BIENVENUE

Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


lundi 31 octobre 2011

Joyeux Halloween !!

 La citrouille magique s’envolera ce soir 
pour que les enfants qui fêteront Halloween puissent recevoir des bonbons. 

Amusez-vous entre vous, petits lutins
 et semez joyeusement des moments de bonheur et de complicité 
avec des masques et des costumes féériques endiablés

 Joyeux Halloween

La sorcière Kipeutou

Maman n'a plus de couches pour la petite sœur. Nicolas et tata Pomme sont allés en acheter. Dehors, il pleut, Nicolas est resté dans la voiture. Mais tata Pomme ne revient pas et Nicolas se sent triste. Depuis que la petite sœur est arrivée, papa et maman passent leur temps à lui faire des risettes et des chatouillis. Ils n'ont même pas une minute pour lui attacher sa cape de Zorro. Et quand il demande à tata Pomme de lui dire une histoire, elle fait des "oh !" et des "ah !" en plein milieu, parce que la petite sœur a fait un renvoi ou un beau caca.
Nicolas a du chagrin.
On l'oublie toujours dans son coin. Alors, il descend de la voiture et marche sur le trottoir. Mais là non plus, personne ne fait attention à lui. Alors, il tire sur le manteau d'une vieille dame et lui dit :
- Madame, je suis perdu, mes parents m'ont abandonné !
La dame a un manteau noir, de drôles d'oiseaux sur son chapeau et du poil sur son menton.
Nicolas pense que c'est une sorcière. Elle l'emmène dans sa maison. Une vrai maison de sorcière avec des rideaux en queues de lapins et une douzaine de chats rose et bleu. Et la dame dit :
- Je voudrais bien savoir pourquoi tes parents ne veulent plus de toi !
- Mais parce qu'ils ont un autre bébé, répond Nicolas. Moi je suis trop grand pour les intéresser !
- Tu sais quoi ? dit la dame. Je suis la sorcière Kipeutou. Alors, ton bébé, on le transforme en quoi, pour s'en débarrasser ?
Nicolas réfléchit.
- Et si vous me transformiez, moi, en bébé, peut-être que mes parents m'aimeraient fort, comme avant ! Alors la sorcière crache en l'air trois fois et dit :
Perdrix qui crie
Corbeau qui croasse
Redeviens petit, petit, Nicolas

Et elle prend le bébé Nicolas dans ses bras et va sonner chez ses parents :
- Je vous rapporte votre petit Nicolas. Je l'ai trouvé dans la rue, il était perdu.
Papa est tout triste.
- Vous vous trompez, madame, notre Nicolas est un grand garçon. Il jouait au foot avec moi comme un champion !
Maman a les yeux rouges, elle dit :
- Mais, madame, on a déjà un bébé, c'est notre grand garçon qui nous manque, il me faisait de si beaux dessins !
Alors la sorcière dit tout bas :
Perdrix qui crie
Corbeau qui croasse
Redeviens grand garçon, Nicolas.

Nicolas saute, s'étire, se frotte les yeux et se demande ce qu'il fait sur le canapé du salon. Papa pousse la porte :
- La sieste est finie, Zorro ? J'ai juste le temps de faire une partie de foot !
- Super ! crie Nicolas-Zorro qui pense :
- Après, je fais pour maman le dessin de la sorcière Kipeutou avec tous ses chats !

***
Une histoire de : Françoise Moreau-Dubois.
Tiré du livre: Mille ans de Contes.

samedi 29 octobre 2011

Une Rose de la Tombe d'Homère

Dans tous les chants d'Orient on parle de l'amour du rossignol pour la rose. Dans les nuits silencieuses, le troubadour ailé chante sa sérénade à la fleur suave.
Non loin de Smyrne, sous les hauts platanes, là où le marchand pousse ses chameaux chargés de marchandises qui lèvent fièrement leurs longs cous et foulent maladroitement la terre sacrée, j'ai vu une haie de rosiers en fleurs. Des pigeons sauvages volaient entre les branches des hauts arbres et leurs ailes scintillaient dans les rayons de soleil comme si elles étaient nacrées.
Une rose de la haie vivante était la plus belle de toutes, et c'est à elle que le rossignol chanta sa douleur. Mais la rose se tut, pas une seule goutte de rosée en guise de larme de compassion ne glissa sur ses pétales, elle se pencha seulement sur quelques grandes pierres.
- Ci-gît le plus grand chanteur de ce monde, dit la rose. Au-dessus de sa tombe je veux répandre mon parfum, et sur sa tombe je veux étaler mes pétales quand la tempête me les arrachera. Le chanteur de l'Iliade est devenu poussière de cette terre où je suis née. Moi, rose de la tombe d'Homère, suis trop sacrée pour fleurir pour n'importe quel pauvre rossignol.
Et le rossignol chanta à en mourir.
Le chamelier arriva avec ses chameaux chargés et ses esclaves noirs. Son jeune fils trouva l'oiseau mort et enterra le petit chanteur dans la tombe du grand Homère ; et la rose frissonna dans le vent. Le soir, la rose s'épanouit comme jamais et elle rêva que c'était un beau jour ensoleillé. Puis un groupe de Francs, en pèlerinage à la tombe d'Homère, s'approcha. Il y avait parmi eux un chanteur du nord, du pays du brouillard et des aurores boréales. Il cueillit la rose, l'inséra dans son livre et l'emporta ainsi sur un autre continent, dans son pays lointain. La rose fana de chagrin et demeura aplatie dans le livre. Lorsque le chanteur revint chez lui, il ouvrit le livre et dit : Voici une rose de la tombe d'Homère.
Tel fut le rêve de la petite rose lorsqu'elle s'éveilla et tressaillit de froid. Des gouttes de rosée tombèrent de ses pétales et, lorsque le soleil se leva, elle s'épanouit comme jamais auparavant. Les journées torrides étaient là, puisqu'elle était dans son Asie natale. Soudain, des pas résonnèrent, les Francs étrangers qu'elle avait vus dans son rêve arrivaient, et parmi eux le poète du nord. Il cueillit la rose, l'embrassa et l'emporta avec lui dans son pays du brouillard et des aurores boréales.
Telle une momie la fleur morte repose désormais dans son Iliade et comme dans un rêve elle entend le poète dire lorsqu'il ouvre le livre : Voici une rose de la tombe d'Homère.

***
Conte de Hans Christian Andersen

vendredi 28 octobre 2011

Histoire du fantôme en bouteille

Il était une fois un couple qui habitait loin des autres gens du village. Un jour, un fantôme passa par là, vit la femme et la trouva belle. A ce moment-là, son mari était allé chercher du bois de chauffage dans la forêt et la femme gardait la maison toute seule. Etant tombé amoureux d'elle, le fantôme voulut la prendre comme épouse. Alors il observa l'apparence du mari et il se métamorphosa en celui-ci avec une ressemblance parfaite. Ensuite il vint à la maison et se comporta comme si c'était lui. Quant à la femme, elle crut que c'était vraiment son époux ; elle l'accepta sans contestation. Le soir, quand le mari véritable revint de la forêt, elle s'étonna énormément. Le fantôme et l'homme se disputèrent. L'homme lui demanda :
- D'où viens-tu ? Tu oses venir dormir avec ma femme.
Le fantôme répliqua :
- D'où viens-tu ? Tu as l'audace de réclamer ma femme.
Ils se querellèrent et ils ne trouvèrent personne pour s'occuper de leur procès. Alors ils s'en allèrent tous les trois à la recherche d'un juge pour trancher l'affaire. Le juge ne sut pas les distinguer l'un de l'autre et il pensa que l'un des deux était un fantôme. Il voulut donc le vérifier et dit :
- Ah ! Si quelqu'un d'entre vous peut entrer dans cette bouteille, celui-là obtiendra cette femme comme épouse.
Le fantôme s'empressa de répondre :
- Moi, je peux. Puis il s'infiltra dans la bouteille.
Alors,le juge prît un bouchon pour obstruer l'ouverture de cette bouteille. Enfin il la fit disparaître dans un fleuve.Désormais le couple vécut heureux. A cause de cette histoire, il y a une parole des anciens pour mépriser un sot avec ces mots : "Espèce de fantôme en bouteille".

jeudi 27 octobre 2011

Ludivine et la sorcière

Mr et Mme Parsimonie avait quatre enfants, 3 garçons et une petite fille prénommait Ludivine. Chose étrange les parents étaient atteint de mauvaise humeur chronique, ce qui les rendaient la plus part du temps en colère et jamais contents. Malheureusement les crises étaient de plus en plus violentes surtout à l’en contre de Ludivine. Quant à ses trois frères ils ne cessaient pas de martyriser la pauvre enfant tellement ils étaient jaloux et envieux de tout. Mais Ludivine ne se plaignait jamais parce qu’elle savait qu’elle aurait toujours tort pour tout le monde.
Un soir pendant le souper Mr et Mme Pasimonie annoncèrent :
- Nous avons pris une grande décision, et nous ne sommes pas mécontents d’avoir enfin trouvé la solution à tout nos problèmes. Voilà, on a vendu Ludivine votre petite sœur…Tais-toi Ludivine fit le père à cette dernière qui n’avait pas prononcé un mot, puis il reprit commençant à s’énerver ? Tu n’arrêtes pas de pleurnicher, tu ne fais rien à la maison parce que tu es trop petite et tu agaces tes frères sans cesse ; ta mère et moi nous avons donc décidé de te vendre à la Sorcière, ne discute pas vilaine enfant gronda le père s’adressant à Ludivine qui n’avait toujours pas prononcé un seul mot.
- Et puis estime toi heureuse que quelqu’un veuille bien t’acheter renchérie la mère car nous, on ne donnerait pas cher de toi !
- Quand est-ce que la Sorcière va venir me chercher susurra Ludivine qui tentait d’être agréable à ses parents…
- Ce soir, répondit son père ta mère a déjà préparé tes affaires
- Est-ce que je pourrais venir vous rendre visite…questionna Ludivine les larmes aux yeux
- Non, on ne reprend pas la marchandise firent en cœur ses trois frères
Mais ils furent interrompus par la clochette de la porte d’entrée…
Le sang de Ludivine se glaça, quand elle vit entrer une grande femme très laide. Comme toutes les sorcières elle portait sur son nez crochu une verrue grosse comme un œuf de pigeon et elle avait également du poil au menton.
- Je ne tiens pas à m’éterniser ici fit la sorcière de sa voix nasillarde et aiguë, prenez votre or ordonna-t-elle aux parents tout en scrutant la pièce de son regard persan, mais je ne vois pas la gamine ? Elle se cache ? Je n’aime pas les enfants peureux ajouta-t-elle puis elle se reprit adoucissant sa voix, Viens voir ta gentille marraine mon poussin fit la sorcière
Ludivine s’était agrippée à la robe de sa mère, cette dernière d’un mouvement brusque se détacha des petites mains et poussa sa fille vers la sorcière.
- Tu verras ma brave petite fille dit la sorcière en enveloppant Ludivine dans une cape, tu seras bien avec moi. Et elles disparurent toutes les deux comme par magie.
En une fraction de seconde Ludivine se retrouva dans la maison de la sorcière
Cette dernière se mit à rire ce qui ne rassura pas du tout la petite fille.
- Vous allez me mangez maintenant ? questionna-t-elle
- PAS DU TOUT, je ne mange pas les petites filles, j’aime le poulet et aussi les sardines grillées c’est meilleur et plus facile à préparer. Puis elle ajouta je m’appelle Citrouille c’est comme ça que tu dois m’appeler. Et toi est-ce que tu as faim j’ai des spaghettis à la tomate dans mon chaudron à micro ondes ça te dis ?
Ludivine n’avait pas faim, elle aurait aimé dormir pour se réveiller demain chez ses parents, tout ceci n’était qu’un mauvais rêve pensa-t-elle
Comme si la sorcière avait lu dans les pensées de Ludivine elle lui proposa d’aller se reposer dans sa chambre après avoir bu un chocolat bien chaud
La chambre de Ludivine était fantastique mais sur le coup elle ne s’en rendit pas bien compte car elle était trop fatiguée, et dans ses draps à étoiles filantes elle s’ endormit aussitôt.
Et puis le temps passa, la petite fille s’était vite acclimatée à sa nouvelle vie de future sorcière, il faut dire que Citrouille ne faisait jamais pleurer Ludivine au contraire l’enfant avait appris à rire. Un jour pour ses 10 ans la sorcière demanda à la petite fille si elle voulait revoir ses parents pour leur montrer toutes les immenses choses que leur fille savait faire. Mais Ludivine répondit sans hésiter
-Non je préfère rester ici, si je retournais là-bas se serait uniquement pour tester mes pouvoirs de sorcière dit-elle en riant.
Citrouille fut très émue mais ne laissa rien paraître, il paraît que les sorcières n’ont pas de cœur … ?

