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Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


lundi 28 février 2011

La goutte d'eau


 Vous savez ce que c'est qu'une loupe ? Un grand verre rond qui grossit les objets et les fait paraître cent fois plus volumineux qu'ils ne le sont en réalité. Quand on la tient à la main, et qu'on s'en sert pour regarder une goutte d'eau prise dans l'étang, on voit des milliers d'animaux extraordinaires qui s'y meuvent. On ne se douterait pas, à l'œil nu, de leur présence dans l'eau et pourtant ils s'y trouvent en vie, cela n'admet pas de doute. On dirait une grande terrine pleine de crabes qui montent les uns sur les autres et sont si voraces qu'ils s'arrachent les bras et les jambes et tous les appendices, ce qui n'ôte rien à leur gaieté, car ils paraissent s'amuser beaucoup.
Or, il y avait une fois un homme que tout le monde appelait Cribble-CrabbleCribble-Crabble, et c'était bien son nom. Il voulait toujours avoir la meilleure part de tout, et quand on ne la lui donnait point, il se l'appropriait par sorcellerie.
Un jour, il s'assit à sa table et prit son verre grossissant et se mit à considérer une goutte d'eau qu'il avait prise dans le fossé. Non, vous n'avez pas idée de ce qui grouillait là dedans. Tous ces milliers d'infusoires allaient, venaient, couraient, sautaient, bondissaient, se saisissaient, de déchiraient, s'entredéchiraient.
- C'est affreux, s'écria le vieux Cribble-CrabbleCribble-Crabble, comme si l'on ne pouvait vivre en paix et en repos tous ensemble, et s'entendre pour que chacun reste tranquillement chez soi ou tout au moins ne dépasse pas le seuil de sa porte !
Il réfléchit et réfléchit longtemps comment il s'y prendrait pour mettre ces animalcules à la raison, et voyant qu'il n'y réussirait point par les bons conseils, il se dit :
- Je vais les mettre en couleur, comme cela, ils seront plus reconnaissables.
Il versa donc dans la goutte d'eau un peu de liquide rouge qui avait l'apparence du vin, mais c'était en réalité du sang de sorcière de la plus fine qualité, dont une seule goutte valait un gros écu. Aussitôt, tous les petits animaux se colorèrent si vivement que l'on eût dit d'une ville indienne où les rues sont pleines de Peaux-Rouges tout nus.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda en ce moment en entrant un sorcier qui n'avait pas de nom, ce qui le rendait encore plus mystérieux.
- Si tu peux le deviner, répondit Cribble-CrabbleCribble-Crabble, je te le donne, mais ce n'est pas facile, quand on ne le sait pas.
Le sorcier qui n'avait pas de nom prit la loupe et regarda à son tour.
Jamais il n'avait eu sous les yeux un spectacle pareil. Il voyait tout une population de gens sans habits, sans chemise, aussi nu que des vers, et plus nombreux que les habitants de la plus grande ville. C'était hideux, et ce qu'il y avait de plus hideux encore, c'était de les voir se jeter les uns sur les autres, s'étreindre, se renverser, se piétiner, se mordre, de déchirer tour à tour. Ceux qui étaient dessous montaient dessus, ceux qui étaient dessus retombaient dessous.
- Voyez, voyez, il a la jambe plus longue que la mienne. Crac ! la voilà arrachée.
En voilà un qui a une petite excroissance derrière l'oreille, une toute petite excroissance bien innocente, mais assez grande pour attirer l'attention des autres. En un clin d'oeil on se rue sur lui, on lui enlève l'excroissance et on la mange. En voici un autre qui se blottit dans un coin avec la timidité d'une jeune fille et n'ose pas faire un mouvement de peur de se trahir. Mais on l'aperçoit et des centaines de furies s'emparent de la pauvre jeune fille, la mettent en pièces et la dévorent.
- C'est très extraordinaire ! dit le sorcier qui n'avait pas de nom.
- Oui, mais qu'est-ce que c'est ? demanda Cribble-CrabbleCribble-Crabble, le devines-tu ?
- Le deviner, répondit l'autre, rien n'est plus facile. C'est évidemment une grande ville, Paris, Berlin, Londres, New-YorkNew-York. Une des quatre ?
- Non, dit Cribble-CrabbleCribble-Crabble en souriant, c'est une goutte d'eau qui vient du fossé.
Au même moment on entendit dans la rue un vacarme. Cribble-CrabbleCribble-Crabble mit le nez à la fenêtre et vit deux gamins qui se battaient à grands coups de poing.
- Ils ne sont pas plus sages que les animalcules de la goutte d'eau, dit-il.
Et il alla se replonger dans ses études.

