend la souris
Ohé ! ohé ! ohé ! le chat prend la souris.
- La souris prend l'fromage
La souris prend l'fromage
Ohé ! ohé ! ohé ! la souris prend l'fromage.
- Le fromage est battu
Le fromage est battu
Ohé ! ohé ! ohé ! le fromage est battu.

mardi 24 janvier 2012

Le petit train



Un p'tit train
S'en va dans la campagne
Un p'tit train
S'en va de bon matin
On le voit
Filer vers la montagne
Tchi tchi fou tchi tchi fou
Plein d'entrain

Dans les prés,
Il y a toujours des vaches
Étonnées
De voir encore passer
Ce p'tit train qui lâche des panaches
Tchi tchi fou tchi tchi fou
De fumée...

La garde-barrière agite son drapeau rouge
Pour dire bon voyage au beau mécanicien
Mais dans les wagons nul voyageur ne bouge
Car ils prennent tous le car et le train ne sert à rien

Le p'tit train
Qui veut croire aux miracles
L'air de rien
S'en va en sifflotant
Et les veaux admirant le spectacle
Tchi tchi fou tchi tchi fou
Sont contents

Hélas, il y a des gens qui trouvent que c'est exagéré
De payer des impôts pour qu'un p'tit train aille se promener
Alors, ils lui ont dit, cette fois-ci, c'est bien fini
Profites-en, c'est ta dernière sortie

Un p'tit train
S'en va dans la campagne
Un p'tit train
S'en va de bon matin
On le voit filer vers la montagne
Tchi tchi fou tchi tchi fou
Plein d'entrain

Il revoit
Les champs et les rivières
Et les voies
Qui sentent bon l'été
Il revoit
Toutes les humbles chaumières
Tchi tchi fou tchi tchi fou
Dans les près...

Le train ralentit près de la garde-barrière
Et le mécanicien la salue de la main
Elle voit le feu rouge du wagon arrière
Qui s'éloigne doucement et se perd dans le lointain

Le p'tit train
A perdu la bataille
C'est la fin
De ces belles flâneries
Il s'en va
Vers le tas de ferrailles
Tchi tchi fou tchi tchi fou
C'est fini...

Mais plus tard, lassés des grands voyages
Nous penserons souvent au petit train
Qui flânait parmi les verts bocages
Tchi tchi fou tchi tchi fou tchi
Et nous le regretterons bien

lundi 23 janvier 2012

L'Amour et la Folie



Tout est mystère dans l'Amour,
Ses flèches, son Carquois, son Flambeau, son Enfance.
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour
Que d'épuiser cette Science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici.
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l'Aveugle que voici
(C'est un Dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière ;
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien ;
J'en fais juge un Amant, et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble.
Celui-ci n'était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le Conseil des Dieux.
L'autre n'eut pas la patience ;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu'il en perd la clarté des Cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les Dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les Juges d'Enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l'énormité du cas.
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas :
Nulle peine n'était pour ce crime assez grande.
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L'intérêt du Public, celui de la Partie,
Le résultat enfin de la suprême Cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour. 

***
Jean de la Fontaine

mardi 17 janvier 2012

Quête de Merlin

Pour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande.
Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d'autant plus que Merlin leur avait dit qu'il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaitre au loin, sur un cheval superbement harnaché.
Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d'amour pour toujours. Mais cela, on l'ignorait, à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :
- Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour.
Et tous les chevaliers l'imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins.
Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie passa auprès d 'elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave.
Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoise. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu'il rencontrerait.
Gauvain s'inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s'arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d'une Damoiselle. Se rappelant la leçon qu'il venait de s’attirer, il s'empressa de la saluer.
A quelque distance de là, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles. Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu'il n’était plus qu'un nain, dont les pieds n'atteignaient pas les étriers et la tête son écu... Sa peine fut si vive, qu'il se demanda un moment, s'il n’allait pas en finir avec la vie.
Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d'un chevalier qui n'aurait su faire face à l'épreuve ? Et déjà, s'aidant d'un tronc d'arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment.
Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l'avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l'angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.
Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande et c'est là qu'il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur... Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d'avancer... Et soudain, il s'entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.
- Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m’apparaître...
- Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n'adresserai la parole qu'à ma mie, Viviane. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré.
Et il raconta comment, alors qu'il dormait, Viviane avait fiat un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s'éveilla, il comprit qu'il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté, où Viviane le retenait prisonnier. il dit encore :
- Saluez pour moi le roi et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et comptez-leur mon aventure. Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n'oubliez pas de la saluer, car ce serait folie.
A tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux. Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s'était montré pour la première fois, plus fol que sage.
Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu'il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l'aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal. Gauvain s'élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu'il les mit en déroute.
En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu'il lui fit d'être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu'il était avant leur première rencontre.
Alors messire Gauvain chevaucha si vite  qu'au détour d'un chemin, il retrouva les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour. Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain d'apprendre l'enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse.
Des clercs mirent ces récits par écrit . Grâce à eux, nous les connaissons aujourd'hui.