mercredi 26 octobre 2011

La fillette ensorcelée

Au centre de la Suisse, sur les bords du plus grandiose de tous les lacs, se trouve une ville magnifique. Une haute et fière montagne la domine et semble regarder les toits et les tours et le vieux pont couvert qui, sur ses gros piliers de bois, se reflète dans l'eau bleue. Si la montagne pouvait parler, elle en dirait long sur les âges révolus. Elle était déjà là, en effet, alors que funiculaires, bateaux à vapeur, et à plus forte raison avions, n'existaient pas encore. Car la ville était bien petite, jadis, et seuls volaient par-dessus les toits et les cimes dentelées quelques oiseaux et... une sorcière qui, à minuit, parcourait le ciel à califourchon sur un balai. On sait que dans ces montagnes souffle souvent le foehn, un vent chaud que maintes personnes redoutent, mais qui fait scintiller les étoiles comme si leurs pointes de feu perçaient la voûte du ciel. C'est le moment que choisissaient les sorcières pour effectuer leurs chevauchées aériennes en pays lucernois. Mais les nains de la montagne, qui habitaient les buissons et les anfractuosités de l'Allmend, ne pouvaient supporter ce vent chaud. Lorsqu'il est très violent, ce fœhn soulève de .grosses vagues qui sont la cause de bien des naufrages.
C'est en effet en période de fœhn qu'un fabricant de râteaux et sa femme avaient disparu sur le lac. Leur fillette, Roesli, n'avait échappé à la mort que parce qu'elle était, ce jour-là, restée auprès de son grand-père, un herboriste qui était rarement à la maison. Il parcourait monts et vaux à la recherche de plantes qui guérissent. Et l'aïeul ne pouvait faire plus grand plaisir à la fillette que de l'emmener avec lui dans ses randonnées. Roesli n'était pas une enfant ordinaire. Elle était née un dimanche et, à cause de cela, possédait un don qui se manifesta un jour de grand foehn. La fillette avait rencontré sur l'alpe un nain qui bavardait volontiers avec chacun. Il se plaignit de l'air chaud qui coupait le souffle au petit monde de son peuple et leur desséchait la gorge.
- Attends, je puis te venir en aide! dit Roesli compatissante.
Après un instant de réflexion, elle se tourna du côté du soleil et cria de toutes ses forces : 
- Houla, houla, vent calme-toi! Je suis une enfant du dimanche ! 
Le vent se tranquillisa aussitôt, du moins pour un moment. Cela déplut fort à une méchante sorcière qui, avec son balai, se tenait sur un sapin. 
"Je vais t'apprendre à faire tomber le vent avec tes formules magiques ", pensa la vieille.
Aussitôt, elle se métamorphosa en un pinson et s'envola vers Roesli.
- Viens avec moi, ma chère enfant, pépia le pinson, je sais où il y a de délicieuses baies !
Quel miracle de voir ce mignon petit oiseau qui parlait. Sans méfiance, la fillette se laissa conduire auprès d'un arbrisseau chargé de baies écarlates dont elle se régala.
Malheur ! La pauvrette avait mangé des baies ensorcelées qui transformaient l'âme pure d'un enfant et le rendaient méchant. Et les méchants enfants étaient, à l'époque où se passe cette histoire, enlevés par une sorcière au cours de la plus longue nuit de l'année et emportés dans une gorge profonde d'où ils ne revenaient jamais.
Le bon grand-père ne comprenait pas ce qui était arrivé à sa gentille Roesli. La fillette, autrefois si douce et si obéissante, le contredisait continuellement, lui tirait la langue :  toutes choses qui blessaient profondément le pauvre homme.
Pour punir l'enfant, il ne lui permettait plus de l'accompagner dans la montagne et l'enfermait dans la chambrette.
Cependant il advint que l'herboriste rencontra sur un pâturage le nain pour lequel Rœsli avait apaisé le vent. Le vieillard ouvrit son cceur au petit homme et lui raconta tous les soucis que son diablotin de fillette lui causait. Le nain caressa sa longue barbe en méditant. Tout à coup, une lumière se fit en lui: Rœsli avait sûrement mangé des baies de l'arbrisseau ensorcelé pour devenir ainsi un véritable démon. 
C'était bien là un des méchants tours de la sorcière au balai. Et seul un magicien comme lui pouvait conjurer ce maléfice.
D'une musette dans laquelle il mettait du sel pour les chamois qu'il gardait, il sortit une petite boîte qu'il tendit à l'herboriste :
- Prenez, dit-il, cette boîte percée de trous. Elle contient un papillon blanc comme neige. Et cette nuit, quand Rœsli dormira, vous poserez le papillon sur son coeur et vous observerez attentivement ce qui arrivera.
Cela ne pouvait nuire à l'enfant. Il fallait vraiment tout tenter pour arracher la fillette à l'emprise de la sorcière. Le grand-père fit donc ce que le nain lui avait ordonné. Et il ne fut pas peu étonné de voir que le papillon blanc comme lys se transformait en un sombre papillon de nuit qui s'envola aussitôt.
Le pauvre insecte partait avec la noirceur dont la sorcière avait chargé l'âme pure de l'enfant, pensait non sans raison le vieil herboriste.
Et quand Rœsli s'éveilla rêves, elle était redevenue l'enfant douce et aimante d'autrefois. Dès lors, elle fut le rayon de soleil qui illumina, jusqu'à son dernier jour, la vie du bon grand-père.

***
Conte Suisse

mardi 25 octobre 2011

Les trois grains de la fortune

Jo, Jules et Jim rencontrent un lutin.
- Si tu es magicien, disent-ils, donne-nous la Fortune.
- Facile, répond le farfadet, voici trois grains de sable,voyons ce que vous en ferez. 
Jo dépose le sien dans une huître et recueille une perle.
Jules met le sien sur une pierre et obtient une pierre de lune.
Quand à Jim, pour détruire la machine infernale d’un méchant savant, il glisse son grain de sable dans l’engrenage.
 - Bravo ! s’écrie le lutin à leur retour. Voici trois grains de beauté pour vous récompenser. 
Mais ces grains étaient enchantés et grâce à leurs charmes, les trois fripons se marièrent avec les trois filles du roi.
Malin lutin qui, mieux que la Fortune, leur avait légué l’ Amour !

***
Francine Trimbach
Tiré du "Coin des petits" dans le magazine "Femme Actuelle "

lundi 24 octobre 2011

Artus et les chevaliers

Après avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n'en sortirent que pour s'apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus les regardaient. Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus.
Aussitôt désigné, le roi les vit s'agenouiller devant lui pour lui dire qu'ils désiraient tous recevoir de lui l'ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs.
L'air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d'abord : c'était Gauvain, fils du roi d'Orcanie.
Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.
- Je vous octroie la charge de connétable, leur dit-il.
Et il l'investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres. Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa l'éperon droit tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d'or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l'accolade. il adouba de même, c'est-à-dire revêtit d'une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l'un d'eux, Sagremor, neveu de l'empereur de Constantinople, ne voulut point d'autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe.
Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l'histoire du Graal. pour finir, il dit, s'adressant à Artus :
- Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d'où il adviendra quantité de merveilles.
 - La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j'élirai les chevaliers qui auront droit d'y siéger.

***
Laurence Camiglieri
Tiré des Légendes de la Table Ronde
Aux Éditions Nathan

samedi 22 octobre 2011

Je m'appelle Dracula - La chasse au vampire (5)

 Tandis que je réfléchissais aux moyens de mettre mon projet de revanche à exécution, les premières critiques de ce livre infâme parurent dans la presse. Ce fut un déluge de louanges, que dis-je, un raz de marée d'éloges. Stocker était porté aux nues, son livre était un chef-d’œuvre impérissable, etc. Je bouillais d’indignation. Il fallait passer à l'action sans plus tarder. Grâce à Andrew, qui me servait désormais de valet, et que j’avais envoyé chez l'éditeur où il s'était fait passer pour un admirateur de l'auteur de Dracula, je m'étais procuré l'adresse de Stocker.
Une nuit, après avoir blanchi mon visage avec du talc et rougi mes lèvres à l'aide d'un bâton de maquillage, je m’enveloppai dans ma cape noire et sortis, armé d'une lourde canne. Il me fallut peu de temps pour atteindre le domicile de ma victime à proximité de Marble Arch. Je frappai trois coups impérieux qui restèrent sans réponse. Voyant que la poignée tournait sans difficulté, je poussai la porte et j'entrai. Je fis quelques pas dans un couloir obscur, et remarquai qu'un rai de lumière filtrait sous une porte qui, d'après sa situation, devait être celle du salon. Comme je m'en approchais, le battant s'ouvrit à toute volée et un visage familier apparut en pleine lumière.
- Van Helsing ! m'écriai-je. J'aurais dû m'en douter. mais peut-être préférez-vous qu'on vous appelle Bram Stocker, monsieur l'écrivain ? dis-je en avançant d'un pas.
Van Helsing avait reculé jusqu'au milieu de la pièce. Avec une agilité étonnante, il bondit vers une étagère et se saisit d'un énorme crucifix qu'il éleva au-dessus de sa tête. Un lustre de cristal de Venise éclairait le salon, et la réflexion de cette masse de verre brillante sur le crucifix m'éblouit un instant. Je portai les mains à mon visage et titubai. Était-ce l'air raréfié de la pièce, ou l'imperceptible odeur d'ail qui y régnait ? Toujours est-il que je fus pris d'un malaise. Comme dans un mauvais rêve, je vis Van Helsing fouiller fébrilement dans une malle en osier pour en extraire un pieu et un marteau.
Au même instant, je me sentis tiré en arrière et soulevé de terre par une force herculéenne, comme si un géant m'avait pris à bras-le-corps pour me hisser sur son épaule, tel un pantin. Je me souviens  des cris de dépit de Van Helsing, d'une cavalcade dans un escalier, d'une voiture lancée au galop sur les pavés inégaux. Quand je revins à moi, je reconnus l'haleine empestée de whisky qui me soufflait au visage. C'était Andrew. Inquiet de me voir si taciturne ces derniers jours, il m'avait suivi jusque chez Van Helsing. Son intervention m'avait sauvé la vie.
Pendant que je me remettais, affalé dans le seul bon fauteuil de mon studio, Andrew me regardait avec déférence.
- Des ennuis, patron ? articula-til.
- Je le crains, mon bon Andrew. veux-tu t'approcher de la fenêtre et jeter un coup d'oeil dans al rue, sans bouger le rideau ?
- Il y a un type sur le trottoir d'en face, derrière un pilier de la porte cochère. Attendez... en v'là un autre qui rapplique. C'est un bobby.
- Que font-ils ?
- Y causent. Comme qui dirait qu'y-z-en ont après vous.
- Très juste, Andrew. Je vais avoir besoin de ton aide.
Je passai la nuit à mettre mes affaires en ordre. J’écrivis plusieurs lettres à l'intention de MM. Cookson, Cookson & Cookson et de leurs correspondants à Paris, ainsi qu'à mon banquier, jetai du linge et quelques objets personnels dans un sac de voyage, consultai un plan de Londres et donnai à Andrew un certain nombre d'instructions. Vers quatre heures, j’allai m’étendre sur mon lit pour prendre un peu de repos.
Je fus réveillé par la poigne solide du valet.
- Patron, vite, venez voir.
Il m'entraîna à la fenêtre. Dans la lumière blafarde du petit jour, une foule hétéroclite avait commencé à se rassembler devant la maison, contenue par un rang de bobbies en uniforme. Des poings se levaient, des voix scandaient : "A mort, le vampire ! Dracula, scélérat, le peuple te pendra !".  Au premier rang, j'aperçus Van Helsing, Holmwood et Seward, au milieu d'un groupe de journalistes.
- Parfait, Andrew, allons-y.

