BIENVENUE

Des petites histoires à retrouver avec plaisir ou à faire découvrir à vos enfants


jeudi 5 novembre 2015

La pause est finie





Suite à plusieurs événements familiaux qui ont mis ce blog dans un grand sommeil....

on peut vous affirmer que les histoires pour enfants reviennent !!

mercredi 20 novembre 2013

La morte


Je l'avais aimée éperdument ! Pourquoi aime-t-on ? Est-ce bizarre de ne plus voir dans le monde qu'un être, de n'avoir plus dans l'esprit qu'une pensée, dans le cœur qu'un désir, et dans la bouche qu'un nom : un nom qui monte incessamment, qui monte, comme l'eau d'une source, des profondeurs de l'âme, qui monte aux lèvres, et qu'on dit, qu'on redit, qu'on murmure sans cesse, partout, ainsi qu'une prière.
Je ne conterai point notre histoire. L'amour n'en a qu'une, toujours la même. Je l'avais rencontrée et aimée. Voilà tout. Et j'avais vécu pendant un an dans sa tendresse, dans ses bras, dans sa caresse, dans son regard, dans ses robes, dans sa parole, enveloppé, lié, emprisonné dans tout ce qui venait d'elle, d'une façon si complète que je ne savais plus s'il faisait jour ou nuit, si j'étais mort ou vivant, sur la vieille terre ou ailleurs.

Et voilà qu'elle mourut. Comment ? Je ne sais pas, je ne sais plus.
Elle rentra mouillée, un soir de pluie, et le lendemain, elle toussait. Elle toussa pendant une semaine environ et prit le lit.
Que s'est-il passé ? Je ne sais plus.
Des médecins venaient, écrivaient, s'en allaient. On apportait des remèdes ; une femme les lui faisait boire. Ses mains étaient chaudes, son front brûlant et humide, son regard brillant et triste. Je lui parlais, elle me répondait. Que nous sommes-nous dit ? Je ne sais plus. J'ai tout oublié, tout, tout ! Elle mourut, je me rappelle très bien son petit soupir, son petit soupir si faible, le dernier. La garde dit :"Ah!" Je compris, je compris !
Je n'ai plus rien su. Rien. Je vis un prêtre qui prononça ce mot : " Votre maîtresse." Il me sembla qu'il l'insultait. Puisqu'elle était morte on n'avait plus le droit de savoir cela.
Je le chassai. Un autre vint qui fut très bon, très doux.
 Je pleurai quand il me parla d'elle.
On me consulta sur mille choses pour l'enterrement. Je ne sais plus. Je me rappelle cependant très bien le cercueil, le bruit des coups de marteau quand on la cloua dedans. Ah ! mon Dieu !
Elle fut enterrée ! enterrée ! Elle ! dans ce trou ! Quelques personnes étaient venues, des amies. Je me sauvai. Je courus. Je marchai longtemps à travers des rues. Puis je rentrai chez moi. Le lendemain je partis pour un voyage.
Hier, je suis rentré à Paris.
Quand je revis ma chambre, notre chambre, notre lit, nos meubles, toute cette maison où était resté tout ce qui reste de la vie d'un être après sa mort, je fus saisi par un retour de chagrin si violent que le faillis ouvrir la fenêtre et me jeter dans la rue. Ne pouvant plus demeurer au milieu de ces choses, de ces murs qui l'avaient enfermée, abritée, et qui devaient garder dans leurs imperceptibles fissures mille atomes d'elle, de sa chair et de son souffle, je pris mon chapeau, afin de me sauver. Tout à coup, au moment d'atteindre la porte, je passai devant la grande glace du vestibule qu'elle avait fait poser là pour se voir, des pieds à la tête, chaque jour, en sortant, pour voir si toute sa toilette allait bien, était correcte et jolie, des bottines à la coiffure.
Et je m'arrêtai net en face de ce miroir qui l'avait souvent reflétée. Si souvent, si souvent, qu'il avait dû garder aussi son image.
J'étais là debout, frémissant, les yeux fixés sur le verre, sur le verre plat, profond, vide, mais qui l'avait contenue tout entière, possédée autant que moi, autant que mon regard passionné. Il me sembla que j'aimais cette glace - je la touchai, - elle était froide ! Oh ! le souvenir ! le souvenir ! miroir douloureux, miroir brûlant, miroir vivant, miroir horrible, qui fait souffrir toutes les tortures ! Heureux les hommes dont le cœur, comme une glace où glissent et s'effacent les reflets, oublie tout ce qu'il a contenu, tout ce qui a passé devant lui, tout ce qui s'est contemplé, miré dans son affection, dans son amour ! Comme je souffre !
Je sortis et, malgré moi, sans savoir, sans le vouloir, j'allai vers le cimetière. Je trouvai sa tombe toute simple, une croix de marbre, avec ces quelques mots: "Elle aima, fut aimée, et mourut."
Elle était là, là-dessous, pourrie ! Quelle horreur ! Je sanglotais, le front sur le sol.
J'y restai longtemps, longtemps. Puis je m'aperçus que le soir venait. Alors un désir bizarre, fou, un désir d'amant désespéré s'empara de moi. Je voulus passer la nuit près d'elle, dernière nuit, à pleurer sur sa tombe. Mais on me verrait, on me chasserait. Comment faire ? Je fus rusé. Je me levai et me mis à errer dans cette ville des disparus. J'allais, J'allais. Comme elle est petite cette ville à côté de l'autre, celle où l'on vit l Et pourtant comme ils sont plus nombreux que les vivants, ces morts.
Il nous faut de hautes maisons, des rues, tant de place, pour les quatre générations qui regardent le jour en même temps, boivent l'eau des sources, le vin des vignes et mangent le pain des plaines.
 Et pour toutes les générations des morts, pour toute l'échelle de l'humanité descendue jusqu'à nous, presque rien, un champ, presque rien ! La terre les reprend, l'oubli les efface. Adieu !
Au bout du cimetière habité, j'aperçus tout à coup le cimetière abandonné, celui où les vieux défunts achèvent de se mêler au sol, où les croix elles-mêmes pourrissent, où l'on mettra demain les derniers venus. Il est plein de roses libres, de cyprès vigoureux et noirs, un jardin triste et superbe, nourri de chair humaine.
J'étais seul, bien seul. Je me blottis dans un arbre vert. Je m'y cachai tout entier, entre ces branches grasses et sombres.
 Et j'attendis, cramponné au tronc comme un naufragé sur une épave.