***
Conte de Hans Christian ANDERSEN

mardi 22 février 2011

La chapelle de Trigavoux ou la chèvre a pris le loup !


Au village de Trigavoux en Bretagne il y a une petite chapelle. Elle est au coin d'un bois, tout près de la route, au bout d'une avenue de sapins. Une jolie fontaine, claire et vive, bruit à côté.
Je l'ai vue bien des fois, cette petite chapelle, elle est bien simple, vieille, un peu délabrée, avec un toit moussu et sa porte branlante, toujours entr'ouverte. Et pourtant elle est célèbre dans le pays, à vingt lieues à la ronde !
C'est que là s'est passée un jour, - je ne sais pas au juste l'époque, mais il y a bien longtemps ! - une chose merveilleuse, inouïe, incroyable : c'est là où la chèvre a pris le loup !
Ordinairement c'est le loup qui prend la chèvre !
Or je vais vous raconter l'histoire, comme on me l'a racontée à moi-même dans le pays.

Un jour donc, une biquette blanche paissait dans un champ voisin, attachée par une longue corde à un piquet de bois enfoncé en terre. C'était, vous comprenez, pour qu'elle ne pût pas s'échapper. Chaque matin, on l'attachait ainsi dans le champ ; et, le soir, les enfants venaient la détacher pour la ramener à l'étable.
Pourquoi ne vinrent-ils pas ce soir là, comme à l'ordinaire ? C'est ce qu'on ne m'a pas dit. Peut-être ils l'avaient oubliée. - Le soir arrive, et puis la nuit. Personne.
La pauvre chevrette abandonnée, toute seule dans la nuit, se mit à bêler d'une voix tremblotante ; elle appelait de toute sa force, bê, bê..., pour qu'on vînt la chercher.
Ce fut le loup qui entendit.
Les bois sont bien noirs... Et voilà qu'au fond du bois, dans le lointain, on entend un hurlement : hou ! hou !... "C'est le loup," se dit la chevrette.
Peu à peu, le hurlement se rapproche...
Ah, comme elle eut grand peur, la malheureuse créature, quand elle aperçut dans l'ombre, derrière la haie, deux grands yeux qui luisaient comme deux charbons ! Elle eut si grand'peur, si grand'peur, et, pour s'échapper, elle fit un si violent effort, donna une secousse si terrible, au risque de s'étrangler, que le piquet fut arraché de terre. Et alors elle s'élance comme une folle, au hasard, traînant la corde et le piquet, qui bondissait derrière. Le loup courait après elle.
Elle franchit d'un bond la route ; l'avenue de sapins est devant elle, elle s'y jette à corps perdu, toujours suivie par le loup.
Or, au bout de l'avenue, était, vous vous en souvenez, la petite chapelle avec sa porte entr'ouverte : la malheureuse bête s'y précipite, heurte violemment la porte, la porte cède un peu, le chèvre entre...
Le brigand de loup entre à sa suite. Ah ! elle est perdue, la pauvre biquette...
Mais voilà que d'un bond elle se retourne, avant que le loup eût le temps de la saisir ; elle s'enfile par l'ouverture étroite de la porte entrebâillée : le piquet qui traînait derrière, au bout de la corde, se trouve, je ne sais comment, pris en travers de la porte, la chèvre tire, tire, la porte se referme... et le loup est pris !
Le lendemain, dès l'aube, des paysans qui passaient sur la route trouvèrent la pauvre chevrette blanche qui tirait toujours la corde de toute sa force, et bêlait d'une manière désespérée. Ils la délivrèrent. Et quant au loup enfermé dans la chapelle, l'histoire ne dit pas bien positivement ce qu'il devint ; mais je crains bien qu'on ne lui ait fait un mauvais parti...
Il le méritait, du reste.

Quand vous irez en Bretagne, et que vous passerez par le joli village de Trigavoux, vous demanderez le Bois au loup ; on vous montrera l'avenue, la fontaine, et la vieille petite chapelle avec son toit moussu et sa porte branlante, toujours entr'ouverte. Et on vous dira :
"C'est la chapelle de Trigavoux
Où la chèvre a pris le loup !"

