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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


lundi 3 octobre 2011

Petite Aurore

Dans un beau château, sur le mont Witosch, habitait un riche "Pomak", c'est-à-dire un comte. Mais son cœur était triste, car sa fillette Drina, blanche comme neige dans son petit lit, était malade à mourir. Personne ne semblait pouvoir la sauver, et même les plus célèbres médecins étrangers ne parvenaient pas à déterminer le mal dont l'enfant souffrait. Un jour que le comte, rongé de souci, chevauchait à travers la forêt, il rencontra une étrange vieille qui lui dit : 
- Moi seule je puis sauver ton enfant, emmène-moi au château ! 
Le comte eut envie de la rabrouer en la traitant de vilaine sorcière. Mais il se ravisa en pensant : "Après tout, il n'en peut résulter aucun mal". Sans entrain, il hissa la singulière créature sur son cheval. A peine arrivée au château, la vieille se faufila dans la chambre de Drina. «
- L'enfant, dit-elle, est atteinte de la maladie de la nuit. 
Pour la guérir, elle prescrivit à Drina de regarder, dès son réveil, l'aurore dans le ciel, et aussi le reflet de cette aurore dans la rivière, tout en récitant cette mélopée :
Descends des hauteurs, 
Monte des profondeurs, Aurore !
Donne-moi la santé, Donne-moi la beauté l
Cette invocation eut un effet miraculeux. Le lendemain déjà Drina souriait. Au bout d'une semaine, une teinte rosée, pareille au reflet de l'aurore, colorait ses joues et, un mois plus tard, Drina rayonnante de santé, de fraîcheur, de beauté, égalait en éclat les roses du jardin. L'étrange vieille prit alors congé de la fillette en lui disant : 
- Souviens-toi que l'aurore et son reflet appartiennent à la fée Eos. Nous lui en avons emprunté ce qu'il fallait pour te guérir. Elle n'en accordera pas davantage. Ce serait donc la voler que de continuer à utiliser la mélopée que je t'ai apprise. Ne le fais plus !
Drina prit cette défense en mauvaise part et, avec insolence, renvoya sa bienfaitrice.
Bientôt la nouvelle se répandit que Drina, resplendissante, méritait le titre de "Petite Aurore", Les louanges qu'on lui adressait l'engagèrent à devenir toujours plus belle. Or, comme cela n'était
possible qu'en récitant la mélopée, elle ne tint aucun compte des recommandations de la vieille femme de la forêt. Elle continua et sa beauté devint telle que tout le monde affirma bientôt que Drina était la plus merveilleuse fille du pays.Durant quelque temps, elle jouit de sa beauté. Mais, les nuits suivantes, un petit oiseau blanc l'éveilla en lui gazouillant :
- Tu es une voleuse !
Ce fut ensuite un corbeau tout noir qui lui croassa aux oreilles : 
- Ne dérobe plus d'aurore ! 
Un hibou se posa sur son lit, roula ses gros yeux d'or et hulula : «
- Rends l'aurore que tu as volée !
Chaque fois, Drina se blottit plus profondément sous ses couvertures, tout en répétant avec obstination :
- Oiseau, tu es certainement la vieille femme de la forêt. Eh bien, malgré toi, je prendrai autant d'aurore qu'il me plaira et ne rendrai pas celle que j'ai déjà ! 
Le lendemain, le comte et sa suite, au son du cor, partirent pour la chasse dans les montagnes. Pleine d'entrain, Drina chevauchait en tête du cortège. Bientôt, un épais brouillard enveloppa chevaux et cavaliers, qui s'étaient dispersés. Ils ne se retrouvèrent qu'auprès d'un feu qu'un des piqueurs avait allumé. Mais Drina avait disparu. On cria son nom aux échos ; "Drina, Petite Aurore !". On sonna du cor et les cavaliers partirent à sa recherche dans toutes les directions. Mais en vain. Drina demeurait introuvable. Dans sa douleur, le comte fit le vœu de ne pas rentrer au château sans sa fille bien-aimée.
La fée Eos, fort courroucée, avait, sans qu'on s'en aperçût, enlevé Drina et l'avait cachée dans une anfractuosité du rocher. Les trois oiseaux arrivèrent à tire-d'aile. 
- Obéiras-¬tu enfin ?  lui demandèrent-ils.
Mais la fillette, toujours obstinée, répondit sèchement :
- Non !
Pourtant, au bout d'une semaine, comme elle mourait de faim, elle promit de ne plus jamais réciter la mélopée. Alors le corbeau lui apporta chaque jour un pot de miel. Elle refusa toutefois de rendre l'aurore qu'elle avait volée, car elle voulait conserver sa beauté. Sept fois, elle vit le soleil se coucher, mais, en réalité, sept années avaient passé. L'entêtée était restée solitaire, tout ce temps-là, sur son rocher.
 Pendant ces années, le comte, cherchant inlassablement sa fille, parcourait la montagne, échevelé, la barbe hirsute, le visage décharné. Sans trêve ni repos, sa voix retentissait dans la solitude. Enfin, par une nuit des plus sombres, Drina entendit cette voix et cria : 
- Père, où es-tu ?
Elle perçut cette réponse :
- Ah! si j'avais une lumière, je te sauverais ! 
Au même instant, les oiseaux arrivèrent. Drina, tombant à genoux, les supplia : 
- Reprenez toute l'aurore que j'ai volée et faites-en une lumière pour mon père ! 
La jeune fille n'avait pas encore fini sa phrase que ses joues répandirent une lumière éblouissante... C'était l'aurore qu'elle rendait et qui illuminait toute la montagne, si bien qu'on se serait cru en plein jour.

***
Conte de Bulgarie
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