***
Laurence Camiglieri
Légendes des Chevaliers de la Table ronde
Éditions Nathan

lundi 16 janvier 2012

L'opossum et les loups

Un jour, le plus vieux des opossums, l'Ancien, tua un loup. Ce loup avait de longues dents blanches et brillantes, dont il se fit un collier. Puis, content de lui, ce collier bien enfoui dans son épaisse fourrure, l'Ancien se mit en route en chantant son exploit. Son chant joyeux, aux accents triomphants, attira l'attention du plus vieux et du plus sage des loups qui rôdait dans la campagne, cherchant le camarade disparu, et qui, intrigué et méfiant, alla vers l'opossum et lui demanda :
- Que chantez-vous donc ainsi ?
- Rien... Je pensais que les fleurs étaient belles et la sauge odorante et je le disais tout haut.
L’Ancien des loups ne posa pas d'autres questions, mais il retourna auprès des siens, leur fit part de sa rencontre, et leur demanda de se mettre en embuscade et d 'écouter attentivement.
Tapis dans un buisson épais, les loups attendirent donc. Le son d'une voix, d'abord lointaine, se rapprochait peu à peu. L'opossum, en effet, ignorant le danger, s'était remis en route et chantait de plus belle. Tout d'abord, méfiant, il avait graduellement loué le parfum pénétrant de la sauge, la beauté des fleurs, les bouleaux et les hêtres qui bordaient les ruisseaux. Puis, lorsqu'il s'était cru loin de l'Ancien des loups, il s'était remis à chanter à la fois sa victoire et la joie qu'il éprouvait à sentir contre sa peau le collier de dents blanches.
Certains qu'ils tenaient le coupable, les loups sortirent alors du fourré et se dressèrent, menaçants, en criant :
- C'est lui qui a tué l'un des nôtres !
Ils se jetèrent sur l'animal surpris, lui lièrent les pattes, l'étendirent sur le sol, le fouillèrent, découvrirent le collier et allaient le tuer, lorsque l'opossum, resté calme malgré l'attaque inattendue, leur dit :
- Je suis brave et je n'ai pas peur de la mort, mais j'aimerais mieux mourir vite. Si vous me frappez avec n'importe quoi ou n'importe comment je ne mourrai pas tout à fait. Seul l'arbre mort dont l'écorce se détache du tronc et qui se trouve près de la cascade peut causer ma mort. Allez le déraciner, prenez une des branches, la plus grosse : un seul coup de cette branche m'abattra à jamais. Faites vite, pendant que je commence à chanter mon chant de mort.
Les loups, crédules, décidèrent de se mettre à la recherche de l'arbre indiqué. Ils partirent, laissant l'opossum, membres liés, sous la garde de l'un d'entre eux, un loup borgne et stupide qui s'assit à côté de son prisonnier.
Quand ils furent assez loin, l'opossum interrompit son chant, pour dire à son gardien :
- Veux-tu être considéré comme étant le brave des braves ? Délie mes liens, puis va couper n'importe quelle branche sans feuille. Tu m'en donneras bravement un coup sur la tête et je tomberai mort à tes pieds.
Le loup stupide le crut. Il délia les liens de son prisonnier et allait couper la branche indiquée, quand l'opossum se redressa et, d'un bond, s'élança vers un terrier qui se trouvait près de là et qu'il devait bien connaître.
Lorsque les loups revinrent, portant une grosse branche morte, ils comprirent qu'on s'était moqué d'eux. Furieux, ne voulant plus laisser échapper leur proie, ils décidèrent de creuser le sol, afin de l'atteindre dans le terrier. Ils se mettaient à l’œuvre avec acharnement, lorsque tout à coup, un peu plus loin, une tête toute rouge émergea du sol.
C'était celui qu'ils cherchaient, mais nul ne le reconnut car le rusé s'était peint le corps. Changeant sa voix, il leur cria :
- Que faites-vous ainsi, mes amis ?
- Nous creusons le sol car l'Ancien des opossums a tué l'un des nôtres et se cache ici, répondirent-ils.
- Je vais vous aider, dit le rusé. Ne creusez pas davantage. Il va me suffire d'entrer dans le terrier pour l'en chasser. Restez aux aguets. Je le fais sortir, vous n'aurez plus qu'à le tuer.
Ce disant, il disparut sous terre.
Au bout d'un instant, il apparut de nouveau à un endroit différent, mais là encore, il était méconnaissable : cette fois, il s'était peint le corps en jaune.
- Que faites-vous ? demanda-t-il en changeant le timbre de sa voix.
- Nous creusons le sol car l'Ancien des opossums qui a tué l'un des nôtres se cache ici. Un de nos amis essaie de le forcer hors du trou.
- Je vais aller, moi aussi, chasser votre ennemi, afin que vous puissiez vous en débarrasser plus vite, dit l'opossum qui, de nouveau, s'engagea dans le terrier.
Lorsqu'il pensa se trouver à une distance raisonnable le metatnt hors de danger, il reprit sa voix normale et cria aux loups qui se tenaient aux aguets :
- C'est moi qui ai tué l'un des vôtres ! C'est moi qui l'ai fait et qui me suis moqué de vous !
Mais hélas ! Il se croyait beaucoup plus loin qu'il ne l'était réellement. Son corps tout entier était bien dans le terrier, mais il n'en était pas de même de sa longue queue touffue, dont une partie, à son insu, émergeait encore de terre. Les loups, plus furieux que jamais, s'en saisirent. Ils tirèrent, tirèrent, pour amener à eux le coupable.
L'opossum, d'abord surpris, comprit vite ce qui se passait. Il tira de son côté. Agrippé à une forte racine qui heureusement se trouvait là, il résistait désespérément aux efforts conjugués des loups, car il savait que c'en était fini de lui s'ils parvenaient à le tirer jusqu'à eux.
Un moment, il se crut perdu. Dans un effort suprême, il donna une forte secousse en avant ; mais les loups tenaient si bien les poils de la queue que toute la belle fourrure se détacha.
C'est depuis lors que l'opossum n'a plus qu'une vilaine queue osseuse, qu'il traîne derrière lui avec un peu de honte, ayant perdu en même temps son trophée de dents de loups et son panache.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et Légendes des Indiens Peaux-Rouges
Éditions Fernand Nathan