Quand la nuit fut noire, très noire, je quittai mon refuge et me mis à marcher doucement, à pas lents, à pas sourds, sur cette terre pleine de morts.
 J'errai longtemps, longtemps, longtemps. Je ne la retrouvais pas. Les bras étendus, les yeux ouverts, heurtant des tombes avec mes mains, avec mes pieds, avec mes genoux, avec ma poitrine, avec ma tête elle-même, j'allais sans la trouver. Je touchais, je palpais comme un aveugle qui cherche sa route, je palpais des pierres, des croix, des grilles de fer, des couronnes de verre, des couronnes de fleurs fanées ! Je lisais les noms avec mes doigts, en les promenant sur les lettres. Quelle nuit ! quelle nuit ! Je ne la retrouvais pas !
Pas de lune! Quelle nuit! J'avais peur, une peur affreuse dans ces étroits sentiers, entre deux lignes de tombes !
Des tombes ! des tombes ! des tombes. Toujours des tombes ! À droite, à gauche, devant moi, autour de moi, partout, des tombes ! Je m'assis sur une d'elles, car je ne pouvais plus marcher tant mes genoux fléchissaient. J'entendais battre mon cœur ! Et j'entendais autre chose aussi ! Quoi ? un bruit confus innommable ! Était-ce dans ma tête affolée, dans la nuit impénétrable, ou sous la terre mystérieuse, sous la terre ensemencée de cadavres humains, ce bruit ? Je regardais autour de moi !
Combien de temps suis-je resté là ? Je ne sais pas. J'étais paralysé par la terreur, j'étais ivre d'épouvante, prêt à hurler, prêt à mourir.
Et soudain il me sembla que la dalle de marbre sur laquelle j'étais assis remuait. Certes, elle remuait, comme si on l'eût soulevée. D'un bond je me jetai sur le tombeau voisin, et je vis, oui, je vis la pierre que je venais de quitter se dresser toute droite; et le mort apparut, un squelette nu qui, de son dos courbé la rejetait. Je voyais, je voyais très bien, quoique la nuit fut profonde. Sur la croix je pus lire : "Ici repose Jacques Olivant, décédé à l'âge de cinquante et un ans. Il aimait les siens, fut honnête et bon, et mourut dans la paix du Seigneur."
Maintenant le mort aussi lisait les choses écrites sur son tombeau. Puis il ramassa une pierre dans le chemin, une petite pierre aiguë, et se mit à les gratter avec soin, ces choses. Il les effaça tout à fait, lentement, regardant de ses yeux vides la place où tout à l'heure elles étaient gravées; et du bout de l'os qui avait été son index, il écrivit en lettres lumineuses comme ces lignes qu'on trace aux murs avec le bout d'une allumette : « Ici repose Jacques Olivant, décédé à l'âge de cinquante et un ans. Il hâta par ses duretés la mort de son père dont il désirait hériter, il tortura sa femme, tourmenta ses enfants, trompa ses voisins, vola quand il le put et mourut misérable. »
Quand il eut achevé d'écrire, le mort immobile contempla son œuvre. Et je m'aperçus, en me retournant, que toutes les tombes étaient ouvertes, que tous les cadavres en étaient sortis, que tous avaient effacé les mensonges inscrits par les parents sur la pierre funéraire, pour y rétablir la vérité.
Et je voyais que tous avaient été les bourreaux de leurs proches, haineux, déshonnêtes, hypocrites, menteurs, fourbes, calomniateurs, envieux, qu'ils avaient volé, trompé, accompli tous les actes honteux, tous les actes abominables, ces bons pères, ces épouses fidèles, ces fils dévoués, ces jeunes filles chastes, ces commerçants probes, ces hommes et ces femmes dits irréprochables.
 Ils écrivaient tous en même temps, sur le seuil de leur demeure éternelle, la cruelle, terrible et sainte vérité que tout le monde ignore ou feint d'ignorer sur la terre.
Je pensai qu'elle aussi avait dû la tracer sur sa tombe. Et sans peur maintenant, courant au milieu des cercueils entrouverts, au milieu des cadavres, au milieu des squelettes, j'allai vers elle, sûr que je la trouverais aussitôt.
Je la reconnus de loin, sans voir le visage enveloppé du suaire.
Et sur la croix de marbre où tout à l'heure j'avais lu : « Elle aima, fut aimée, et mourut. » J'aperçus : « Étant sortie un jour pour tromper son amant, elle eut froid sous la pluie, et mourut. »

Il paraît qu'on me ramassa, inanimé, au jour levant, auprès d'une tombe.