***
C. DELON - Légende de 1885

jeudi 17 février 2011

Histoire de l'éléphant blanc


Dans une très vieille ville de l'Inde au joli nom de Patalipoutra, vivait, il y a bien longtemps, un blanchisseur. C'était un homme riche, car il avait une foule de clients qui lui apportaient régulièrement leur linge et tous leurs habits à nettoyer. Dans l'Inde, le soleil est si chaud que l'on est tout vêtu de blanc, ou du moins de couleurs claires, et la fine poussière qui monte du sol desséché salit si fort les vêtements qu'il faut les changer bien souvent ; et cela faisait au blanchisseur beaucoup de travail !
Chaque jour on le voyait, lavant, avec ses aides, dans l'eau du Gange, le fleuve sacré, les beaux saris des dames. Ces saris aux soies si douces, bleus, verts et or, longs de six mètres - les femmes s'y drapent puis s'en recouvrent la tête comme d'un voile - étincelaient en séchant au soleil. Il y avait bien aussi des pièces de cotonnades, mais les couleurs en étaient si fraîches qu'elles mettaient de la gaîté sur le sable où elles s'étalaient.
Et les dhôties, sorte de pagnes blancs que les hommes enroulent autour de leurs hanches, illuminaient la terre de leur clarté.
Quand les clients étaient pressés, le blanchisseur tendait lui-même le tissu, le tenant par une extrémité alors que son fils aîné tirait sur l'autre. Ils l'agitaient doucement de bas en haut, de haut en bas. En un quart d'heure, le vêtement était sec et les clients étaient si satisfaits qu'ils se pressaient de plus en plus nombreux chez le courageux blanchisseur.
Sa maison basse, avec ses colonnes supportant une terrasse, était d'un goût parfait. Il y avait étendu de beaux tapis et mis de longs coussins confortables, sur lesquels on se reposait, le travail terminé, en bavardant avec des amis, les yeux fixés sur le Gange si large, si imposant en cet endroit.
Mais, comme il s'était enrichi par son travail, il était jalousé par un potier, son voisin. Celui-ci trouvait la maison du blanchisseur trop luxueuse, ses clients trop nombreux. Il s'employait à attirer les passants, installant devant sa porte les objets usuels qu'il confectionnait avec l'argile : des vases où l'eau se tient si fraîche, des assiettes pour recevoir le riz, des gobelets où l'on verse la boisson teintée de plantes aromatiques, de petites veilleuses où dansent les lueurs clignotantes qui éclairent les maisons et ornent les autels des dieux aux jours de fête. Tous ces objets étaient tentants. Et le potier avait, tout comme le blanchisseur gagné la confiance su roi dont il était le fournisseur.
Mais il récoltait moins d'argent que son voisin. Aussi résolut-il de lui jouer un vilain tour afin de le ruiner.
Un jour, il alla donc trouver le roi et lui tint ce langage : "Votre Majesté sait combien il serait glorieux pour Elle d'être le possesseur d'un éléphant blanc. Eh bien, je sais que le blanchisseur mon voisin a un procédé mystérieux qui ferait de votre éléphant royal, d'un gris presque noir aujourd'hui, un éléphant éclatant de blancheur. Votre Majesté serait ainsi le souverain le plus célèbre et le plus envié de l'Inde entière."
Le roi se mit d'abord à sourire, pensant que pareille transformation était chose impossible. Mais le potier avait l'air si sûr d'avoir surpris le secret du blanchisseur qu'il commença à croire pour de bon qu'il pourrait posséder bientôt un éléphant blanc.
Ce pauvre roi, qui n'était pas fort intelligent, désirait d'autant plus vivement être célèbre et admiré de tous !
Il convoqua donc le blanchisseur, et, pour rendre ses ordres plus solennels, il le reçut assis sur son trône, entouré de ses courtisans. Tous attendaient avec la plus grande curiosité la réponse du blanchisseur à la demande extravagante de leur maître.
Quand il se vit enjoindre de blanchir aussitôt l'éléphant royal, le blanchisseur, plein de bon sens, fut très tenté de faire résonner les voûtes du palais d'un énorme éclat de rire. Mais il savait le roi têtu et cruel. Il comprit bien vite qu'il fallait accepter, mais en rendant au potier le méchant tour que celui-ci lui avait préparé.