lundi 9 janvier 2012

Fondation des Chevaliers de la Table Ronde


Et il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles.
Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l'histoire du Graal ou l'histoire de ce vase contenant le sang du Christ. Or, d'après le légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.
- Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s'y asseoir ne jouiront d’aucune préséance. A la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l'élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura accompli le Graal.
- Qu'il en soit ainsi ! déclara Artus.
Et aussitôt qu'il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois. Et sur la plupart d'entre eux, on lisait en lettres d'or : Ici doit s'asseoir Un Tel. Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n'était inscrit.
Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. on remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l'absence du roi.
Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l'obtenir, et que, si l'un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à s a recherche, pendant un an et un jour.
Tous les Chevaliers de la Table Ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu'avait fait pour eux messire Gauvain.
Ensuite, la reine Guenièvre proposa  que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers.
Le roi Artus l'approuva. Et à l'unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.

***

Laurence Camiglieri
Légendes des Chevaliers de la Table Ronde
Éditions Nathan

mercredi 4 janvier 2012

Le renard et l'ours


Un jour le renard, passant près d'un tipi (ou teepee), vola un magnifique poisson qu'un Indien faisait cuire devant sa demeure, au-dessus d'un feu de cendres rouges. Ce poisson constituait le dîner de cet homme, mais le renard, voleur rusé et méchant, profita d'un moment d'inattention pour saisir la proie et se sauver. Heureux d'avoir découvert si facilement un bon repas et d'avoir joué un mauvais tour, il s'en allait allégrement, agitant sa longue queue en signe de plaisir. Le fait est qu'il était très content de lui et ne songeait qu'à commettre d'autres méfaits, lorsque, tout à coup, il vit l'ours. Celui-ci, profitant d'un rayon de soleil, avait quitté son abri et s'avançait lourdement : flip... flop... flip... flop... flip... flop...
Notre renard grimpa sur un arbre. Il commença à manger son poisson à grand bruit de mâchoires et, lorsque l'ours passa sous l'arbre, il lança un petit morceau de son dîner sur le museau de l'animal.
- Qu'est cela ? grogna l'ours en se léchant le museau et en mangeant avec délices le petit morceau de poisson.
Un autre morceau lui tomba de nouveau sur le nez. Tout en l'avalant, l'ours leva la tête.
- Miam, miam, miam... faisait le renard, perché sur l'arbre.
- Que mangez-vous de si bon, là-haut, ami Renard , demanda l'ours.
- Miam, miam, miam, c'est du poisson que j'ai pêché.
- Et où l'avez-vous pêché ?
- Miam, miam, miam, au bord de l'étang. C'est là que ceux qui aiment la bonne chère vont pêcher leur poisson.
- Mais je ne sais guère pêcher, ami Renard. J'effraie les poissons quand ils m'entendent approcher de la rivière. J'ai faim. Ne voudriez-vous pas me jeter encore un peu de ce poisson ?
- Nenni. Allez le pêcher vous-même.