***

Nous quittâmes le studio pour gagner les toits, grâce à une trappe dont Andrew avait pris soin de vérifier le fonctionnement. Il avait également disposé des planches qui nous servirent de pont pour passer d'un immeuble à l'autre. Fouetté par l'air vif, je marchais vite, comme un sentier de montagne, insensible au vertige, plein d'une sombre gaieté.
- Eh bien, Andrew, dis-je en me retournant vers mon compagnon qui me suivait en soufflant comme un phoque. Dépêchons !
Laissant derrière nous les uniformes qui cernaient le quartier, nous atteignîmes un dépôt de voitures où Andrew loua un coupé. Puis ayant passé sans encombre les portes de la ville, nous prîmes la direction de Douvres.
Averti par un pressentiment, j'arrêtai la voiture à trois miles de la côte et demandai à Andrew de partir en reconnaissance. Notre lieu de rendez-vous était un vieux cimetière désaffecté. C'est là que j’attendis le retour d'Andrew, en somnolant vaguement au milieu des pierres tombales verdies par la mousse.
Andrew revint à la tombée de la nuit. Trompant la vigilance de la police, qui infestait les environs, il avait réussi à convaincre un marin, moyennant finance, de nous conduire jusqu'à Boulogne. Nous devions le retrouver à minuit, sur une grève fréquemment utilisée par les contrebandiers de son espèce. Andrew avait eu la présence d'esprit d'acheter les journaux du soir. "Un monstre en liberté", titrait le Clarion, sur cinq colonnes. Et l'Observer : "Chasse au vampire dans l'Edgware Road". Le Times , lui, se bornait à annoncer : "Un étranger indésirable sur le sol du Royaume-Uni pris en chasse par Scotland Yard".
A l'heure dite, nous nous retrouvâmes sur la grève, à guetter le signal du passeur. Andrew avait emporté avec lui une des lanternes du coupé. Lorsque le signal troua la nuit, nous lui répondîmes selon le code convenu. Quelques minutes plus tard, un bruit d'avirons se fit entendre sur notre gauche.
- C'est lui, fit Andrew. Allons-y, patron.
Au moment où la barque émergeait de la brume, une voix retentit du haut de la falaise, amplifiée par l'écho :
- Halte-là ! Au nom de la Reine !
Pressé par Andrew, je pataugeai dans l'eau noire, vers les bras qui se tendaient depuis le bateau. Deux autres sommations résonnèrent, immédiatement suivies par des claquements secs. Un bourdonnement d'abeille frôla ma joue et souleva de petites gerbes d'écume devant moi. Un tir nourri éclata, plus proche. Sans doute, la patrouille avait-elle pris pied sur la plage. Une fois à bord du brick qui nous attendait, à quelques encablures, nous cinglâmes vers la côte française. Le surlendemain, nous étions à Paris, épuisés.
Ma sinistre renommée nous y avait précédés, mais je dois dire que la Sûreté française mit une certaine mollesse à collaborer avec la police de Sa Majesté. Néanmoins, je m'astreignis, pendant plusieurs semaines, à vivre dans la clandestinité. Andrew s'employa à me trouver un logement décent et de faux papiers. Pour l'état civil, je me nomme Dracole, et j'exerce à domicile l'honorable profession d'antiquaire.

***

Ainsi s'achève, provisoirement, la relation de mes aventures. Elle en sera vraiment terminée qu'avec le châtiment des trois félons. Alors ma vengeance sera consommée, et mon honneur restauré.
Et quelque chose me dit que ce jour n'est pas si loin.
***

Le comte Dracula posa sa plume et se frotta les tempes de ses longues mains blanches. Le clocher des Blancs-Manteaux venait de sonner la demie de deux heures.
Le comte se leva, tira les rideaux qui voilaient les fenêtres à croisillons, et, le front appuyé contre la vitre, plongea son regard dans les ténèbres. Paris dormait. Dans le lointain, une chouette lança son cri. La ville appartenait aux oiseaux de nuit.
Dracula poussa un long soupir. Il revêtit sa cape, prit sa canne. Lorsqu'il se pencha pour souffler la lampe, nulle image ne se refléta dans le miroir posé près d'elle.

***
Olivier Cohen
"Je m'appelle Dracula"
Au Livre de Poche Jeunesse
Illustrations de Philippe Berthet 
***
Si vous avez aimé cette lecture du comte Dracula,
procurez-vous la suite avec "La fiancée de Dracula",
du même auteur.
En vente à la FNAC

vendredi 21 octobre 2011

Je m'appelle Dracula - Menaces contre Dracula (4)

Je me dirigeai vers la fenêtre, mais Van Helsing me barra la route.
- Sans doute êtes-vous aussi allergique au crucifix ? dit-il en fouillant à nouveau dans sa poche. Où est le mien ? J'ai dû l'oublier sur ma table de nuit.
Ma crise se dissipait. peu à peu, je retrouvai mes esprits, et un souvenir me revint en mémoire.
- Professeur Van Helsing... Attendez... Mais oui, je me rappelle. Vous êtes l'auteur de ce livre ridicule sur les légendes d'Europe centrale.
- Pas si ridicule que ça, coupa le professeur. Inutile de ruser, Dracula, vous êtes démasqué. A moins que vous ne m'expliquiez d'où vient cette terre ? Nous l'avons trouvée dans un des cercueils entassés dans la cave de votre repaire, dit-il en agitant un petit sac de toile.
- Misérables ! m'écriai-je. Non seulement vous m'insultez, mais vous vous êtes introduits chez moi, par effraction. Sachez qu'en quittant mon pays, j'ai emporté avec moi un peu de cette terre sacrée qui est le sol de ma patrie ! N'avez-vous donc aucun sentiment humain ?
- Humain ? Parlons-en, ricana Van Helsing. Vous n'êtes pas de nôtres, Dracula. Vous appartenez au Royaume de la Nuit. Et nous allons vous y reconduire.
- Des menaces, maintenant ? Un pas de plus, et j’appelle la police, Van Helsing.
- Monstre ! glapit le professeur Seward, qui était resté muet jusque là. Vous auriez l'audace d'appeler la police, après ce que vous avez fait à Lucy ?
Abasourdi, je murmurai :
- Lucy ? Mais... quel rapport...
- Vous le savez bien, dit Van Helsing. Elle porte au cou une morsure révélatrice. Écoutez-moi bien, Dracula. Nous allons vous laisser partir. Mais vous serez en liberté surveillée. Ne quittez la ville sous aucun prétexte. L'état de Lucy est grave. Cependant, il y a encore un espoir de la sauver. N'essayez pas de l'approcher, la maison est bien gardée.
A cet instant, Arthur Holkmwood poussa la porte du bureau. Dès qu'il me vit, son visage exsangue se crispa de haine.
- Alors ? interrogea Van Helsing
- Je viens de lui faire une nouvelle transfusion, dit Holmwood, les yeux fixés sur moi. Quand je pense que ce monstre...
- Un instant. Je crois que je commence à comprendre. C'est vous, Seward, et vous, Holmwood - dis-je en les montrant respectivement du doigt - qui avez monté toute cette machination. Vous espériez l'un et l'autre épouse Lucy, et vous n'avez pas supporté qu’elle me préfère à vous. Vous savez saisi le prétexte de sa maladie pour m’éloigner d'elle. puis, vous vous êtes servis d'un psychopathe, le pauvre Renfield, et d'un pervers, Van Helsing, pour me faire passer pour un vampire. Un vampire ! Ah ! laissez-moi rire... je connais vos activités, Van Helsing, repris-je en me tournant vers le professeur médusé. Vous êtes un maniaque. Cela fait des années que vous vous acharnez, vous et votre secte à ranimer cette vieille légende. Mais prenez garde. Si jamais Lucy devait mourir, je vous ferais inculper pour non-assistance à personne en danger.
C'en était trop pour Holmwood. Il poussa un rugissement et bondit sur moi, les mains tendues pour m'étrangler. Sans être particulièrement vigoureux, je suis doué d'un tempérament nerveux qui - outre mes talents pugilistiques, bien connus à l'université de Bucarest - m'a permis de me tirer de plus d'un mauvais pas.
Je laissai approcher Holmwood et le cueillis d'un crochet du gauche qui le mit sur le tapis. Seward trébucha sur lui. Il tenta de se protéger, mais sa garde était trop basse. Je l'assommai proprement d'une droite à la tempe. Je me baissai juste à temps pour esquiver un coup de pique-feu que me portait Van Helsing, et me réfugiai derrière le bureau. L'écume aux lèvres, Van Helsing agitait son pique-feu en sautillant sur place de façon grotesque :
- En garde, comte Dracula ! Sus ! Droit au cœur ! Comme au bon vieux temps !
Quand il se fendit, je m'arc-boutai au mur et renversai le bureau sur lui.
Mon agresseur perdit l'équilibre et s'étala sur le tapis, étourdi par le choc. Des bruits de pas précipités résonnaient dans le couloir. Je courus à la porte dont je bloquai la poignée à l'aide d'une chaise. Puis, sans me presser, j'ouvris la fenêtre, m'enveloppai dans ma cape, et sautai. Par chance, le cabinet du docteur Seward était situé au premier étage, et ma chute fut amortie par un épais tapis de gazon anglais. A part quelques pensionnaires inoffensifs, le jardin était désert. Avisant un cabriolet vide garé près du perron - et qui appartenait sans doute à Holmwood - , je me hissai sur le siège du cocher, fis claquer le fouet et quittai l'asile au petit trot en remontant l'allée centrale. Puis, évitant de traverser Whitby, je gagnai la route de Londres, et lâchai la bride aux chevaux.