***
Guy de Maupassant
Publiée une première fois en presse en 1887
La Morte fut ensuite éditée dans le recueil La Main Gauche, en 1889.

lundi 23 septembre 2013

Un moustique trop bavard

Un beau matin, un moustique vint se poser sur le nez d'un iguane qui paressait dans un marigot (le bras d'un fleuve marécageux dans les pays tropicaux). Sans se demander s'il dérangeait, il commença à parler. Et patata et patati... Et patati et patata... Un vrai moulin à paroles....
De temps en temps, l'iguane ouvrait lentement un œil et secouait la tête pour tenter e faire tomber son encombrant visiteur. Mais rien n'y faisait. L'autre s'accrochait. Comme il sentait que son bavardage endormait son compagnon, il décida d'attirer son attention en lui apprenant quelque importante nouvelle.
- Sait-tu ce qui m'est arrivé ce matin ? demanda le moustique.
- Non ! grommela l'autre dans un demi-sommeil.
- Eh bien, je vais te le dire... Le soleil en personne m'a demandé l'autorisation de se lever.
- En voilà assez ! cria l'iguane. je préfère encore me priver d'oreilels que d'entednre de telles absurdités !
Sur ce, il prit deux touffes d'herbes, les enfonça profondément dans ses oreilles, et partit se faufiler dans la végétation.
Sans le voir, l'iguane croisa le python en train de faire sa promenade digestive et il ne répondit pas au bonjour de ce dernier.
Le rampant s'inquiéta. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Etait-il fâché ? Lui voulait-il du mal ?
Soudain inquiet, il chercha une cachette où se mettre à l'abri de la colère de l'iguane et plongea dans le premier terrier venu.
Le lapin qui l'habitait fut terrifié par cette intrusion. il détala pour fuir par une autre sortie.
Une fois dehors, il continua à courir.
Le corbeau l'aperçut. Aussitôt, il pensa qu'un danger menaçait la forêt. Comme c'était son rôle, il donna l'alarme.
Un singe l'entendit et sauta comme un fou de branche en branche afin de prévenir ses camarades. En s'agitant ainsi, hélas, il cassa une branche qui tomba dans le nid d'un hibou. Cette maudite branche assomma un des petits de l'oiseau. Lorsqu’elle revint de la chasse, la mère hibou fondit en larmes en découvrant son petit si mal en point. Elle était triste au point d'oublier sa besogne de chaque matin : réveiller le soleil.
Ce jour-là, la nuit s'attarda sur la forêt.
Et le lendemain, comme la maman hibou pleurait toujours, elle oublia de nouveau. On commença à murmurer que le soleil ne reviendrait jamais. Et cela dura, dura, dura... tant et si bien que le lion décida de prendre les choses en main. Il convoqua tous les animaux pour qu'ils viennent s'expliquer autour d'un grand feu.
Il dut aller chercher la maman hibou qui n'avait pas répondu à son invitation.
Alors qu'elle reniflait tristement au fond de l'assemblée, il l'interrogea :
- Alors dis-nous, mère hibou, pourquoi ne veux-tu plus réveiller le soleil ?
- C'est que depuis que le singe a blessé mon petit, je n'ai plus le goût à rien, répondit-elle.
- A toi maintenant, singe, dit le roi. Pourquoi as-tu blessé le petit ?
- C'est que, répondit celui-ci, j'ai entendu le corbeau qui donnait l'alerte. j'ai voulu l'aider en sautant de branche en branche. Hélas ! l'une d’elles a cassé....
- A toi maintenat, corbeau, dit le roi. Pourquoi donnais-tu l'alerte ?
- C'est que, répondit celui-ci, j'ai vu détaler le lapin aussi vite que s'il vous avait eu à ses trousses.
- A toi maintenant, lapin, dit le roi. Pourquoi courais-tu si vite ?
 - C'est que, répondit celui-ci, un python avait fait irruption dans mon terrier. Je croyais qu'il voulait me manger tout cru.
- A toi maintenant, python, demanda le roi. Pourquoi es-tu entré aussi vite dans le terrier du lapin ?
- C'est que, répondit celui-ci, l'iguane n'avait pas répondu à mon bonjour et je croyais qu'il me voulait du mal, alors j'ai préféré me cacher dans le premier terrier venu.
le lion voulut interroger l'iguane, mais à cause de ses oreilles bouchées, il n'avait pas entendu l'invitation. L'antilope alla le chercher.
Quand ils virent l'iguane avec ses touffes d'herbes dans les oreilles, tous les animaux oublièrent un instant cette nuit qui n'en finisait pas et éclatèrent de rire. Le lion reprit ses esprits et demanda à l'iguane de se déboucher les oreilles, car il avait une importante question à lui poser :
- Pourquoi n'as-tu pas dit bonjour au python ?
- Mais, je ne l'ai pas entendu ! J'avais bouché mes oreilles pour ne plus entendre les stupidités du moustique !
- Donc, dit le lion, s'il fait nuit, c'est de la faute du moustique
qui a énervé l'iguane
qui a fait peur au python
qui a terrorisé le lapin
qui a alarmé le corbeau
qui a inquiété le singe
qui a blesé le petit du hibou
qui n'a plus voulu réveiller le soleil.
Tous les animaux se mirent à cier :
- Il faut punir le moustique !
A ce moment-là, le bébé hibou se réveilla sous l'aile de sa mère qui hulula de bonheur. Cela réveilla le soleil qui se mit aussitôt à briller.
Quant au moustique, ayant tout entendu, il prit soin de ne plus se montrer dans les parages.