- Cela m'est impossible. L'eau est gelée.
- Belle excuse. J'ai pêché le mien malgré l'eau gelée.
- Et comment avez-vous fait ?
- Ce n'est guère difficile. J'ai cassé un peu de glace près de la rive. J'ai trempé ma queue dans le trou ainsi formé. Je me suis assis et j'ai attendu, la queue dans l'eau.
"Mais oui, lourdaud ! Je suis resté là, sans remuer, sans me retourner et, après un moment, j'ai senti tous les poissons qui venaient se pendre à ma queue. Allez à l'étang, bonne bête, et quand vous en aurez pêché en quantité suffisante, je ferai cuire vos poissons".
L'ours s'éloigna, un peu fâché à cause du ton ironique que le renard avait pris pour lui parler. Il était indécis et lent, mais il était aussi gourmand et il avait vraiment faim, ce jour-là ! L'odeur du poisson cuit, les quelques petits morceaux qu'il avait pu en goûter, l'avaient plus que jamais mis en appétit.
"Après tout, pourquoi ne pas essayer ?" se dit-il
Il alla donc au bord de l'étang. Le renard, caché derrière une grosse pierre, le regardait en riant, et s'amusait de telle sorte qu'il en oubliait de finir son repas. L'ours brisa un peu de glace, s'assit et attendit, la queue dans l'eau, car l'ours d'alors avait une queue au moins aussi longue que celle du renard.
Elle avait beau être touffue, cette queue, il sentit le froid de l'eau glacée qui semblait lui monter tout le long de l'échine, mais il ne bougea pas. Le bonhomme Hiver ne pouvait s'empêcher de hausser les épaules, en voyant une telle sottise. La neige, compatissante, se faisait molle et douce pour tomber sur la grosse tête de l'animal, mais elle lui entrait dans les yeux. Il crut qu’elle voulait le séduire et il ferma les paupières pour ne plus la sentir et pour ne pas la voir. Le vent du nord, féroce, tourbillonnait en sifflant lugubrement autour de lui. Il se boucha les oreilles pour ne plus l'entendre.
Il commençait toutefois à regretter l'abri qu'il avait quitté et où il était si bien protégé du froid, de la neige et du vent, mais la gourmandise, la faim, l’amour-propre aussi, le retenaient.
Il attendit un bon moment. Il sentit sa queue devenir plus lourde et la crut chargée de poissons. Il voulut la retirer de l'eau, mais elle était gelée et retenue par la glace. Il essaya à plusieurs reprises ; sans succès. Il se décida alors à appeler le renard :
- Renard ! Renard ! Ami Renard !
Le renard le laissa crier un bon moment avant de se diriger vers l'étang, les yeux moqueurs et la queue en panache. Il se mit à rire et à se moquer de l'ours, de façon si bruyante que les chiens qui étaient par là l'entendirent et accoururent.
C'était ce que désirait le fourbe, qui, au lieu de prendre une direction opposée à celle de l'ours pour que la meute ne vit pas ce dernier, continua au contraire dans la direction de l'étang. Les chiens, voyant l'ours en difficulté, l’attaquèrent ; mais il se défendit si bien qu'ils abandonnèrent la partie et se mirent à la poursuite du renard.
L'ours avait fait un si violent effort, pour résister à la meute sauvage qui le croyait impuissant, que sa longue queue s'était brisée.
C'est depuis ce temps-là que les ours ont une courte queue et que les chiens s'obstinent à chasser les renards.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et Légendes des Indiens Peaux-Rouges
Éditions Fernand Nathan