***

En roulant vers Londres, je réfléchissais à la cascade d'événements qui venaient de se produire. Certes, j'étais innocent, mais j’avais contre moi des hommes résolus à m'abattre. Mon salut tenait à un fil. Si la maladie de Lucy s'avérait mortelle, le trio m'en imputerait la responsabilité. Le docteur Seward était un  homme influent ; Holmwood, un citoyen respecté. Que vaudrait la parole d'un immigré de fraîche date contre la leur ? Quant à Van Helsing, il possédait une éloquence redoutable. Le public avait encore à l'esprit les sinistres exploits de jack l’Éventreur, et les jurés se montreraient sensibles au rapprochement. Une enquête révélerait mon nom sur le registre des passagers de La Déméter, et là encore, le mystère de la disparition de l'équipage me serait imputé. Sans parler du témoignage de Harker qui, sans doute, avait dû réintégrer son domicile. En même temps, mon départ précipité ne me désignait-il pas comme un suspect ? De toute façon, il était trop tard. Lucy tenait mon sort entre ses mains. Qu'elle vive, et je serais lavé de tout soupçon. La nuit tombait quand mon cabriolet atteignit les faubourgs de Londres. Tristement, je me mis en quête d'un logis pour la nuit.
Grâce à l'obligeance de Cookson, Cookson & Cookson, honorable firme spécialisée dans la gestion des biens que m'avait recommandée le vieux Hawkins dès mon arrivée en Angleterre, je louai un studio. Ma logeuse, veuve d'un officier de la marine Royale, convenait parfaitement à ce que je souhaitais : elle faisait mon ménage deux fois par semaine, se montrait d'une propreté méticuleuse, et, surtout, elle ne posait pas de questions.
Pendant quinze jours, ma principale activité consista à me rendre, tous les matins, à la gare de Victoria, pour y acheter un exemplaire du Dailygraph de Whitbyt, et à le lire de la première à la dernière ligne, dans l'espoir d'y trouver des nouvelles de Lucy. Mais le journal restait désespérément muet sur le seul sujet qui m’intéressait. Une chose au moins était certaine : mes ennemis avaient perdu ma trace. Et puis, un matin, un article encadré d'un filet noir me sauta aux yeux : on annonçait la mort de Lucy Westenra, décédée dans sa maison de Hillingham. L'enterrement aurait lieu le lendemain au cimetière de Whitby. Hébété, je restai un long moment à fixer la page du journal, dont les caractères dansaient devant mes yeux de façon incompréhensible.
C'est alors qu'un projet imprudent se fit jour dans mon esprit : celui d'assister à l'enterrement de Lucy. Le lendemain, en compagnie d'Andrew, le neveu de ma logeuse, un solide gaillard qui devait bien peser dans les 180 livres, je me rendis à Whitby dans une voiture de location. Avant d'aller au cimetière, je fis un crochet par Carfaw. Ma maison avait été saccagée par une bande de vandales, les tentures arrachées, les meubles brisés. Néanmoins, je pus récupérer un certain nombre d'objets de pris entreposés dans une des caves que les pillards n'avaient pas réussi à forcer. Andrew les chargea à l'arrière de la voiture. Puis je lui indiquai le lieu où se déroulait la cérémonie, à laquelle j'assistai de loin, depuis un tournant de la route qui dominait le cimetière. De lourds nuages noirs couraient à l'horizon, donnant à la scène un aspect mélancolique, et je ne pus réprimer un sanglot lorsque le corps de ma chère Lucy fut porté en terre. Désormais, tout était bien fini. Passant la tête à la portière, je fis signe à Andrew de reprendre la route.
Les quelques mois qui suivirent ne furent marqués par aucun événement notable. Pour oublier le drame, j'essayai de me distraire. J’allais au théâtre, au concert, je marchais dans la ville en d'interminables promenades, le plus souvent nocturnes, sans parvenir à chasser la tristesse qui m'oppressait.
Un après-midi, alors que je flânais du côté de Piccadilly, la vitrine d'un libraire attira mon regard. Je m'approchai et restai figé devant l'étalage. Derrière la vitre, un portrait - ou plutôt une caricature odieuse - me regardait en grimaçant. Ce visage cruel, aux yeux pervers, aux dents proéminentes comme celles d'un fauve, c'était le mien qui ornait la couverture d'un livre. Mon nom y figurait sous celui de l'auteur, Bram Stocker, imprimé en lettres gothiques. J'entrai dans la librairie, achetai le livre et regagnai mon studio, le cœur battant.
La lecture de ce livre me plongea dans un état proche de l'hystérie. Je gémissais, je grinçais des dents, je pleurais à chaudes larmes. parfois, une crise de fou rire me saisissait et je devais m’interrompre, haletant, pour reprendre mon souffle. La nuit était déjà avancée quand je jetai le volume sur le tapis. Dans ce tissu d'affabulations grotesques surnageaient quelques vérités. L'auteur avait glané des informations sur ma famille, mêlées à des histoires à dormir debout, tirées du folklore. Il relatait la visite de Harker au château, et la plupart des événements qui avaient suivi, en me présentant comme une créature maléfique assoiffée de sang. Mes ennemis y étaient dépeints comme des hommes vertueux et courageux, des justiciers qui luttaient contre le Mal pour faire triompher le Bien. Cette histoire se terminait par ma mise à mort dans une région désolée d'Europe centrale.
Certes, ce n'était qu'un roman, un produit de l’imagination, comme le morbide Frankenstein de Mary Shelley. Mais il me mettait en scène, moi, en me prêtant des traits abominables. Et surtout, il donnait le beau rôle à Van Helsing, Seward et Holmwood avec une insistance plus que suspecte. Avec une froide détermination, je décidai de me venger. L'auteur de ce livre méritait une correction. Il paierait pour les autres.

***
Olivier Cohen
"Je m’appelle Dracula"
Aux Éditions du Livre de Poche la Jeunesse
Illustrations de Philippe Berthet

jeudi 20 octobre 2011

Je m'appelle Dracula - Une gousse d'ail révélatrice ( 3)

Il me reste maintenant à aborder la partie la plus triste de mon récit. En rassemblant mes souvenirs, je suis envahi d'un chagrin mêlé d'horreur, car la conjuration dont nous fûmes victimes, Lucy et moi, dépassa en cruauté tout ce que l'on peut imaginer.
Le lendemain, je me présentai chez les Westenra. J'avais passé la nuit à réfléchir, et ma décision était prise : Lucy serait ma femme. Mais à peine m'étais-je annoncé chez ses parents qu'on me fit savoir que Mademoiselle était souffrante et que je ne serais pas reçu. Je rentrai chez moi, désappointé.
Les jours suivants, le même manège recommença. Ulcéré, j'imaginai que les parents de Lucy avaient décidé de m'écarter au profit d'un des prétendants, et je commençai à échafauder des plans insensés. Finalement, une nuit, je mis un de mes plans à exécution. Muni d'une corde de marine roulée sous ma redingote en guise de ceinture, je me glissai dans la campagne endormie et marchai jusqu'à la maison des Westenra. Toutes les lumières éteint éteintes, sauf au premier étage, dans la chambre de Lucy, dont la fenêtre brillait d'une pâle lueur. Je déroulai ma corde, fis un solide nœud coulant, et lançai le filin qui s'arrima à l'un des angles du balcon.
Je me hissai sans bruit le long de la façade, enjambai la balustrade et jetai un regard à l'intérieur, en prenant garde de ne pas être vu. Le spectacle que je découvris alors me stupéfia. Lucy était étendue sur son lit, pâle, les yeux fermés, le visage creusé par la fièvre. Le docteur Seward était penché sur elle, et sa silhouette projetait sur le mur de la chambre une ombre fantomatique. Mme Wentunra en chemise de nuit, se tenait appuyée contre la porte. Elle remuait constamment les lèvres en se signant, comme si elle prononçait une prière interminable. Dans le coin opposé à la lampe, je distinguai un homme de haute taille dont le crâne était couronné d'une touffe de cheveux blancs. Son visage m'était dérobé par l'obscurité, mais ses mains, bien visibles, étaient occupées à tresser une sorte de couronne de ce qui me parut être des fruits séchés.
A ce moment, il leva les yeux vers la fenêtre. Involontairement, je reculai et heurtai un pot de fleurs qui s'écrasa sur le sol avec un bruit mat. Sans hésiter, je me laissai glisser le long de la corde et filai me mettre à couvert derrière un bosquet. L'homme aux cheveux blancs apparut sur le balcon, fouillant du regard les abords de la maison. C'est alors que la lune, qui s'était cachée derrière les nuages depuis le début de la soirée, surgit au-dessus des arbres, éclairant la scène comme en plein jour.
- C'est lui, je le vois ! cria le vieillard en pointant le doigt dans ma direction. Le chien, Seward ! Lâchez le chien !
A ces mots, je pris mes jambes à mon cou, franchis d'un bond la barrière du jardin, et m'élançai à travers champs. Déjà, de sinistres aboiements résonnaient à mes oreilles. J'avais eu l'occasion au cours de mes randonnées en Transylvanie, d’affronter les loups ; mais je ne m’aventurais jamais dans les montagnes sans être muni d'un couteau de chasse. La perspective de me trouver nez à nez, sans armes, avec le molosse qui était lâché, à mes trousses, m’emplissait de terreur. Accélérant mon allure, j'aperçus bientôt, sur ma droite, les ruines de l’abbaye de Whitby. Une idée germa alors dans mon esprit.
J'obliquai sur la gauche, dégringolai le talus et sautai à pieds joints dans l'Esk qui coulait en contrebas. J'avais de l'eau jusqu'aux genoux. En prenant soin de ne pas glisser sur les pierres qui en tapissaient le lit, je traversai la rivière, me hissai sur l'autre berge et courus m'abriter dans les ruines. Mon cœur battait la chamade, tandis que j'observais l'approche de mes poursuivants, qui tournèrent en rond sur la rive opposée avant de s'immobiliser. Il y avait là trois hommes, équipés de lanternes et de gourdins, et un doberman qui grattait le sol en jappant. Le son de leurs voix me parvenait, sans que je puisse distinguer leurs paroles.
Au bout d'un moment qui me parut interminable, ils rebroussèrent chemin, et la lumière dansante des lanternes se fondit dans l’obscurité. Rassuré, je repris le chemin de Whitby. L'aube se levait lorsque je franchis le seuil de carfax, crotté, à bout d eforces. Je m'écrouali tout habillé sur un divan et sombrai dans un profond sommeil.
A huit heures, les coups de marteau des tapissiers m'éveillèrent. Je me plongeai dans un bain bouillant pour délasser mon corps endolori, et tentai de mettre de l'ordre dans les pensées qui se pressaient en foule dans mon esprit. Ainsi donc, Lucy était malade. mais quelle était la signification de la scène que j'avais surprise, caché sur le balcon ?
Pourquoi les occupants de la maison, avaient-ils été si rapides à me donner la chasse, comme s'ils attendaient la venue d'un intrus ? Qui était l'étranger aux cheveux blancs ? Autant de mystères.