- Sir, dit-il, c'est chose facile pour moi, ce que Vous me demandez là. Cependant, il me faudrait faire tremper votre éléphant dans une très grande cuve emplie d'eau bien savonneuse. Or, je ne possède, malheureusement, pas de récipient assez vaste pour contenir un aussi gigantesque animal que celui de Votre Majesté. Mon voisin le potier pourra certainement, sur votre ordre, me le construire.
Le roi fit alors revenir en hâte le potier et lui ordonna de fabriquer un vase aux dimensions telles que l'éléphant pût y tenir à l'aise.
Le potier compris qu'à son tour il avait été joué et que le blanchisseur se vengeait cruellement de lui. Il savait, d'ailleurs, qu'il le méritait, et il essaya de sortir avec avantage du cas difficile où il s'était mis.
Il réunit en hâte ses parents et ses amis, les chargeant de lui apporter une énorme quantité d'argile. Ils en recueillirent de leur mieux, partout où ils en trouvèrent, la rapportant dans de larges corbeilles plates qu'ils plaçaient sur leurs têtes. Chaque fois qu'ils arrivaient dans le jardin du potier, ils déversaient leurs charges qui, s'ajoutant l'une à l'autre, formèrent bientôt une petite colline d'argile.
Alors on se mit au travail. Il fallut des jours et des jours pour confectionner une cuve immense, autour de laquelle, quand elle fut terminée, on se mit à danser de joie. Le blanchisseur allait enfin être ruiné !
Sur de longs bâtons que soutenaient leurs solides épaules, cinquante hommes portèrent en triomphe le long et large bassin jusqu'au palais du roi. Le potier avait fait appel, pour cette besogne, aux porteurs qui, dans les temples, soulevaient à la force de leurs bras les colossales statues des dieux, car seul ils lui semblaient assez robustes et assez exercés.
Ils furent accueillis par les félicitations du roi, qui du haut de sa terrasse, les avait regardés venir.
Le blanchisseur fut aussitôt convoquée. Il fit allumer un grand feu au milieu des jardins du palais. La baignoire de l'éléphant fut placée sur les bûches ; les servantes drapées dans leurs saries verts ou rouges, l'emplirent à l'aide de cruches d'eau puisées dans le Gange. La longue procession des femmes allant et venant, du fleuve au palais, dura une journée entière. Enfin la cuve fut pleine et, l'eau commençant à chauffer, on jeta dedans de grandes quantités de savon.
Le lendemain, l'eau était si mousseuse qu'elle ressemblait aux vagues de la mer, frangées d'écume. On laissa le feu s'éteindre, et les serviteurs qui, pour l'entretenir avaient abattu des arbres massifs, prirent leur repos. Au bout de trois jours, l'eau s'étant refroidie suffisamment pour ne pas brûler l'éléphant royal, il arriva conduit par son cornac.
Un peu surpris, car il n'avait jamais connu de bain en dehors des rivières où il aimait se rafraîchir, il consentit tout de même à pénétrer dans cette eau inaccoutumée. Mais en s'asseyant il fit éclater en mille morceaux la cuve d'argile, dont l'épaisseur était trop faible pour supporter un poids aussi considérable. L'eau se mit à couler en longs ruisseaux mousseux, et l'éléphant furieux, tapant de ses énormes pattes, faisait s'envoler par centaines les bulles de savon qui scintillaient comme des miroirs sous le soleil.
Et le potier dut recommencer son oeuvre. Il rassembla de nouveau tous ceux qu'il connaissait, les suppliant de l'aider.
Ils répondirent à son appel, et la cuve qu'ils édifièrent fut cette fois si lourde que deux cents hommes ne purent la porter.
On recommença encore et, en la soulevant les porteurs la brisèrent.
On réussit à en construire une autre, mais l'épaisseur des parois était telle que la chaleur de la flamme ne jamais réchauffer l'eau.
Les tentatives continuèrent ainsi pendant des années. Le potier perdit peu à peu tous ses amis, toute sa fortune. Il fut obligé enfin de renoncer à son entreprise et alla s'humilier devant le roi.
Celui-ci, furieux, le chassa : il ne pouvait lui pardonner de lui avoir fait espérer l'impossible. Ne s'était-il pas, lui, le prince de ce merveilleux pays, rendu ridicule dans l'attente vaine de cet éléphant blanc ?
Seul le blanchisseur avait été assez habile pour imaginer ce moyen vraiment ingénieux de se défendre du potier, en exigeant de lui une chose irréalisable.
Mais, comme il était bon, il eut pitié de la détresse de son méchant voisin ; il le sauva de la misère.
Et le blanchisseur vécut de longues années très heureux, car le roi avait compris la leçon et l'avait choisi pour son conseiller.