mardi 3 janvier 2012

Pourquoi les lapins creusent un terrier


Cela remonte au temps où la terre souffrit d'une si grande sécheresse qu'il n'y eut plus un brin de verdure dans la plaine.
Le soleil brûlant avait tari les ruisseaux et les rivières et l'on avait vu la lune s'arrondir puis décroître plusieurs fois sans qu'une goutte de pluie ne tombât au sol. faute d'humidité, non seulement l'herbe et les plantes, mais les arbres mêmes se desséchaient et mouraient. Seul une sorte de puits naturel, étroit mais plus profond que le lit de la rivière, contenait encore un peu d'eau. Toutefois, il y en avait si peu que, d'un commun accord, les animaux avaient sagement décidé de n'y aller qu'une fois par jour, et chacun à son tour, y puiser une ration, insuffisante certes, mais dont ils devaient se contenter, afin que chacun pût en avoir sa part.

Affamés et incapables de se désaltérer vraiment, ils maigrissaient et semblaient se dessécher eux aussi. Poils et plumes avaient perdu le brillant lustre des jours d'abondance. Cela faisait pitié de les voir tous, abattus, le ventre creux et l’œil terne, tous... sauf le lapin, qui, lui, ne semblait pas, comme les autres, souffrir de privations.
- Quel est ton secret, Frère lapin ? lui demandait-on.
Au lieu de répondre, Lapin souriait malicieusement, relevait avec arrogance et le plus qu'il pouvait sa petite queue blanche et agitait ses longues oreilles l'une après l'autre.
C'est là un exercice assez difficile et qui demande de l'entraînement si on veut le faire bien, aussi aimait-il à exhiber son talent, se croyant très fort parce que bien peu de ses amis pouvaient l'imiter.
Mais ses amis n'étaient plus d'humeur à s'amuser ou à admirer son adresse.
Ils avait faim et soif et se demandaient plutôt comment leur frère pouvait encore parader et avoir les yeux éveillés et le poil lustrant. Peu à peu, ils en vinrent même à soupçonner Lapin...
Serait-il possible que, manquant à l'engagement pris par tous, il allât au trou puiser une partie de la ration des autres ? Ils voulurent s'en assurer. Pour cela, ils modelèrent une sorte de loup d'argile et de bitume, le couvrirent d'une épaisse couche de glu et le placèrent près du puits.

