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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


jeudi 1 septembre 2011

Merlin l'enchanteur

Il était une fois, en Bretagne, une jeune femme qui mit au monde un bébé si velu qu'on n'en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l'assistaient de le porter immédiatement à l'église pour qu'il reçut le baptême.
- Quel nom voulez-vous lui donner ?
- Celui de son aïeul maternel, répondit la jeune femme.
C'est ainsi que le bébé fut appelé Merlin.
Or, Merlin avait pour père un diable, ce que sa maman n'osait avouer. Tout en le berçant dans ses bras, elle l'embrassait malgré sa laideur et lui dit un jour :
- Parce que je ne peux désigner ton père, mon bébé chéri, tu seras appelé : "enfant sans père" et moi, selon la loi, je vais être condamnée et mise à mort. Pourtant je ne l'ai pas mérité...
- Tu ne mourras certainement pas à cause de ma naissance.
Merlin avait alors tout juste neuf mois. La stupéfaction de sa mère en l’entendant parler fut si grande qu'elle le laissa choir. Aussitôt l'enfant se mit à hurler, ameutant tous les voisins qui voulurent connaître la cause de ce vacarme.
La mère de Merlin aurait-elle voulu par hasard le tuer ?
- Figurez-vous que Merlin parle comme une grande personne, expliquait-elle à tous ceux qui l'interrogeaient.
Comme Merlin gardait la bouche close, à présent, cela rendait la chose encore plus extraordinaire et plus mystérieuse.
A la fin, certaines personnes, espérant l'entendre, le rudoyèrent.
- Ah ! dirent-elles, il eût mieux valu pour la mère que tu ne fusses jamais né.
- Taisez-vous ! cria aussitôt le nourrisson, rouge de colère. Laissez ma mère en paix. Nul ne sera assez hardi, tant que je vivrai, pour lui faire du mal ou justice, hors Dieu.
Si jamais gens connurent l'ébahissement, ce fut bien ceux qui entendirent ces mots. Et tous, sans exception, s'empressèrent de colporter la nouvelle à travers le village, tant et si bien qu’elle parvint aux oreilles du juge.
Or le juge se dit : "Peut-être ferais-je bien de me débarrasser de cette affaire que j'avais oubliée et de convoquer cette mère que je dois condamner à être brûlée vive". Au demeurant, le juge ne croyait en rien tout ce qui se racontait.
Aux questions gênantes qu'il lui posa, la mère ne put que baisser la tête jusqu'à ce que Merlin, qu'elle tenait dans ses bras, éternuât bruyamment et s'écriât :
- Ce n'est pas de si tôt que vous la condamnerez, monsieur le Juge...
- Ah ! fit la magistrat qui n'en croyait pas ses oreilles. Et tu vas me dire pourquoi, j'espère...
 - Certainement, répondit Merlin imperturbable, car si l'on condamnait toutes les personnes qui ne peuvent avouer le nom du père de leur enfant, il y aurait ici quantité de gens qui seraient brûlés. Je le ferais bien voir, si je voulais. Et ajouta, le poupon belliqueux, je connais mieux mon père que vous le vôtre, monsieur le Juge, ne vous en déplaise...
A ces mots, le magistrat; le rouge au front, se disait : "Ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer".
- Qui donc est ton père ? dit-il enfin de sa voix la plus douce.
- Un de ces diables qui ont nom incubes et qui habitent l'air. De lui, j'ai la science infuse et celle des choses faites, dites et passées. Je connais également celles qui doivent arriver...
- Les choses faites, dites et passées... répéta le juge en tremblant.
Et comme il ne devait pas avoir la conscience bien tranquille, il décida de laisser la mère de Merlin en liberté.
Celui-ci vécut heureux et choyé auprès d'elle jusqu'à l'âge de sept ans.

***
Laurence Camiglieri
Légendes des Chevaliers de la Table Ronde
Éditions Nathan

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