***

L'après-midi, je me rendis à la clinique du docteur Seward, sous le prétexte d'une visite à mon oncle Renfield. Peut-être, en questionnant habilement Seward, apprendrais-je de quel mal souffrait Lucy ? Les événements qui suivirent me montrèrent que mes ennuis ne faisaient que commencer.
Conduit par un infirmier jusqu'à la cellule de Renfield, je me trouvai en présence d'un dément dont les gestes et les paroles me glacèrent d'effroi. Dès qu'il me vit, Renfield se jeta à mes pieds :
- Maître, maître, bredouillait-il, enfin, vous êtes venu ! La nuit du sabbat est proche. Je me languis de boire avec vous le sang nouveau.
- Allons, calmez-vous, dis-je en m'efforçant de le relever. On a dû vous prévenir de mon arrivée, je suis votre neveu...
- Dracula ! cria Renfield en grimaçant un sourire. Prince des Ténèbres ! Je suis à vous, Seigneur de la Nuit. Parlez, et j'obéirai en esclave...
Je me bouchai les oreilles pour ne plus entendre ce discours insensé, mais l'agitation de Renfield redoublait et je dus mettre fin à cette étrange conversation.
Le docteur Seward m'attendait dans le couloir. Il m'examina des pieds à la tête, sans me saluer, et me fit signe de le suivre dans son cabinet.
Le docteur Seward semblait nerveux. Après m'avoir fait asseoir, comme la première fois, il se mit à arpenter la pièce, les mains derrière le dos.
Puis il pivota brusquement et dit :
- Alors, qu'en pensez-vous ?
Je soupirai
 - Manifestement, mon oncle a l'esprit dérangé. Il me confond avec notre ancêtre, Vlad Tepes. Sans doute l'ignorez-vous, mais de vieilles légendes affirment qu'il était un...
- ... vampire ? fit une voix inconnue.
Je me retourbnai. A ma grande surprise, je reconnus l'homme aux cheveux blancs que j'avais vu chez les Westenra, la nuit dernière. Il se tenait près de la bibliothèque, et sans doute avait-il assisté à mon insu au début de l'entretien.
- A qui ai-je l'honneur ? dis-je sans le quitter du regard.
L'homme paraissait âgé, mais ses yeux vifs, son corps noueux et sec témoignaient d'une grande vitalité.
- Où étiez-vous la nuit dernière, comte Dracula ? fit le docteur Seward.
L'irritation commençait à ma gagner.
- Je n'ai pas l'habitude de me soumettre aux interrogatoires, dis-je en me maîtrisant. Que signifie cette comédie ?
Seward fouilla dans un tiroir de son bureau et en sortir un rouleau de corde qu'il posa devant lui.
- Ceci vous appartient, je crois, fit-il d'une voix qui tremblait légèrement.
- Mais...
 - Allons, ne niez pas, c'est inutile, coupa l'inconnu aux cheveux blancs. Un paysan vous a aperçu au lever du jour, sur la route de Carfax.
Mes adversaires semblaient bien renseignés ! Il fallait jouer serré.
- Messieurs, je ne comprends pas un traître mot de ce que vous me dites, affirmai-je sans me démonter. Il n'existe aucune loi qui interdise à un honnête citoyen de se promener dans la campagne au petit matin. Quant à cette corde, j'avoue que c'est la première fois que je la vois. Maintenant, consentiriez-vous à m'expliquer le sens de cette mascarade ?
- Mascarade, hein ? grinça l’homme aux cheveux blancs.
En trois enjambées, il fut sur moi. Plongeant la main dans la poche de sa redingote, il en sortit un objet qu'il brandit sous mon nez.
- Et ça ?
Une forte odeur d'ail me monta aux narines. je grimaçai et repoussai vivement le vieil homme qui recula jusqu'au bureau. Pris d'une quinte de toux, je tirai mon mouchoir et fis quelques pas dans la pièce, plié en deux.
Les deux hommes avaient les yeux fixés sur moi.
- Regardez, Van Helsing, fit Seward d'un ton triomphant. Il réagit !
Les larmes me brûlaient les paupières, j'avais la gorge en feu.
L'ail que le vieillard me mettait sous le nez me piquait affreusement.
- Espèce de crétin ! articulai-je. Vous ne voyez pas que je suis allergique à l'ail ? Qu'essayez-vous de prouver ?

***
Olivier Cohen
Je m'appelle Dracula
Aux Éditions du Livre de Poche La Jeunesse
Illustrations de Philippe Berthet

mercredi 19 octobre 2011

Je m'appelle Dracula - Le mélange des sangs (2)

Le mélange des sangs
Je me rendis à Varna où m'attendait une goélette, La Déméter, qui devait me conduire à Londres avec mon déménagement. J'emportais avec moi une quantité d’objets rares, accumulés par ma famille au cours des siècles, avec l'intention d'en vendre une partie pour un bon prix aux antiquaires londoniens ; en effet l'achat de la demeure de Carfax m'avait coûté une petite fortune.
Pour réunir les fonds nécessaires, j'avais dû céder à l'un de mes voisins quelques hectares de la forêt ainsi qu'une petite scierie. C'est dans cette scierie que je fis fabriquer une cinquantaine de coffres destinés à transporter mes précieuses marchandises.
A Varna, les choses se gâtèrent. Le capitaine de La Déméter me déplut, tant par ses manières grossières que par la saleté répugnante qu'il laissait régner à bord . Une odeur de pourriture y régnait en permanence, et je vis même plusieurs rats se faufiler dans les cuisines lorsque je vins inspecter le navire. Finalement, je renonçai à m'embarquer, ne laissant à bord que les caisses contenant mon déménagement. Elles étaient adressées à un homme de loi de Whitby qui se chargeait de les faire parvenir à mon nouveau domicile. C'est donc par la route que je quittai Varna, non sans avoir subi les insultes du capitaine de La Déméter - que le diable l'emporte ! C'est d'ailleurs, si je puis dire, ce qui arriva. Le Dailygraph daté du 8 août a relaté les circonstances macabres dans lesquelles le bateau aborda en Angleterre : La Déméter était vide à l'exception d'un chien et du capitaine que l'on trouva mort, lié à la barre. Sans doute est-ce une épidémie de scorbut, provoquée par la saleté repoussante du navire et une nourriture avariée, qui décima l'équipage. Quant au journal de bord trouvé dans les poches du capitaine, et que la presse a abondamment commenté, il témoigne du délire qui s'empara du malheureux lorsque la fièvre se déclara. La "créature" maléfique, qui, selon lui, aurait causé la perte de l'équipage, est évidemment une hallucination.

***

Mon installation à Carfax se déroula sans encombre. Je chargeai Hawkins - que je trouvai en mauvaise santé - d'informer la fiancée de Harker, Mlle Mina Murray, de la disparition subite du jeune homme. Peu de temps après, Hawkins m'apprit que la demoiselle venait de partir précipitamment pour Budapest : Harker y avait été recueilli dans un hospice, en proie à un dérangement mental avancé.
Je suis un homme de devoir. C'est ainsi que j'ai été élevé, et il m'est impossible de m'adonner aux plaisirs de l'existence tant que je ne me suis pas acquitté de mes obligations. Parmi ces obligations, la plus pénible fut de me rendre, dès mon arrivée, auprès de mon oncle Renfield.
Le cas de l'oncle Renfield est particulièrement déprimant. A cinquante-huit ans, cet avocat respecté, fréquentant les meilleurs clubs de la capitale, et membre par alliance de notre famille, a sombré dans la démence. Comme il est célibataire, personne ne s'est occupé de lui, et il a été interné d'office dans la clinique du docteur Seward.
Dès ma première visite à l'asile, l'état du pauvre Renfield et surtout son entourage, créèrent en moi un profond malaise. Le docteur Seward est un homme grand et maigre, trsite comme un clergyman. Il ne cesse, en parlant, de croiser et de décroiser ses longues mains osseuses, et son regard inquisiteur brille d'une lueur de méchanceté.
- Mon cher monsieur, dit-il, après m'avoir fait asseoir dans son cabinet, il faut vous préparer au pire. L'homme que vous allez voir n'est plus le Renfield que vous avez connu.
- Je n'ai jamais vu mon oncle, dis-je en interrompant le médecin. Mais allons droit au but, docteur Seward,. De quoi souffre-t-il ?
- Eh bien, Renfield est atteint d'une maladie qui, je le crains, est incurable. Il n'est plus de ce monde, et vit désormais dans son monde à lui, où nul ne peut pénétrer. Il passe ses journées, immobile à fixer le plafond, quand il n'est pas occupé à griffonner des notes incompréhensibles, ou à manger des araignées.
- Comment ? dis-je en portant la main à mes lèvres. Si ceci est une plaisanterie, elle est de fort mauvais goût, docteur Seward.
- Hélas ! mon cher monsieur, c'est la stricte vérité. Et je ne parle pas des mouches, des oiseaux, des...
- En voilà assez ! Je ne permettrai pas, à un charlatan d'insulter ma famille !
Dans ma colère, j'avais renversé la chaise sur laquelle j'étais assis. Sans se démonter, le docteur Seward la remit d'aplomb et se frotta les mains.
- Dans ce cas, je ne vous retiendrai pas plus longtemps. Je ne vous en veux pas de votre... irritation, elle est parfaitement normale. Lorsque vous serez calmé, n'hésitez pas à revenir me voir.
Il me raccompagna jusqu'à la porte. Sans un mot, je passais devant lui lorsqu'il me fit une remarque incongrue.
- Vous devriez voir un dentiste.
- Je vous demande pardon ?
- Je disais que vous devriez voir un dentiste. Vous avez les canines proéminentes, et leur frottement sur la lèvre inférieure est un risque constant d'inflammation.
Je lui jetai un regard noir et partis en claquant la porte.

***

Whitby est un endroit délicieux. Quand il faisait chaud, j'allais souvent me promener dans le vieux cimetière perché sur une falaise, à la sortie de la ville. Assis sur un banc, au milieu des arbres, je contemplais la baie striée d'écume par les bateaux qui se rendaient au port, les toits de tuiles rouges de la vieille ville et, plus au nord, la vallée de l'Esk, noyée dans la verdure. Ce paysage paisible me changeait agréablement de mes sombres montagnes. Décidément, j'avais eu la main heureuse en m’installant à Carfax.
Un jour, en me promenant dans le cimetière, je tombai sur mon ami Hawkins. Sa santé semblait s'être encore détériorée depuis mon arrivée, et il s'appuyait lourdement au bras de la jeune fille qui l'accompagnait. Dès que je la vis, je fus frappé par sa beauté. Mince, élancée, un port royal et des yeux noirs éclairant un visage angélique... Oui, j'avoue qu’elle me troubla. Elle se nommait Lucy Westenra et habitait Hillingham, non loin de Whitby. Quand Hawkins nous eut présentés, elle me posa une foule de questions sur la raison de ma venue en Angleterre, mes origines, le genre de vie qu'on mène en Transylvanie, etc. Je répondis aimablement à ses questions, et je pense qu’elle ne fut pas insensible aux regards admiratifs que je lui lançais, car elle m'invita à une petite soirée que donnait son père, le surlendemain, en l’honneur d'un Américain de ses amis, de passage à Whitby.
Lorsqu'elle s'éloigna, je restai un long moment à rêver, dans le vieux cimetière. Ma vie amoureuse n'avait guère été brillante. En dehors de quelques vieilles liaisons à Bucarest, et de brèves satisfactions que m'avaient offertes les paysannes que mon nom n’effrayait pas, j’avais toujours vécu en solitaire. Pour la première fois, j'étais touché, et c'est avec impatience que j’attendis cette soirée.
Dans l'intervalle, je m'occupai de mon installation à Carfax, qui me prenait beaucoup de temps. Les rendez-vous avec les entreprises, le choix des matériaux et des tissus - j'avais décidé de tapisser entièrement le petit salon et de restaurer les boiseries mangées par les vers - m'absorbèrent presque totalement. Mais l'image de Lucy, son doux visage encadré de boucles blondes, ne me quittait pas.
Deux jours plus tard, vers neuf heures, je me rendis chez les Westenra. La maison bourdonnait d'animation et le jardin était éclairé par des lanternes comme on en voit à Venise. L'américain, un certain Quincey P. Morris, me parut insignifiant et quelque peu vulgaire. Il y avait également Arthur Holmwood, un ami de Mme Westenra, dont l'empressement auprès de Lucy m'agaça prodigieusement. Sur le coup de dix heures, le docteur Seward fit son apparition. Il sembla surpris de me trouve là et me reprocha de ne pas avoir rendu visite à Renfield depuis mon arrivée.
Vers la fin de la soirée, j'entraînai Lucy dans le jardin, sous un prétexte quelconque, et nous avons passé là un moment exquis, à, parler tranquillement tandis que les voix des invités nous parvenaient, assourdies et lointaines. Quand je lui pris la main, elle me repoussa doucement, en secouant la tête. Nous avons regagné le salon, et la soirée s'acheva sans que j'aie pu à nouveau lui parler seul à seule.
Le lendemain, au début de l'après-midi, j'allai me promener du coté de Hillingham. A un détour de la route, je l'aperçus. Elle marchait à travers champs, absorbée dans ses pensées. Quand je l'appelai, elle se retourna et vint vers moi, les mains tednues, le visage illuminé de bonheur. Puis elle rougit, recula d'un pas et me désigna un tronc d'arbre abattu en bordure de la prairie.
- Asseyons-nous là, il faut que je vous parle.
En quelque smots, elle m'expliqua qu'elle était fiancée à Arthur Holmwood. La perspective de l'épouser ne l'enchantait guère, et, par surcroît, deux autres prétendants venaient de la demander en mariage : Quicey Morris, l'Américian balourd, et... le docteur Seward.
C'est alors que, pris d'une hardiesse inexpliquée - car j'ai toujours manifesté une certaine timidité à l'égard des femmes-, je lui déclarai que tout cela était ridicule, qu'aucun de ces hommes n'était digne d'elle, et que moi seul, l'étranger, l'inconnu, tais en mesure d elui offrir un amour qui l’arracherait à cette médiocrité.
A ces mots, elle éclata en sanglots. Je lui ouvris mes bras. Elle vint s'y blottir sans résistance, et bientôt nous nous embrassions tendrement, puis avec ardeur, et je sentis que désormais elle était mienne, pour l'éternité.
Les yeux brillants, elle me demanda de lui donner un gage d'amour. Je lui enseignai une de nos coutumes ancestrales, le mélange des sangs, qui consiste à absorber une goutte de sang de l'être aimé en faisant le vœu de n'en jamais être séparé. Elle prit une épingle dans ses cheveux, me piqua au doigt et receuillit avec ferveur la goutte de sang qui y perlait. Pour ma part, je la mordis doucement dans le cou, mais sans doute y mis-je trop de passion, car elle poussa un cri.
- Vous m'avez fait peur ! J'ai cru que vous vouliez vraiment me mordre, dit Lucy en riant.
Après cet échange de sangs, nous avons regagné la route de Crescent, la main dans la main, et je l'ai raccompagnée chez elle, encore tout enflammé. En chemin, nous avons croisé la carriole du docteur Seward. Arthur Holmwood était assis près de lui, et tous deux nous ont fusillés du regard en passant, tandis que Lucy détournait la tête.