De cette aventure, il lui reste encore sa mauvaise conscience.
C'est pourquoi, dans la pénombre, alors que vous ne pouvez pas l'apercevoir, il vient vous bourdonner sa sempiternelle question à l’oreille : "Êtes-vous encore fâché contre moi ? Êtes-vous fâché contre moi ?"
Et comment répondez-vous à un visiteur aussi bavard ? Après avoir en vain tenté de vous en débarrasser, vous vous bouchez les oreilles....

***
Conte africain
Tiré de "Mille ans de contes pour rire"
Éditions Milan jeunesse
 








samedi 21 septembre 2013

Le grand frisson de Gaston Hérisson

Ce soir, papa et maman hérisson vont au cinéma en amoureux. Gaston sera le baby-sitter de Josette, Juliette et jeannette, ses trois petites sœurs. Gaston n'a peur de rien. Monstres, vampires, fantômes, il ne craint personne.
"Qui s 'y frotte, s'y pique" c'est sa devise.
Maman Hérisson lui fait mille recommandations, papa Hérisson lui confie les clés de la maison. Enfin, les voilà partis.
- Bon, maintenant, on va faire pipi, on se brosse les dents et ouste... au lit, annonce Gaston.
Mais Josette saute sur son lit, Juliette se fait des moustaches avec le dentifrice et Jeannette utilise le pot comme un casque de pompier.
- ça suffit ! gronde Gaston. Si vous n'êtes pas sages, pas de Grand Schnorklisson...
Comme par magie, les petites se précipitent dans leurs lits. L'histoire du Grand Schnorklison qui dévore les petits hérissons, c'est justement leur histoire préférée.
- C'est si bon, dit Josette, d'écouter une histoire à vous faire dresser les piquants quand on se sent bien à l'abri avec un grand frère qui n'a peur de rien !
- Il était une fois, commence Gaston, un monstre aux yeux de braise. Il habitait dans une sombre forêt et ne sortait que les nuits de pleine lune...
Bientôt, les petites sœurs baillent, et toutes trois sont déjà endormies quand le Grand Schnorklisson de l'histoire s'apprête à capturer un hérisson solitaire.
Sans bruit, Gaston ferme le livre et borde Josette, Juliette et Jeannette, quand, tout à coup :
Toc, toc, toc....
On frappe au carreau.
Gaston rassemble tout son courage et ouvre la fenêtre.
- Ne crains rien, murmure un vieux sapin. ce n'est que ma branche secouée par le vent...
Gaston ferme les volets.
Dans leurs découpes en forme de coeur, il aperçoit la pleine lune, quand, soudain :
Hou hou hou...
On gémit devant la porte.
Gaston pense : "Qui s'y frotte, s 'y pique"
Puis il ouvre la porte
- N'aie pas peur, souffle le vent, ce n'est que l'orage qui chante sa chanson....
Mais deux yeux flamboyants s'approchent dans le noir.
Gaston ne peut s'empêcher de penser au Grand Schnorklisson. Mais une hulotte lui répond :
- Cesse de trembler, je ne fais que passer.
Gaston retourne dan la maison.
Il se glisse sous la couette.
Quand, soudain, la porte s'ouvre. Gaston ressent un grand frisson. pour la première fois de sa vie, il a peur !
Ses piquants sont tout ramollis.
Il a envie de crier : "Au secours ! un monstre ! un vampire ! un fantôme !"
Mais il pense aux vieux sampin, au vent, à la hulotte et, quand il aperçoit papa et maman Hérisson qui sont revenus du cinéma, il dit fièrement :
- Tiens, vous rentrez déjà ?

