BIENVENUE

Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


samedi 1 octobre 2011

Départ pour la Carmélide


Quand le roi Artus constata les grands pouvoirs de Merlin, songeant qu'il ne pouvait se passer d'un aussi précieux concours, il l'invita à venir vivre à la cour, laquelle se tenait alors à Londres.
Merlin lui conseilla de faire don, en quantité, de vêtements, d'argent et de chevaux, et d'armer nombre de chevaliers. Artus se rendit à cet avis et ainsi se gagna les cœurs.
Tous acquirent alors la conviction qu'il ne pouvaient vivre ailleurs.
Un jour, Merlin, qui connaissait l'avenir, dit à Artus :
- Sire, le moment est venu de vous engager comme simple chevalier au service du roi Léodagan de Carmélide. Vous en tirerez grand avantage.
Il se garda bien d'en dire plus, bien que le roi poussât de grands cris. Quoi ! Laisser sa terre pour prêter main forte au vieillard qu'était Léodagan, lequel avait maille à partir avec de redoutables voisins.... Merlin n'y pensait pas. Or, Merlin s'obstina.
- Partez, Sire, sans tant vous inquiéter, et vous verrez ce qui arrivera. Cependant...
Il s'interrompit, se lissa la barbe, et lorsque Artus lui eut demandé de poursuivre, il dit :
- Cependant, emmenez donc avec vous le roi Ban de Bénoïc et le roi Bohor de Gannes, qui sont du reste en route, à cette heure, pour vous rendre hommage. Ces deux frères, rois de Petite Bretagne, ont toutes les qualités de chevaliers.
Artus fut sage et vit bien que son intérêt était de faire ce que lui conseillait Merlin. Aussi se réjouit-il de la visite des deux rois et il annonça qu'il allait immédiatement donner des ordres pour qu'il y eût en leur honneur fêtes et tournois.
Merlin, cependant, soupira.
- Eh bien, dit Artus, ne dois-je point faire tendre de soieries et de tapisseries, et joncher d'herbe et de fleurs les rues de Londres ?
- Certes, répondit Merlin. Il vous sied de recevoir magnifiquement. Et je gage qu'il ne manquera à votre accueil qu'une reine...
Artus ne dit mot, se demandant vaguement pourquoi Merlin regrettait aujourd'hui l'absence d'une reine, et s'il était vraiment urgent d'en donner une au royaume de Bretagne.
Quelques semaines plus tard, quarante preux, parmi lesquels se trouvaient Artus, Ban de Bénoïc et Bohor de Gannes, parvenaient en Carmélide et se présentaient en se tenant par la main, au roi Léodagan, qu'ils saluèrent l'un après l'autre.
Le roi Ban, qui était le plus éloquent et le plus bavard de tous, dit à Léodagan que ses compagnons et lui-même lui offraient leur service, mais à une condition.
- Messire, fit Léodagan intrigué, quelle est cette condition ?
Alors Ban lui demanda de promettre de ne jamais chercher à savoir leurs noms véritables. Comme c 'était là coutume assez courante, Léodagan s'inclina.
Bientôt, les guetteurs donnaient le signal, apercevant au loin les premiers coureurs ennemis et la fumée des incendies. Il y eut grand branle-bas de combat. Artus et ses compagnons s'assemblèrent sous la bannière de Merlin, où un petit dragon à longue queue et une tortue semblaient lancer des flammes.
La bataille fut violente, les assaillants paraissant décidés à tout mettre en œuvre pour obtenir la victoire : et les lancers se heurtèrent et les épées frappèrent les heaumes et les écus, dans  un tel tintamarre que le tonnerre n'eût pu se faire entendre.
Or, il advint que les gens de Léodagan furent, un moment, en mauvaise position, enfoncés par les gens du redoutable roi Claudias de la Déserte. Léodagan fut même renversé de son cheval et pris par ses ennemis. Merlin le sut dans le même instant.
- A moi, francs Chevaliers ! s'écria-t-il en apparaissant sur le champ de bataille et en levant son enseigne flamboyante.
Artus et ses compagnons, qui luttaient avec rage, arrivèrent aussitôt au galop.
- On verra qui preux sera ! cria encore Merlin.
Puis il donna un coup de sifflet, et un vent impétueux se leva qui fit tourbillonner un immense nuage de poussière derrière lequel nos quarante compagnons, lâchant le frein et piquant des deux, coururent sus aux ennemis aveuglés. Ceux-ci abandonnèrent le roi Léodagan sur le champ de bataille, et, têtes baissées, sous une grêle de traits, s'enfuirent à toutes jambes.
Les gens de Léodagan s'empressèrent alors de lui donner un cheval et de nouvelles armes, puis tous repartirent à bride abattue derrière leur porte-enseigne. A ce moment, le dragon de l'enseigne de Merlin se mit à vomir des brandons enflammés, si bien que tout s'embrasa et que les derniers résistants lâchèrent pied.
Seul un géant, le duc Frolle, eut encore le courage de prendre à deux mains sa masse de cuivre, si lourde que peu d'hommes eussent pu la soulever, et se mit à en asséner des coups autour de lui. Artus s'élança à sa poursuite, son épée Escalibor à la main. Frolle tira la sienne ; elle avait nom Marmiadoise. Dès qu'elle jaillit hors du fourreau, si grande était la clarté qu'elle répandait, que le champ de bataille en fut illuminé et qu'Artus fit un pas en arrière.
- Sire Chevalier, dit alors le géant, je ne sais qui tu es, mais pour ta bravoure, je te ferai grâce. rentre ton arme et je te laisserai aller.
A ces mots, le roi Artus sentit le rouge de la honte lui monter au visage.
- C'est à toi de mettre bas cette épée, dit-il, et sache que le fils d'Uter Pendragon ne recule pas devant la mort.
- Serais-tu donc le roi Artus ?
Et aussitôt le géant se jeta sur lui, mais Artus sut adroitement l'éviter et se défendit grâce à Escalibor ; il lui en donna un si grand coup sur le bras que Frolle laissa choir son épée. Étourdi, il fut emporté par son cheval dans la forêt immense. Quand la nuit s'installa, le calme régnait.
les rois ban et Bohor demandèrent à Artus s'il n'avait point trop de mal.
- J'ai réussi au-delà de toute espérance, dit-il. C'est ainsi qu'en plus de mon épée Escalibor, qui a fait merveille, j'ai pu ramasser Marmiadoise, l'épée du géant Frolle, qui étincelle comme un diamant dans l'ombre.

***
Tiré des légendes des Chevaliers de la table Ronde, 
par Laurence Camiglieri
Aux Éditions Nathan
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...