***
Olivier Cohen
"Je m'appelle Dracula"
Aux Editions du Livre de Poche, la Jeunesse
Illustrations de Philippe Berthet

mardi 18 octobre 2011

Je m'appelle Dracula - Une infâme légende (1)

Une infâme légende
A la nuit tombante, une berline noire, aux rideaux baissés, pénétra dans la cour d'un hôtel particulier du marais. Le cocher sauta de son siège, flatta l'encolure des chevaux noirs baignés de sueur et referma la grille. Puis il ouvrit la portière et resta figé, au garde-à-vous, tandis que son maître sortait de la voiture.
C'était un personnage de haute taille, mince et droit. Vêtu d'une redingote noire, d'une cape et d'un chapeau haut de forme, balançant négligemment une canne à pommeau d'argent dans sa main gantée de noir, il traversa la cour pavée et entra dans la maison. Les derniers rayons du soleil couchant éclairèrent un visage pâle, au nez busqué, aux yeux profondément enfoncés dans les orbites.
Il monta l'escalier quatre à quatre, jusqu'au troisième étage. Là, il emprunta une échelle de meunier et déboucha dans une pièce carrée, entièrement tendue de noir, dont l'unique fenêtre donnait directement sur les toits. la pièce était meublée simplement, mais avec goût : un secrétaire en acajopu, une lampe, un miroir, une chaise à haut dossier, une petite bibliothèque et un coffre en bois sombre, patiné par le temps, de forme allongée.
Après avoir allumé la lampe à pétrole, le personnage se débarrassa de sa cape et de son chapeau et ferma les lourds rideaux de velours noir. D'un tiroir du secrétaire, il sortit une plume, de l'encre et du papier. Alors, seulement, il s'assit, et commença à écrire....

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Paris, le 4 novembre 1897.
Quatre mois se sont écoulés depuis la parution de cet abominable livre.. Quatre mois pendant lesquels j'ai dû me cacher pour fuir la haine d'une populace excitée par le scandale, la curiosité des journalistes et l'acharnement d'une secte bien décidée à me perdre. Sans parler des limiers de Scotland Yard que j'ai fini par semer sur la grève de Douvres. Cette fois, me voici bien à l'abri. Même leur fameux Sherlock Holmes aurait du mal à me trouver. Pourtant, mon cœur est lourd. Une fois de plus, j'ai dû prendre le chemin de l'exil, m'enfuir comme un voleur. Le gouvernement  de Sa Gracieuse Majesté n'a pas voulu de moi. Espérons que Paris se montrera plus hospitalier.
Si je prends la plume ce soir, c'est pour rétablir la vérité, réfuter les mensonges ignobles qu'a répandus sur mon compte un individu - qu'il soit maudit jusqu'à la fin des siècles ! - nommé Bram Stocker, l'auteur de ce livre infâme qui porte désormais mon nom.
Derrière ce livre se dissimule une conspiration qui a bafoué mon honneur et mis ma vie en danger. Mais un jour viendra où ces criminels seront châtiés. En attendant, ces quelques feuillets, que je confierai demain à mon coffre de la Banque de France, sauront me protéger de la calomnie et garantiront ma bonne foi.
Je m'appelle Dracula. Je suis né en Transylvanie, au cœur de la Vieille Europe, dans un pays sauvage de montagnes et de Forêts, au-delà des Alpes. C'est là que j'ai passé mon enfance, dans un château au nom oublié. Autrefois, j'avais plaisir à m'asseoir près du torrent qui coulait au pied des murailles, sur une grosse pierre plate, seul avec mes livres. Bercé par le doux  grondement de l'eau, je me plongeais dans l'histoire de ma famille.
Mon plus lointain ancêtre, le comte Vlad Dracul, fut admis par Sigismond de Luxembourg, empereur d'Allemagne, roi de Bohême et de Hongrie, dans l'ordre du Dragon Renversé. C'est pourquoi on l'appelait "Vlad le Dragon", du temps où il combattait les Turcs.
C'était un homme fier et courageux, mais les paysans ne l'aimaient pas. Sans doute pensèrent-ils, lorsqu'ils virent leur prince porter l'insigne de ce serpent ailé et griffu, lançant des flammes par les naseaux qu'il avait conclu un pacte avec le démon, puisqu'ils le surnommèrent "Vlad le Diable". Son fils porta également ce surnom.
Les archives du pays regorgent de récits relatant les atrocités commises par cet homme, non seulement au détriment des Turcs, mais aussi de son propre peuple. C'était, dit-on, un "monstre assoiffé de sang" qui prenait plaisir à faire souffrir ses victimes, inventant sans cesse de nouvelles façons de les torturer. Il mourut en 1476.
Après sa mort, les gitans qui campaient au pied du château commencèrent à colporter une légende. C'est elle qui, transmise de siècle en siècle, est à l'origine de mon infortune actuelle.

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D'après cette légende, mon ancêtre aurait été condamné à expier ses forfaits pour l'éternité sous la forme d'un mort-vivant. Une variante de la même légende en fait une sorte d'oiseau ou de chauve-souris qui prend son vol après le coucher du soleil et se nourrit de sang humain. Bref, disons le mot : un vampire. Depuis que Bram Stocker a publié son livre infect, nul n'ignore les mœurs de ces prétendus vampires, qui dorment le jour dans des cercueils, détestent l'ail, se transforment à volonté en loups ou en chauve-souris, et dont on ne peut se débarrasser qu'en leur enfonçant un pieu dans le cœur (quelle horreur!)
Ah ! J'oubliais le principal : le meilleur moyen pour repérer un vampire serait de lui tendre un miroir. En effet, les vampires, dit-on, sont privés de reflet. Si la glace reste vide, c'est que vous avez affaire à l'un de ces monstres.
Bref, tout ceci n'aurait aucune importance si le hasard n'avait fait de moi l'unique héritier du titre de comte Dracula. Je ne raconterai pas ma jeunesse, elle est sans intérêt. Disons simplement qu'après des études de droit à l’université de Bucarest, je me retirai dans la solitude de notre château. Mes parents, qui voyageaient beaucoup, avaient péri tous deux dans un naufrage, au cours d'une malheureuse croisière aux Canaries, et plus rien ne me retenait dans ce pays. Je décidai donc de le quitter, et fixai mon choix sur l'Angleterre. Londres est - ou plutôt était - une ville chère à mon cœur, et j'envisageai d'acheter une maison non loin de la capitale. Par courrier, je chargeai un homme de loi qui avait bien connu mon père, M. Hawkins, de régler toutes les formalités d'achat. Immobilisé par une crise de goutte, Hawkins m'envoya un de ses employés, un certain Harker, pour me faire signer le contrat d’achat de la maison.
Dès son arrivée, le jeune Harker fit preuve d'un comportement qui d'abord m'étonna, puis m'inquiéta. Harker était un garçon nerveux, au visage dévoré de tics. La dernière étape de son voyage jusqu'au château semblait l'avoir terrorisé. Il est vrai que les loups qui errent parfois dans la montagne en sont pas particulièrement rassurants, et je m'employai à le calmer. Plus tard, une légère coupure qu'il s'était faite en se rasant fut le prétexte d'un incident stupide. Comme je tendais la main pour lui donner un morceau de coton, il eut un geste brusque et fêla le charmant miroir vénitien qu je tenais de ma mère. Furieux de sa maladresse, j'ouvris la fenêtre et jetai le miroir qui alla se briser en mille morceaux dans la cour.
Après cet incident, son équilibre mental s'altéra de façon alarmante. Il restait prostré dans sa chambre et en sortait que pour les repas. La première fois, lorsque je lui expliquai qu'il mangerait seul, un ulcère à l'estomac m'obligeant à m’alimenter à heures fixes, il roula des yeux fous et faillit quitter la table. Le soir, il se barricadait dans sa chambre. Je l'entendis plusieurs fois sangloter.
Une nuit, alors que je me brossais les dents avec de l'eau de Botot - mes gencives sont sujettes à des saignements et je prends bien soin de les désinfecter quotidiennement - , il surgit dans l'embrasure de mon cabinet de toilette, poussa un grand cri et courut s'enfermer à double tour.
Le lendemain, des Tziganes que j'avais autorisés à camper dans la cour du château m'apportèrent deux lettres que Harker leur avait jetées en cachette par la fenêtre de sa chambre. L'une était adressée à sa fiancée, l'autre à son employeur, M. Hawkins. Cet acte bizarre me mit en fureur, et je brûlai les lettres pour le punir de son impolitesse.
Dans les jours qyi suivirent, l'état de Harker empira. Finalement, la veille de notre départ pour l’Angleterre, il disparut. J'eus beau organiser plusieurs battues autour du château, il me fut impossible de le retrouver. C'est donc avec tristesse que je me mis en route, embvarrasé à l'idée d'expliquer au bon M. Hawkins que son commis s'était évanoui dans la nature.

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Olivier Cohen
"Je m'appelle Dracula"
Au Livre de Poche Jeunesse
Illustrations de Philippe Berthet

lundi 17 octobre 2011

Les fiançailles d'Artus

Merlin s'en retourna en Carmélide, où le roi Léodogan l'accueillit avec joie. Mais il se demandait toujours qui pouvaient bien être ceux qui l'avaient si courageusement aidé à vaincre ses ennemis. Le seul moyen de faire taire sa légitime curiosité était, lui semblait-il, de poser la question à Merlin. Ce qu'il fit un beau jour.
- Sire, répondit Merlin, en désignant Artus, sachez que ce jeune homme est de plus haut rang que vous-même, qui êtes un roi couronné. Nous allons de par le monde pour le mieux connaître et en espérant trouver une épouse digne de ce jeune homme...
Vous vous doutez bien que Léodogan songea immédiatement à lui offrir sa fille, la plus belle et la plus sage qui fût... Comme Merlin l'assurait qu’elle serait acceptée de bon cœur, il la fit quérir à l'instant même.
Quand Guenièvre fut là, il manda tous les chevaliers qui étaient au palais et dit, en mettant la main de la jeune fille dans celle d 'Artus :
- Messire, dont j'ignore encore le nom, recevez ma fille pour femme avec tout ce qu'elle aura d'honneurs et de biens après ma mort.
Artus, radieux, s'inclina.
Merlin révéla alors le nom des quarante preux, tous fils de roi et de reine, qui avaient accompagné Artus, roi de Bretagne, celui-là même qui venait de se fiancer. A cette nouvelle, la joie de Léodogan et des assistants fut immense, et tous firent hommage au roi Artus.
Cependant, quelques jours après, Artus annonça qu'il se voyait dans l'obligation de s'éloigner quelque temps, car il lui restait encore des ennemis à vaincre.
Alors, Guenièvre lui donna un heaume pour se couvrir la tête, et il partit à cheval, suivi de ses quarante compagnons.