***
Conte de Bénédicte Rauch
Texte publié dans la magazine Toupie N° 128

lundi 26 août 2013

Un hérisson au paradis

Il était une fois un petit hérisson qui venait de mourir. Il arriva au paradis, où tout le monde fut très gentil avec lui. On lui donna même un petit coin de verdure avec un arbre pour qu'il puisse aller nicher tranquillement sous ses racines. mais, au bout de quelque temps, il fit son baluchon et dit qu'il s'en retournait sur la terre.
Le gardien de l'endroit lui demanda si q elque chose lui avait déplu ou s'il lui manquait quoi que ce soit.
- Non, répondit le hérisson. Tout va bien ici. Seulement, je voudrais retrouver mon petit coin de jardin, là-bas, sur la terre.
- Mais pourquoi ? dit le gardien. Puisque tout est pareil ici !
- Eh bien, justement, répondit le hérisson, en poussant la porte. Si tout est pareil, je préfère être la-bas.
Et ceci dit, il partit.

samedi 24 août 2013

Gros poisson

Un jour, deux pêcheurs assis sur des rochers se mirent à discuter. bien sûr, chacun voulait prouver à l'autre qu'il prenait les plus gros poissons.
- Moi, dit le premier, je pêche des sardines si grosses que je ne trouve jamais de poêles assez grandes pour les faire cuire...
- Eh bien moi, dit l'autre, je prends des poissons si énormes qu'ils ne pourraient même pas tenir dans une barque !
- Tu ne vas quand même pas me dire que tu pêches la baleine ! dit le premier pêcheur en éclatant de rire.
- Bien sûr que non, lui répondit le second. Moi, les baleines, je m'en sers comme appât !

vendredi 23 août 2013

Dame misère

Un jour, Dame Misère tomba gravement malade. Elle resta couchée durant plusieurs jours sans pouvoir remuer le moindre orteil tant elle était faible. Le bruit courut qu’elle allait fort mal et qu'il fallait lui porter secours.
Quelques pauvres vinrent à son chevet pour lui offrir le peu qu'ils avaient. Les uns apportèrent une poignée de dattes, les autres une cuillère de miel, d'autres encore une orange.
Dame Misère les remercia du fond du cour et lorsqu'elle reprit quelques forces, leur demanda :
- Comment se fait-il que seuls les pauvres aient répondu à mes appels ? Et les riches ? N'ont-ils rien entendu ?
- Oh ! Vous savez comment ils sont ! Toujours occupés à mille choses importantes, ils n'ont pas eu le temps de venir vous voir.
Dame Misère garda le silence quelques instants, puis, une lueur de colère dans l’œil, elle déclara :
- Eh bien, puisque c'est comme ça, je fais le serment que jamais plus je ne mettrai les pieds chez eux !
Et voilà pourquoi Dame Misère ne pousse jamais la porte des maisons des riches.

lundi 1 juillet 2013

Le briquet

Un soldat s'en venait d'un bon pas sur la route.
Une deux, une deux ! sac au dos et sabre au côté. Il avait été à la guerre et maintenant, il rentrait chez lui. Sur la route, il rencontra une vieille sorcière. Qu'elle était laide !! sa lippe lui pendait jusque sur la poitrine.
- Bonsoir soldat, dit-elle. Ton sac est grand et ton sabre est beau, tu es un vrai soldat. je vais te donner autant d'argent que tu voudras.
- Merci, vieille, dit le soldat.
- Vois-tu ce grand arbre ? dit la sorcière. Il est entièrement creux. Grimpe au sommet, tu verras un trou, tu t'y laisseras glisser jusqu'au fond. je t'attacherai une corde autour du corps pour te remonter quand tu m'appelleras.
- Mais qu'est-ce que je ferai au fond de l'arbre ?
- Tu y prendras de l'argent, dit la sorcière. Quand tu seras au fond tu te trouveras dans une grande galerie éclairée par des centaines de lampes. Devant toi il y aura trois portes. Tu pourras les ouvrir, les clés sont dessus. Si tu entres dans la première chambre, tu verras un grand chien assis au beau milieu sur un coffre. Il a des yeux grands comme des soucoupes, mais ne t'inquiète pas de ça. je te donnerai mon tablier à carreaux bleus que tu étendras par terre, tu saisiras le chien et tu le poseras sur mon tablier. Puis tu ouvriras le coffre et tu prendras autant de pièces que tu voudras. Celles-là sont en cuivre ... Si tu préfères des pièces d'argent, tu iras dans la deuxième chambre! Un chien y est assis avec des yeux grands comme des roues de moulin. Ne t'inquiète encore pas de ça. Pose-le sur mon tablier et prends des pièces d'argent, autant que tu en veux. Mais si tu préfères l'or, je peux aussi t'en donner - et combien! - tu n'as qu'à entrer dans la troisième chambre. Ne t'inquiète toujours pas du chien assis sur le coffre. Celui-ci a les yeux grands chacun comme la "Tour Ronde" de Copenhague' et je t'assure que pour un chien, c'en est un. Pose-le sur mon tablier et n'aie pas peur, il ne te fera aucun mal. Prends dans le coffre autant de pièces d'or que tu voudras.
- Ce n'est pas mal du tout ça, dit le soldat. Mais qu'est-ce qu'il faudra que je te donne à toi, la vieille ? je suppose que tu veux quelque chose.
- Pas un sou dit la sorcière. Rapporte-moi seulement le vieux briquet que ma grand-mère a oublié la dernière fois qu'elle est descendue dans l'arbre.
- Bon, dit le soldat, attache-moi la corde autour du corps.
- Voilà - et voici mon tablier à carreaux bleus.