C'est lorsqu'il faisait bien sombre, après la tombée de la nuit, que Lapin allait se désaltérer au trou, et, sans penser aux autres, buvait tout son saoul. Il s'y rendait en rampant sous la brousse, sans bruit, la queue bien collée au corps, pour éviter que sa blancheur brillât au clair de lune, et les oreilles baissées afin que nul n'en aperçut les pointes.
Ne se doutant pas de ce qui l'attendait, il partit donc ce soir-là comme à l'ordinaire.
Il allait en rampant, doucement, doucement, s'arrêtant souvent à cause du craquement des broussailles, l'oeil et l'oreille aux aguets, effrayé au moindre bruit, le cœur battant à grands coups quand, soudain, il crut distinguer une forme noire, penchée au bord du trou où il allait boire. Il hésita un moment, puis, s'enhardissant, il demanda :
- Qui est là ?
Pas de réponse.
Il fit quelques pas, plus doucement encore que précédemment et crut reconnaître un loup, un jeune loup, qui, profitant de l'obscurité, venait, lui aussi, s'abreuver au dépens des autres.
Tout d'abord cela lui sembla étrange. Il ne savait que faire.
Un moment, il pensa partir, sans bruit, comme il était venu ; mais il avait soif ; et puis, il ne pourrait même pas raconter aux autres ce qu'il avait vu, car alors on lui demanderait pourquoi il était dans ces parages. mieux valait donc qu'il se désaltérât lui aussi.
Il s'approcha davantage. Cette fois, il ne prit aucune précaution, au contraire,. Il remuait à plaisir les touffes d'herbes séchées qui craquaient en se brisant. Il s'attendait à ce que, l’entendant venir, la forme noire se retournât, mais il n'en fut rien.
Il rassembla alors tout son courage et demanda à haute voix :
- Que faites-vous ici, Frère Loup ?
Le loup ne répondit pas, et pour cause ! Il restait immobile, penché au-dessus  du puits à l'entrée du trou.
" S'il ne cesse de boire, se dit Lapin, il ne restera rien pour moi !"
Alors, exaspéré par ce silence, furieux à l'idée qu'il ne pourrait se désalterer à son tour, et se croyant d'ailleurs très brave, Lapin haussa plus encore la voix :
- Ne m'entendez-vous pas ? Je vous demande ce que vous faites ici ?
A l'entendre, on eût cru un innocent scandalisé, demandant des explications à un coupable.
A ce moment-là, la lune passant entre deux nuages éclaira un instant la scène, et il lui sembla que le dos de son confrère était doucement secoué d'un rire moqueur. Cela le mit hors de lui. Il oublia un moment qu'il n'était qu'un lapin, et qu'un loup pouvait ne faire de lui qu'une bouchée. Son ton devint menaçant :
- Partez dit-il, ou vous aurez affaire à moi !
naturellement, le loup ne bougea pas.
Lapin s'approcha alors si près qu'il put cette fois donner un coup de patte. La glu se colla à sa patte.
Furieux, croyant à un mauvais plaisant et d 'ailleurs ne doutant plus de sa force, il cria d'une voix rageuse :
- Faites-moi place ou je vous renverse d'une ruade.
Joignant le geste à la parole, il se retourna, s'arcbouta sur ses pattes de devant et lança un grand coup dans le dos du loup, mais alors il se sentit terriblement englué. Il essaya de se retourner, se débattit en vain. Plus il tâchait de se décoller du loup, plus il se sentait retenu par cette poix. Il s'en mettait partout.
Fou de dépit et de rage, il essaya de rouler sur l'herbe pour se dégager, mais il put qu'entraîner avec lui ce qu'il avait cru être son adversaire et bientôt tous deux formèrent une véritable boule.
Alors, incapable de se dégager, à bout de force et pouvant à peine respirer, il finit par perdre connaissance.
C'est dans cet état que les autres animaux le trouvèrent, quand les premiers d'entre eux vinrent à l'aube s'abreuver à leur tour.
Ils le dégagèrent, l'aidèrent à se nettoyer et ne lui dirent rien, mais Lapin comprit ce que l'on devait penser de lui. Il en fut à tel point honteux, mortifié et repentant, qu'il creusa un trou et s'y réfugia. Il espérait que, s'il ne se montrait pas trop, on finirait peut-être par oublier son manque de parole et sa sottise. Et c'est à partir de ce moment-là que les lapins prirent l'habitude de vivre dans un terrier.

***
Hélène Fouré-Selter
Contes et légendes des Indiens Peaux-Rouges
Éditions Fernand Nathan

dimanche 1 janvier 2012

BONNE ANNEE 2012 !


2011 s'enfuit...
2012 arrive....
"Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain.
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

Comme dit Pierre de Ronsard, profitez de chaque instant de bonheur que vous apportera 2012 !
Vivez-les intensément, ne regardez pas en arrière...
avancez... cultivez la joie, la tendresse, l'amitié, la paix
et vous serez heureux de tous ces instants de partage autour de vous !!

Bonne année 2012 !
Aby et Mélusine
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