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Laurence Camiglieri 
Tiré des Légendes des Chevaliers de la Table Ronde
Éditions Nathan

samedi 15 octobre 2011

La lune

Il était autrefois un pays où les nuits étaient sombres, et le ciel couvrait cette contrée comme un drap noir. La lune n'y sortait jamais, pas une seule étoile ne scintillait dans l'obscurité. Les ténèbres y régnaient comme à la création du monde.
Quatre jeunes hommes de ce pays partirent un jour en voyage et arrivèrent dans un autre royaume où tous les soirs, lorsque le soleil se couchait derrière la montagne, s'allumait dans les cimes d'un chêne un disque étincelant qui répandait au loin une douce lumière. Cela permettait aux gens de tout bien voir et distinguer, même si la lumière n'était pas aussi forte et éclatante que celle du soleil.
Les voyageurs s'arrêtèrent et, abasourdis, demandèrent au paysan qui passait par là avec son chariot quelle était cette lumière.
- C'est la lune, répondit le paysan. Notre maire l'a achetée pour trois écus et l'a attachée au sommet du chêne. Tous les jours il doit y rajouter de l'huile et bien la nettoyer pour qu'elle brille comme il faut. Nous lui payons ce service un écu chacun.
Le paysan partit en cahotant, et l'un des jeunes hommes siffla :
- Une telle lampe nous serait bien utile chez nous ! Nous avons un chêne aussi grand que celui-ci, nous pourrions l'y accrocher. Quel plaisir de ne plus marcher en tâtonnant !
- Savez vous ce que nous allons faire ? lança le deuxième. Nous irons chercher un cheval et une charrette et nous emporterons la lune avec nous. Ils n'auront qu'à s'en acheter une autre.
- Je sais bien grimper, dit le troisième, je la décrocherai.
Le quatrième trouva un cheval et une charrette et le troisième grimpa sur l'arbre. Il fit un trou dans le disque lumineux, passa une corde à travers le trou et fit descendre la lune. Dès que la lune étincelante fut dans la charrette, ils lui passèrent une couverture pour que personne ne s'aperçoive du vol. Ils transportèrent la lune sans encombre jusque dans leur pays et l'accrochèrent sur le haut chêne. Et tout le monde se réjouit, les jeunes et les vieux, de cette nouvelle lampe dont la lumière pâle se répandait dans les champs et dans les prés, et jusque dans les cuisines et les chambrettes. Des grottes dans la montagne sortirent des lutins et des petits génies en petits manteaux rouges et ils se mirent à danser la ronde dans les prés.
Notre quatuor de voyageurs prit la lune en charge. Ils ajoutaient de l'huile, nettoyaient la mèche et percevaient pour leur travail un écu par semaine. Mais le temps passa et ils devinrent vieux et grisonnants, et lorsque l'un d'eux tomba malade et sentit que ses jours étaient comptés, il exigea qu'on mit dans son cercueil un quart de la lune en tant que sa propriété. Après sa mort, le maire grimpa sur l'arbre, découpa un quart de la lune avec des ciseaux de jardinier et on le mit dans le cercueil du défunt. La lune perdit un peu de son éclat, mais pour le moment cela ne se voyait pas trop.
Quelque temps après, le deuxième décéda on l'enterra avec le deuxième quart de la lune, et la lumière baissa un peu plus. Et elle faiblit encore lorsque le troisième mourut et emporta, lui aussi, son quart de lune avec lui. Et dès qu'ils enterrèrent le quatrième, l'obscurité totale d'autrefois envahit à nouveau tout le pays. Et chaque fois que les gens sortaient de chez eux sans leur lanterne, ils se cognaient les uns aux autres.
Or, les quatre quarts de la lune se rejoignirent sous la terre, là, où depuis toujours l'obscurité régnait. Les morts, très étonnés d'y voir de nouveau, se réveillaient. La lumière de la lune était suffisante car leurs yeux avaient perdu l'habitude et n'auraient pu supporter l'éclat du soleil. Ils se levèrent, les uns après les autres, et tous se mirent à faire la fête de nouveau, comme ils en avaient l'habitude autrefois. Les uns jouèrent aux cartes, d'autres allèrent danser et d'autres encore partirent à l'auberge, commandèrent du vin, se saoulèrent, se donnèrent du bon temps, puis se disputèrent et finirent par attraper des bâtons. Et ce fut la bagarre. Et quelle bagarre et quel tapage ! Le vacarme était tel qu'il parvint jusqu'au ciel.
Saint Pierre, qui surveille la porte d'entrée du paradis, pensa qu'une révolte avait éclaté aux enfers. Il appela l'armée céleste pour repousser l'odieux ennemi et ses complices pour le cas où ils voudraient attaquer la demeure des défunts. Personne ne s'étant présenté, saint Pierre lui-même monta à cheval et, passant par la porte céleste, descendit tout droit aux enfers. Il ramena le calme parmi les défunts décharnés, leur fit regagner leurs tombes, il emporta la lune avec lui et l'accrocha dans le ciel


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Conte de Grimm

vendredi 14 octobre 2011

Le petit âne

Il était une fois un roi et une reine qui avaient tout ce qu'ils souhaitaient, mais ils n'avaient pas d'enfant. La reine était désespérée, et tous les jours et toutes les nuits elle se lamentait :
-  Je suis comme une terre en friche où rien ne germe.
Enfin le ciel exauça ses prières ; mais lorsque l'enfant fut né, il ne ressemblait en rien à un homme: c'était un petit âne. Lorsque sa mère le vit, elle se mit à se lamenter de plus belle :
- Plutôt qu'un âne comme fils, dit-elle, je préfère ne pas avoir d'enfant du tout. On devrait le jeter à l'eau, pour qu'il se fasse dévorer par les poissons.
Mais le roi ne fut pas d'accord et dit :
- Le bon Dieu nous l'a donné, il sera donc mon fils et mon héritier et après ma mort c'est lui qui s'assiéra sur le trône et portera la couronne royale.
Ils éduquaient donc le petit âne de leur mieux, et celui-ci grandissait bien. Il se réjouissait de la vie, s'amusait, jouait, mais par-dessus tout il aimait la musique. Aussi s'en alla-t-il trouver un célèbre musicien et lui demanda :
- Apprends-moi ton art. Que je sache jouer du luth aussi bien que toi.
- Pauvre petit, soupira le musicien. Vos doigts ne sont pas faits pour jouer du luth ; ils sont même trop grands, je crains que les cordes ne tiennent pas.
Mais il pouvait toujours dire tout ce qu'il voulait, le petit âne avait décidé de jouer du luth et ne céda pas. Et il finit par y arriver. Il était si assidu et si appliqué qu'il avait appris à jouer aussi bien que son maître.
Un jour, le petit âne se promenait et il arriva jusqu'à un puits. Là, il vit sa tête d'âne se refléter sur la surface de l'eau. Il fut si attristé par ce qu'il venait de voir qu'il s'en alla dans le monde ; il ne prit avec lui que son compagnon fidèle. Ils avaient marché par monts et par vaux, lorsqu'ils arrivèrent dans un royaume où régnait un vieux roi. Il n'avait qu'une fille, mais elle était très belle. - Nous resterons un peu par ici, décida le petit âne.
Il frappa à la porte du château et cria :
- Un hôte est devant votre porte ; ouvrez pour qu'il puisse entrer !
Comme la porte ne s'ouvrait pas, le petit âne s'assit, prit son luth, et avec ses pattes avant, il joua merveilleusement.
Le portier, chargé de surveillance, écarquilla les yeux et courut annoncer au roi :
- Dehors, devant la porte du château, il y a un petit âne et il joue du luth comme un grand maître.
- Faites-le donc venir, demanda le roi.
Dès que le petit âne entra avec son luth dans la grande salle, tout le monde se moqua de lui. Puis ils lui recommandèrent d'aller en bas, chez les gens de service, de s'y asseoir et d'y manger. Mais le petit âne protesta :
- Je ne sors pas d'une vulgaire étable, je descends d'une famille noble !
- Si tu es si noble, lui dirent-ils, va t'asseoir avec les soldats.
- Non, refusa le petit âne, je veux m'asseoir avec le roi.
Le roi rit, et comme il était de bonne humeur, il acquiesça.
- Entendu, petit âne, comme tu veux : viens ici, près de moi.
Ensuite il lui demanda :
- Et comment trouves-tu ma fille, petit âne ?
Le petit âne tourna la tête vers la princesse, la regarda de la tête aux pieds et dit :
- Elle me plaît beaucoup, je n'ai jamais vu de fille plus belle.
- Va donc t'asseoir près d'elle, dit le roi.
- Volontiers, se réjouit le petit âne.
Et il alla s'asseoir près de la princesse. Puis il mangea et but avec de très belles manières, très proprement.
Le noble petit âne resta un temps à la cour du roi. « Il n'y a rien à faire, se dit-il un jour, il faut que tu rentres à la maison. » Triste et la tête baissée, il se présenta devant le roi et lui demanda l'autorisation de partir. Or, le roi s'était habitué à lui et l'appréciait énormément. Il se mit donc à le questionner :
- Qu'est-ce que tu as, petit âne ? Tu as l'air si triste ! Reste chez moi, je te donnerai tout ce que tu veux. Veux-tu de l'or ?
- Non, fit le petit âne en secouant la tête.
- Veux-tu des bijoux, des objets rares ?
- Non, merci.
- Veux-tu la moitié de mon royaume ?
- Non, non.
- Si je savais ce qui pourrait te faire plaisir, soupira le roi. Veux-tu la main de ma gracieuse fille ?
- Oh, oui, acquiesça le petit âne, elle, je la voudrais vraiment.
Et tout à coup il fut plus gai, sa bonne humeur revint, car c'était précisément ce qu'il souhaitait le plus. Et on donna alors un magnifique banquet de noces. Le soir, avant que les mariés n'aient été accompagnés à leur chambre à coucher, le roi, voulant s'assurer que le petit âne continuerait à se conduire avec toujours autant de belles manières, ordonna à son valet de se cacher dans leur chambre.
Les nouveaux mariés entrèrent dans leur chambre à coucher. Le marié ferma le verrou puis, croyant qu'ils étaient seuls, il ôta subitement sa peau d'âne. Il apparut devant la mariée comme un beau et jeune prince.
- Tu sais maintenant qui je suis, dit-il, et tu vois aussi que je ne suis pas indigne de toi.
L'heureuse mariée l'embrassa et en tomba éperdument amoureuse.
Or, dès l'aube le jeune homme revêtit sa peau d'âne. Personne ne pouvait soupçonner ce que la peau cachait ! Et bientôt, le vieux roi arriva.
- Tiens donc, le petit âne est déjà debout ! s'écria-t-il. Tu es sans doute triste, se tourna-t-il vers sa fille, de n'avoir pu épouser un vrai jeune homme ?
- Pas du tout, père, je l'aime tant que pour moi il est le plus beau du monde ; de toute ma vie, je ne veux que lui.
Le roi fut surpris, mais son valet accourut et lui raconta tout.
- Ce n'est tout de même pas possible ! s'étonna le roi.
- Restez donc cette nuit dans leur chambre, vous verrez tout de vos propres yeux, lui conseilla le valet. Et j'ai encore une autre idée. Prenez-lui sa peau et jetez-la dans le feu. Il ne lui restera plus qu'à se montrer sous sa véritable apparence.
- Très bonne idée, dit le roi.
Le soir, lorsque les jeunes mariés dormaient, il se glissa comme une ombre dans leur chambre à coucher, il s'approcha du lit et au clair de lune il aperçut un beau jeune homme dormant paisiblement. La peau d'âne ôtée était par terre. Le roi l'emporta et fit allumer dehors un grand feu, puis il y fit jeter la peau. Et il veilla personnellement à ce qu'elle fût réduite en cendres. Et comme il voulait savoir comment le petit âne volé allait réagir, il resta éveillé toute la nuit.
À l'aube, dès qu'il se réveilla, le jeune homme se leva et voulut se glisser à nouveau dans sa peau d'âne ; mais il la chercha en vain. Il en fut horrifié et il 'écria avec une voix pleine d'épouvante :
- Il ne me reste plus qu'à fuir !
Il sortit de la chambre, mais le roi l'y attendait.
- Où vas-tu, cher fils, l'interpella-t-il. Que veux-tu faire ? Reste ici : tu es un beau jeune homme et je ne te laisserai pas partir. Je te donnerai tout de suite la moitié de mon royaume et, après ma mort, tu seras le maître du pays tout entier.
- Pourvu que ce bon début présage une bonne fin, dit le jeune homme.
Le vieux roi lui donna la moitié du royaume, et quand il mourut l'année suivante, le jeune roi devint le maître du pays tout entier. Et après la mort de son propre père, il hérita également du royaume natal. Il vécut ainsi majestueusement.