Le soldat grimpa dans l'arbre, se laissa glisser dans le trou, et le voilà, comme la sorcière l'avait annoncé, dans la galerie où brillaient des centaines de lampes. Il ouvrit la première porte. Oh! le chien qui avait des yeux grands comme des soucoupes le regardait fixement.
Tu es une brave bête lui dit le soldat en le posant vivement sur le tablier de la sorcière. Il prit autant de pièces de cuivre qu'il put en mettre dans sa poche, referma le couvercle du coffre, posa le chien dessus et entra dans la deuxième chambre.
Brrr !! le chien qui y était assis avait, réellement, les yeux grands comme des roues de moulin.
Ne me regarde pas comme ça, lui dit le soldat, tu pourrais te faire mal.
Il posa le chien sur le tablier, mais en voyant dans le coffre toutes ces pièces d'argent, il jeta bien vite les sous en cuivre et remplit ses poches et son sac d'argent. Puis il passa dans la troisième chambre.
Mais quel horrible spectacle ! Les yeux du chien qui se tenait là étaient vraiment grands chacun comme la "Tour Ronde" de Copenhague et ils tournaient dans sa tête comme des roues.
Bonsoir, dit le soldat en portant la main à son képi, car de sa vie, il n'avait encore vu un chien pareil et il l'examina quelque peu. Mais bientôt il se ressaisit, posa le chien sur le tablier, ouvrit le coffre.
Dieu! ... que d'or ! Il pourrait acheter tout Copenhague avec ça, tous les cochons en sucre des pâtissiers et les soldats de plomb et les fouets et les chevaux à bascule du monde entier. Quel trésor !
Il jeta bien vite toutes les pièces d'argent et prit de l'or. Ses poches, son sac, son képi et ses bottes, il les remplit au point de ne presque plus pouvoir marcher. Eh! bien, il en avait de l'argent cette fois! Vite il replaça le chien sur le coffre, referma la porte et cria dans le tronc de l'arbre :
- Remonte-moi, vieille.
- As-tu le briquet ? demanda-t-elle.
- Ma foi, je l'avais tout à fait oublié, fit-il et il retourna le prendre.
Puis la sorcière le hissa jusqu'en haut et le voilà sur la route avec ses poches, son sac, son képi, ses bottes pleines d'or !
- Qu'est-ce que tu vas faire de ce briquet ? demanda-t-il.
- Ça ne te regarde pas, tu as l'argent, donne-moi le briquet !
- Taratata, dit le soldat. Tu vas me dire tout de suite ce que tu vas faire de ce briquet ou je tire mon sabre et je te coupe la tête.
- Non, dit la vieille sorcière.
Alors, il lui coupa le cou. La pauvre tomba par terre et elle y resta. Mais lui serra l'argent dans le tablier, en fit un baluchon qu'il lança sur son épaule, mit le briquet dans sa poche et marcha vers la ville.

Une belle ville c'était. Il alla à la meilleure auberge, demanda les plus belles chambres, commanda ses plats favoris. Puisqu'il était riche...
Le valet qui cira ses chaussures se dit en lui-même que pour un monsieur aussi riche, il avait de bien vieilles bottes. Mais dès le lendemain, le soldat acheta des souliers neufs et aussi des vêtements convenables.
Alors il devint un monsieur distingué. Les gens ne lui parlaient que de tout ce qu'il y avait d'élégant dans la ville et de leur roi, et de sa fille, la ravissante princesse.
Où peut-on la voir ? demandait le soldat.
On ne peut pas la voir du tout, lui répondait-on. Elle habite un grand château aux toits de cuivre entouré de murailles et de tours. Seul le roi peut entrer chez elle à sa guise car on lui a prédit que sa fille épouserait un simple soldat; et un roi n'aime pas ça du tout.
- Que je voudrais la connaître, dit le soldat, mais il savait bien que c'était tout à fait impossible.
Alors il mena une joyeuse vie, alla à la comédie, roula carrosse dans le jardin du roi, donna aux pauvres beaucoup d'argent - et cela de grand cœur - se souvenant des jours passés et sachant combien les indigents ont de peine à avoir quelques sous.
Il était riche maintenant et bien habillé, il eut beaucoup d'amis qui, tous, disaient de lui: quel homme charmant, quel vrai gentilhomme. Cela le flattait.
Mais comme il dépensait tous les jours beaucoup d'argent et qu'il n'en rentrait jamais dans sa bourse, le moment vint où il ne lui resta presque plus rien. Il dut quitter les belles chambres, aller loger dans une mansarde sous les toits, brosser lui-même ses chaussures, tirer l'aiguille à repriser. Aucun ami ne venait plus le voir... trop d'étages à monter.