***
Conte Hindou par Marie-Simone RENOU

mardi 15 février 2011

Mots d'enfants

 En vacances

* - Quand on ne met pas de crème, le soleil nous donne des coups

* -  Cet été, à la mer, j'ai couru après une miette et elle s'est envolée...

* -  La mer, c'est comme une piscine mais il n'y a pas de coins !

* - Il n'y a pas d'arbres dans le désert, parce qu'on n'arrive pas à faire pousser de l'eau.

* - T'as vu les vaches , en fait, c'est super doué !
Elles arrivent à faire du lait, du beurre, du fromage et même des yaourts !

* - Les vaches blanches, elles font du lait et las brunes, du lait chocolaté

* En parlant des tournesols :
- Regarde ! Des bébés soleils, ils regardent leur maman dans le ciel !

Au moment du coucher

* - Quand maman est fatiguée, pourquoi c'est moi qui doit aller me coucher ?

* En ayant froid sous la couette :
- " Maman, est-ce que tu peux mettre le chômage ?"

* - Regarde maman, un croisant de lune... et après, il y a le biscuit de lune !

*-  Mon chéri, il faut rentrer maintenant, la nuit tombe
- Qui c'est qui l'a poussée ?

*Le soir avant de se coucher :
- Maintenant, on va faire un moment de calme
- D'accord, et après un papa de calme et un doudou de calme !

* - Regarde ! Une étoile filante arrêtée !

* - Qui dort dans les écuries ?
- Les écureuils !

lundi 14 février 2011

Les chats de Whittington

Dick Whittington était un pauvre petit orphelin, qu'une vieille cuisinière avait recueilli pour en faire son domestique et son souffre-douleur. C'était lui qui allumait le feu, lavait la vaisselle et tournait la broche des rôtis. En échange, il recevait une maigre nourriture, quantité de surnoms, tel que vaurien, paresseux, fainéant, et un nombre encore plus considérable de horions et de taloches.
L'unique consolation et le seul bonheur de Dicks, c'était de jouer avec un chat qu'on lui avait donné, un gentil petit chat qu'il élevait et nourrissait de son mieux. Ce chat, la vieille cuisinière ne pouvait le souffrir, et elle parlait à tout moment de le jeter à l'eau.
Un soir que la vie du pauvre animal était plus menacée que de coutume, Dick s'enfuit de la maison, avec, bien entendu, son cher compagnon douillettement abrité dans ses bras.
Un passant eut pitié de lui, lui donna l'hospitalité, à lui et à son chat, et, le lendemain, lui proposa d'embarquer sur un vaisseau à destination de l'Afrique.
Dick Whittington, qui avait toujours eut de l'ambition, et qui, paraît-il, avait même entrevu dans ses rêves les plus hautes destinées, accepta l'offre avec empressement.
- Mais il te faut une pacotille, mon garçon, lui dit ce bienfaiteur. Qu'apporteras-tu et qu'auras-tu à échanger chez les Africains.
- Hélas ! je ne possède rien... Je n'ai que mon chat...
- Eh bien, emmène-le, ton chat ! Il te portera peut-être bonheur !
Ce personnage ne croyait pas si bien dire.
On était en mer, on naviguait depuis plusieurs semaines, quand une tempête s'éleva et fit échouer le vaisseau contre une île, dont l'histoire n'a pas conservé le nom. Cette île était infesté de rats, au point que le blé n'y pourrait pousser ; ces animaux le mangeait en herbe, dès que la tige était hors de terre.
Il était difficile à Dick Whittington de trouver meilleure occasion pour vanter les talents de son chat et demander qu'on le mît à l'épreuve. C'est ce qui eut lieu, et le chat fit un si grand massacre de rats, que le roi de l'île, enthousiasmé, voulut à tout prix garder dans son palais ce précieux quadrupède.
Dick lui fit comprendre qu'un seul chat contre tant de rats était insuffisant, et il s'offrit d'en aller chercher d'autres en Angleterre.
- Bien volontiers ! dit le roi ; mais, en attendant, je garde toujours celui-ci, et je te l'achète son pesant d'or.
- Et les autres ?
- Les autres te seront payés le même prix ! répliqua le souverain de cette île que les rongeurs rendaient inhabitable.
Dick tint parole au roi, et le roi ne manqua pas non plus à ses engagements.
Les chats que Dick alla chercher et qu'il introduisit dans l'île, en quantités innombrables, lui furent payés tous au poids de l'or, ce qui permit à notre héros de revenir s'établir à Londres et de prendre place parmi les plus riches négociants de la Cité. Le lord-maire étant venu à mourir, en 1397, on élut Dick Whittington pour le remplacer, et cette élection se renouvela à trois reprises.