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Conte de Grimm

jeudi 13 octobre 2011

La lumière bleue

Il y avait une fois un brave soldat, nommé François, qui pendant plusieurs années avait combattu dans bien des batailles et avait toujours fait son devoir. Mais lorsque la paix fut conclue et qu'il fut congédié avec la plus grande partie de l'armée, on ne lui accorda pas la moindre pension ; il alla trouver le roi et il réclama contre cette injustice. Mais Sa Majesté, qui avait besoin de beaucoup d'argent pour bâtir un magnifique palais, l'envoya promener.
- Tu me le payeras peut-être un jour, se dit le soldat, et il s'en fut s'acheter un pain avec les derniers liards qui lui restaient. Puis il sortit de la ville et parcourut la campagne pour trouver un peu de travail comme homme de peine ; car il n'avait appris d'autre métier que celui de soldat. La journée se passa sans que personne eût voulu l'occuper.
Vers le soir, il s'engagea dans un bois, et, la nuit étant venue, il n'en était pas encore sorti. Tout à coup il aperçut de loin une lumière ; il marcha dans cette direction et finit par atteindre une maisonnette. Il y trouva une vieille femme, qui n'était autre qu'une méchante sorcière.
- Bonsoir, ma bonne femme, dit François ; je me suis égaré dans la forêt et je viens vous prier de me donner un gîte pour la nuit et une croûte pour souper.
- Une autre, répondit la sorcière, refuserait de loger un homme qui, comme toi a quelque air d'un vagabond. Mais moi j'ai bon cœur et je vais te donner de quoi calmer ta faim. Demain tu me rendras, j'espère, un petit service.
- Volontiers, dit François, si c'est dans mon pouvoir.
- Oh ! il ne s'agit que de bêcher mon jardin.
Là-dessus François, ayant soupé, s'en fut au grenier se coucher sur une botte de paille. Le lendemain il se mit à l'ouvrage et bêcha le jardin ; il eut de la peine à avoir fini le soir.
- Nous voilà quittes, lui dit la vieille ; mais si tu veux demain fendre en bûches ma provision de bois pour l'hiver, je te donnerai de nouveau à souper et je t'hébergerai la nuit.
François accepta et, le jour suivant, il joua de la hache jusqu'au soir ; il en était tout harassé.
- Tu as bien travaillé, dit la vieille ; aussi demain je ne te demanderai qu'un léger service qui ne te fatiguera guère. Ce sera de descendre dans le vieux puits de la cour ; il ne contient plus d'eau, mais j'y ai laissé tomber une chandelle ; j'y tiens parce qu'elle donne une belle flamme bleue et qu'elle ne s'éteint jamais.
Le lendemain François se rendit auprès du puits avec la vieille qui le laissa descendre dans un panier attaché à la corde de la poulie. Lorsqu'il fut au fond, il aperçut en effet une flamme bleue qui provenait de la chandelle magique ; une espèce d'étui était à côté, dans lequel on pouvait l'enfermer ; quand on le rouvrait, la flamme brillait de nouveau, et jamais la chandelle ne s'usait. François la prit ainsi que l'étui et agita la corde. La sorcière remonta le panier et, lorsqu'il fut arrivé à l'orifice du puits, elle tendit aussitôt la main et dit : 
- Allons, vite, passe-moi ma chandelle ! 
Mais François, devenu méfiant, répondit :
- Auparavant je veux de nouveau avoir mes pieds sur la terre ferme.
- Donne tout de suite, dit la vieille, pleine de colère.
François refusa de nouveau ; alors, saisie de fureur, la sorcière lâcha la corde, et le pauvre François retomba au fond du puits. Lorsqu'il se fut relevé, il se souvint qu'il avait dans sa poche une pipe à moitié bourrée de tabac.
- Ce sera ma dernière consolation, se dit-il, que de me régaler encore de quelques bonnes bouffées.
Puis, ayant allumé sa pipe à la flamme bleue, il se mit à fumer. Au bout de quelques secondes apparut devant lui un petit homme noir, qui, se prosternant avec respect, lui dit :
- Maître, que commandes-tu ?
Comment , ce que je commande ? répondit François . Pourquoi aurais-tu à m'obéir ? je n'ai jamais eu de ma vie à donner des ordres.
- Tout ce que je sais, dit le petit homme, c'est que je suis chargé d'exécuter tes volontés.
- Soit, dit François ; eh bien, tire-moi de ce vilain lieu.
Le nain alors lui fit apercevoir un couloir qui conduisait à une caverne, où la sorcière avait entassé des trésors. François y puisa largement et, les poches remplies d'or et de diamants, il arriva à la lumière du jour.
- Maintenant, dit-il, va empoigner la sorcière et livre-la à la justice.
Le petit s'en fut bientôt il reparut monté sur un gros chat sauvage, et tenant devant lui, liée aux mains et aux jambes, l'affreuse vieille, qui hurlait.
Au bout de quelque temps, il revint et dit :
- Elle est enfermée dans la tour ; demain on la jugera. Que me faut-il faire encore ?
- Va te reposer, mon garçon, répondit François. Mais si j'avais besoin de toi, comment ferais-je ?
- Tu n'auras de nouveau qu'à fumer un peu avec ta pipe après l'avoir allumée à la lumière bleue.
François sortit de la forêt et retourna à la capitale. Après s'être fait habiller tout de neuf et très magnifiquement chez le premier tailleur, il alla loger dans le plus bel hôtel de la ville, et il fit une grande dépense. Au bout de quelques jours de cette vie de luxe, qui lui semblait comme un rêve, une idée lui traversa l'esprit et, avec sa pipe, il fit venir le petit homme noir.
- Écoute, dit-il, j'ai à me venger du roi qui m'a traité si injustement. Cette nuit tu m'amèneras sa fille unique, pour qu'elle me nettoie mes bottes.
- Rien de plus facile, répondit le nain. Seulement tâche que la chose reste secrète ; tu dois savoir que le roi n'entend pas la plaisanterie, et du reste celle-ci est un peu forte. Mais cela te regarde ; moi je n'ai qu'à obéir.
Et en effet, sur le coup de minuit, il amena la princesse, qui était plongée dans un état pareil au somnambulisme.
- À l'ouvrage, Mademoiselle, s'écria François, et servez-moi, comme j'ai servi votre père. Prenez ce balai, et balayez le plancher.
La princesse, muette et les yeux presque entièrement fermés, fit tant bien que mal la besogne qui lui était demandée.
- Maintenant, voici des brosses et du cirage, reprit François ; nettoyez mes bottes et faites-les bien briller, je vous prie.
La fille du roi obéit de nouveau mais, n'ayant jamais fait de pareil ouvrage, elle y resta bien longtemps. Puis, sur l'ordre de François, le petit homme la ramena dans son appartement. Le lendemain matin elle raconta à son père ce qu'elle croyait n'avoir été qu'un simple rêve.
- Cependant, ajouta-t-elle, je suis toute fatiguée, et j'ai les os comme rompus. Mais le roi, qui savait que dans ce temps des fées il se passait des choses bien extraordinaires, prit la chose au sérieux et dit à sa fille de remplir, le soir, les poches de son peignoir de pois et d'y faire un trou.
C'est ce qu'elle fit et, lorsque le petit homme vint la prendre et la transporta à travers les airs à la chambre de François, les pois s'échappèrent et auraient pu indiquer le chemin qu'elle avait pris. Mais le petit homme s'aperçut de la ruse et, lorsqu'il eut ramené la princesse chez elle, il alla semer des pois dans toutes les rues de la ville. C'est ce qu'on vint annoncer au roi, qui alors ne douta plus que sa fille n'eût en réalité fait office de servante. Il en fut mortifié. Après avoir réfléchi, il dit à la princesse de garder ses pantoufles en se couchant, et d'en laisser une sous un meuble, si on venait de nouveau l'enlever.
C'est ce qu'elle fit. Cette fois le petit homme ne s'aperçut de rien, et lorsque, le lendemain, les gens du roi vinrent visiter tous les appartements de la ville, ils découvrirent, dans la chambre de François, la mule de la princesse.
Il fut aussitôt appréhendé au corps et jeté en prison. À travers les barreaux de sa cellule, il vit placé là, comme sentinelle, un de ses anciens bons camarades du régiment. Il parvint à ouvrir la fenêtre et il appela son ami.
- Écoute, dit François, quand on t'aura relevé de faction, tâche de t'introduire dans la chambre que j'occupais à l'hôtel. Au fond de l'armoire à bois, tu trouveras un sac plein d'or, ce sera pour toi ; je ne te demande en retour que de m'apporter un étui en cuivre que tu trouveras à côté.
La chose sourit au soldat : il sut s'y prendre habilement, et vint apporter à François l'étui où se trouvait toujours la chandelle, à la flamme bleue ; quant à l'or, il le garda pour lui, comme c'était convenu.
Rassuré maintenant, François, lorsqu'il fut amené devant le tribunal, se laissa, sans protester, condamner à mort. On le mena aussitôt à l'échafaud, sur la plus grande place de la ville. Une foule immense s'y trouvait rassemblée le roi avec toute la cour était venu se placer sur une estrade.
Pendant le trajet, François demanda au bourreau, comme dernière grâce, de pouvoir fumer une pipe de tabac. Cela lui fut accordé. Lorsque ayant allumé sa pipe à la lumière magique, il eut tiré quelques bouffées, le petit homme se présenta à ses côtés.
- Rosse et fouette-moi tout ce monde-là, dit François, le roi, la cour, les juges et toutes les autorités. Ménage seulement la princesse ; je l'ai déjà assez fait souffrir. Au fond j'ai été brutal à son égard elle était innocente des torts de son père.
Le petit homme alors s'élança, et, frappant, daubant avec une force surnaturelle sur toute l'assistance, il mit tout le monde en fuite. Il n'y eut que le roi qui, meurtri de coups, ne pouvait se sauver , alors il demanda grâce à François, qui la lui accorda sans conditions. Le roi alors se piqua d'honneur et il donna à François la princesse en mariage.

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Conte de Grimm
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