Par un soir très sombre - il n'avait même plus lès moyens de s'acheter une chandelle - il se souvint qu'il en avait un tout petit bout dans sa poche et aussi le briquet trouvé dans l'arbre creux où la sorcière l'avait fait descendre. Il battit le silex du briquet et au moment où l'étincelle jaillit, voilà que la porte s'ouvre. Le chien aux yeux grands comme des soucoupes est devant lui.
- Qu'ordonne mon maître ? demande le chien.
- Quoi! dit le soldat. Voilà un fameux briquet s'il me fait avoir tout ce que je veux. Apporte-moi un peu d'argent. Hop ! voilà l’animal parti et hop ! le voilà revenu portant, dans sa gueule, une bourse pleine de pièces de cuivre.
Alors le soldat comprit quel briquet miraculeux il avait là. S'il le battait une fois, c'était le chien assis sur le coffre aux monnaies de cuivre qui venait, s'il le battait deux fois, c'était celui qui gardait les pièces d'argent et s'il battait trois fois son briquet, c'était le gardien des pièces d'or qui apparaissait. Notre soldat put ainsi redescendre dans les plus belles chambres, remettre ses vêtements luxueux. Ses amis le reconnurent immédiatement et même ils avaient beaucoup d affection pour lui.
Cependant un jour, il se dit : C'est tout de même dommage qu on ne puisse voir cette princesse. On dit qu'elle est si charmante ... A quoi bon si elle doit toujours rester prisonnière dans le grand château aux toits de cuivre avec toutes ces tours ?
Est-il vraiment impossible que je la voie ? Où est mon briquet ?
Il fit jaillir une étincelle et le chien aux yeux grands comme des soucoupes apparut.
- Il est vrai qu'on est au milieu de la nuit, lui dit le soldat, mais j'ai une envie folle de voir la princesse.
En un clin d’œil, le chien était dehors et l'instant d'après, il était de retour portant la princesse couchée sur son dos. Elle dormait et elle était si gracieuse qu'en la voyant, chacun aurait reconnu que c'était une vraie princesse. Le jeune homme n'y tint plus, il ne put s'empêcher de lui donner un baiser car, lui, c'était un vrai soldat.
Vite le chien courut ramener la jeune fille au château mais le lendemain matin, comme le roi et la reine prenaient le thé avec elle, la princesse leur dit qu'elle avait rêvé la nuit d'un chien et d'un soldat et que le soldat lui avait donné un baiser.
- Eh! bien, en voilà une histoire ! dit la reine.
Une des vieilles dames de la cour reçut l'ordre de veiller toute la nuit suivante auprès du lit de la princesse pour voir si c'était vraiment un rêve ou bien ce que cela pouvait être !
Le soldat se languissait de revoir l'exquise princesse ! Le chien revint donc la nuit, alla la chercher, courut aussi vite que possible ... mais la vieille dame de la cour avait mis de grandes bottes et elle courait derrière lui et aussi vite. Lorsqu'elle les vit disparaître dans la grande maison, elle pensa: "Je sais maintenant où elle va " et, avec un morceau de craie, elle dessina une grande croix sur le portail. Puis elle rentra se coucher.

Le chien, en revenant avec la princesse, vit la croix sur le portail et traça des croix sur toutes les portes de la ville. Et ça, c'était très malin de sa part; ainsi la dame de la cour ne pourrait plus s'y reconnaître.
Au matin, le roi, la reine, la vieille dame et tous les officiers sortirent pour voir où la princesse avait été.
- C'est là, dit le roi dès qu'il aperçut la première porte avec une croix.
- Non, c'est ici mon cher époux, dit la reine en s'arrêtant devant la deuxième porte.
- Mais voilà une croix... en voilà une autre, dirent-ils tous, il est bien inutile de chercher davantage.
Cependant, la reine était une femme rusée, elle savait bien d'autres choses que de monter en carrosse. Elle prit ses grands ciseaux d'or et coupa en morceaux une pièce de soie, puis cousit un joli sachet qu'elle remplit de farine de sarrasin très fine. Elle attacha cette bourse sur le dos de sa fille et perça au fond un petit trou afin que la farine se répande tout le long du chemin que suivrait la princesse.
Le chien revint encore la nuit, amena la princesse sur son dos auprès du soldat qui l'aimait tant et qui aurait voulu être un prince pour l'épouser.
Mais le chien n'avait pas vu la farine répandue sur le chemin depuis le château jusqu'à la fenêtre du soldat.
Le lendemain, le roi et la reine n'eurent aucune peine à voir où leur fille avait été.
Le soldat fut saisi et jeté dans un cachot lugubre ! ... Oh ! qu'il y faisait noir !