***
Albert CIM

vendredi 11 février 2011

L'oiseau mouche

Il y avait une fois, dans la vieille Bretagne, un pays appelé Minor dont les habitants étaient si petits que jamais âme qui vive ne les avaient remarqué.
Minor était gouverné par une fée grande comme le pouce d'un enfant, c'était la plus grande personne du royaume.
La race animale était dignement représentée par des chevaux gros comme des petites souris, des bœufs encore plus petits et des oiseaux comme des moucherons.
Mais, hélas ! Minor avait un fléau, et ce fléau était une race d'oiseaux d'une taille extraordinaire.
Chaque année les récoltes étaient ravagées et dans les vergers les cerises des Minoriens disparaissaient comme par enchantement.
La pauvre reine-fée n'avait pas le pouvoir de détruire elle-même la race des Ravageurs, - comme on l'appelait, - mais elle ordonna une chasse active, et quiconque lui apportait un de ces oiseaux recevait une prime considérable.
Grâce à la prime la race disparut, seul un couple de Ravageurs échappa au massacre en s'enfuyant dans un pays alors inconnu, en Amérique.
Là, il s'est multiplié tout à son aise et nous pouvons admirer aujourd'hui l'oiseau maudit du royaume de Minor : c'est le bijou de la nature, c'est l'oiseau-mouche.

***
Albert BARRE

mercredi 9 février 2011

La bobine merveilleuse

Notre impatience fait souvent notre malheur.
 
Un petit prince fut un jour réprimandé sévèrement par son précepteur. Le soir, il songeait tristement qu'on est bien malheureux d'être enfant parce qu'il faut obéir. Il aurait voulu être déjà un homme.
Tout en pleurant, l'enfant s'endormit. Le lendemain en s'éveillant, il vit à côté de lui une jolie bobine de soie qui brillait aux rayons naissants de l'aurore. Surpris, il allait la saisir, quand de la bobine une toute petite voix s'échappa et murmura les paroles suivantes :
- Prends garde, enfant, prends garde ! Le fil merveilleux qui s'enroule autour de moi représente la suite de tes jours. Vois-tu, à mesure que les instants s'écoulent, ce fil se déroule et se dévide. Hier, tu souhaitais pouvoir à ton gré hâter ta vie. Je t'en donne le pouvoir. Mais rappelle-toi que ta main, qui peut dévider ce fil tout entier en instant, ne pourra en pelotonner de nouveau un seul brin.
Le petit prince regarda la bobine sans oser y toucher. Puis il s'enhardit et il tira un petit bout de fil seulement de manière à passer un jour et il se revit près de s'endormir dans le lit où il venait de s'éveiller : "Un jour, pensa-t-il, ce n'est pas assez, je veux grandir et être homme !"
Saisissant la bobine, il se mit à tirer le fil et il se vit devenu jeune homme, avec la barbe au menton. Il était roi ; des conseillers et des courtisans l'entouraient et lui parlaient des affaires de l'État.
Ce fut d'abord une grande joie pour lui. Puis il voulut être marié, avoir des enfants... et déjà il se voyait père de famille. Enfin, impatient de voir ses enfants grandir, de nouveau il tire le fil de la bobine et ses années passent emportées dans un tourbillon. Après chaque désir rassasié, il en voyait renaître un autre, plus ardent, et de nouveau la bobine tournait entre ses doigts et de nouveau le fil se dévidait.
Or, il arriva qu'un jour, derrière le fil de soie, le bois doré de la bobine se montra tout à coup. Le roi en fut surpris et effrayé ; il osait à peine regarder le fil qui se déroulait tout seul, lentement. Que n'eût-il pas donné pour pouvoir pelotonner de nouveau un brin de fil sur la bobine qu'il regardait avec tristesse !
La petite voix se fit encore entendre.
- Ô prince ! les jours passés ne reviennent point. Tu as dépensé ta vie follement ! Elle te paraît vide : c'est que tu ne l'as point remplie de bonnes actions ; elle te paraît malheureuse : c'est que tu n'as point su l'employer utilement. Ton impatience, au fond, c'était de la paresse, c'est pour échapper à la tâche journalière que tu as voulu vivre vite. Va, si tu n'es pas heureux, c'est que tu ne l'as pas mérité."
***
J.M GUYAU - Ecrivain philosophe français, mort en 1888.
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