- Demain, tu seras pendu, lui dit-on. Ce n'est pas une chose agréable à entendre, d'autant plus qu'il avait oublié son briquet à l'auberge.
Derrière les barreaux de fer de sa petite fenêtre, il vit le matin suivant les gens qui se dépêchaient de sortir de la ville pour aller le voir pendre. Il entendait les roulements de tambours, les soldats défilaient au pas cadencé. Un petit,apprenti cordonnier courait à une telle allure qu'une de ses savates vola en l'air et alla frapper le mur près des barreaux au travers desquels le soldat regardait.
- Hé ! ne te presse pas tant. Rien ne se passera que je ne sois arrivé. Mais si tu veux courir à l'auberge où j'habitais et me rapporter mon briquet, je te donnerai quatre sous. Mais en vitesse.
Le gamin ne demandait pas mieux que de gagner quatre sous. Il prit ses jambes à son cou, trouva le briquet...
En dehors de la ville, on avait dressé un gibet autour duquel se tenaient les soldats et des centaines de milliers de gens. Le roi, la reine étaient assis sur de superbes trônes et en face d'eux, les juges et tout le conseil.
Déjà le soldat était monté sur l'échelle, mais comme le bourreau allait lui passer la corde au cou, il demanda la permission - toujours accordée, dit-il, à un condamné à mort avant de subir sa peine - d'exprimer un désir bien innocent, celui de fumer une pipe, la dernière en ce monde.
Le roi ne voulut pas le lui refuser et le soldat se mit à battre son briquet: une fois, deux fois, trois fois! et hop! voilà les trois chiens : celui qui avait des yeux comme des soucoupes, celui qui avait des yeux comme des roues de moulin et celui qui avait des yeux grands chacun comme la "Tour Ronde" de Copenhague.
- Empêchez-moi maintenant d'être pendu! leur cria le soldat.
Alors les chiens sautèrent sur les juges -et sur tous les membres du conseil, les prirent dans leur gueule, l'un par les jambes, l'autre par le nez, les lancèrent en l'air si haut qu'en tombant, ils se brisaient en mille morceaux.
- Je ne tolérerai pas... commença le roi. Mais le plus grand chien le saisit ainsi que la reine et les lança en l'air à leur tour.
Les soldats en étaient épouvantés et la foule cria:
- Petit soldat, tu seras notre roi et tu épouseras notre délicieuse princesse.
On fit monter le soldat dans le carrosse royal et les trois chiens gambadaient devant en criant "bravo". Les jeunes gens sifflaient dans leurs doigts, les soldats présentaient les armes.
La princesse fut tirée de son château aux toits de cuivre et elle devint reine, ce qui lui plaisait beaucoup.

La noce dura huit jours, les chiens étaient à table et roulaient de très grands yeux.

***
Conte de Hans Christian Andersen

Illustration : http://www.kob-one.com/reference/15125/illustration/le-briquet

vendredi 14 juin 2013

Histoires de mille-pattes





Une sauterelle et un mille-pattes se sont donné rendez-vous chez une fourmi.
La sauterelle et la fourmi attendent plus d'une heure ; le mille-pattes arrive, tout essoufflé :

- Mais que faisais-tu ? lui demande la sauterelle.
- Eh bien, dehors il y a un écriteau : "Essuyez vos pieds SVP, répond le mille-pattes.

***

Un petit mille-pattes dit à sa maman :
- J'ai mal à une patte.
- Laquelle ? dit sa amamn.
- Je ne sais pas. On n'a appris à compter que jusqu'à dix, à l'école.

jeudi 13 juin 2013

Macaron, le petit mouton

Dans le pré, Lison et Marion jouent au ballon. Macaron, le petit mouton, les regarde avec des yeux ronds.
- Mais que veut-il, ce petit mouton ? interroge Marion.
- Il a peut-être faim, répond Lison.
Elle fouille dans ses poches. Elle y trouve trois bonbons et un vieux morceau de saucisson. Elle les donne à Macaron. Mais le petit mouton secoue la tête tristement : il n'a pas faim. D’ailleurs, il n'aime ni les bonbons, ni le vieux saucisson.
- Mais que veut-il, ce petit mouton ? répète Marion.
- Il a peut-être froid, répond Lison.
Elle enlève son bonnet et l'enfonce sur la tête de Macaron.
Le petit mouton est furieux : le bonnet lui tombe sur les yeux. Il n'y voit plus du tout. D'ailleurs, il n'aime ni les bonnets, ni les bonbons, ni le vieux saucisson.
- Mais que veut-il, ce petit mouton ? demande Marion.
- Il est peut-être malheureux, répond Lison.
Elle prend Macaron dans ses bras. Elle le caresse. Elle lui chante une chanson pour le consoler.
Le petit mouton fait la grimace. Lison chante trop fort dans ses oreilles. D'ailleurs, il n'aime ni les chansons, ni les bonnets, ni les bonbons, ni le vieux saucisson.
- Mais enfin, que veut-il, ce petit mouton ? soupire Lison.
- Il veut peut-être s'amuser, répond Marion.
Et elle lance le ballon à Macaron. Le petit mouton le rattrape avec la tête.
Il cabriole, gambade, pirouette. Lison et Marion le regardent avec des yeux ronds.
Macaron n'aime ni les chansons, ni les bonnets, ni les bonbons, ni le vieux saucisson.
macaron aime jouer au ballon.
Et c'est un vrai champion.

***
Texte de Annie Bournat
Publié dans le magazine Toupie, N° 16 (Janvier 1987)

vendredi 12 avril 2013

La maman qui ne savait pas raconter une histoire

- Raconte-moi une histoire, demande Delphine à sa maman, quand elle rentre le soir.
- Oh ! soupire maman, j'ai mille choses à faire !
- S'il te plait, ajoute Delphine.
- Bon, daccord, dit-elle et elle commence : "La petite princesse s'appelait Blanche-Neige et la nouvelle reine ne l'aimait pas. Un jour, un prince arrive sur son cheval blanc....
- C'est toi chéri ? demande maman en levant la tête.
Delphine s'étonne :
- Ah ? Elle lui dit déjà chéri ? Ils ne sont pas encore mariés pourtant !
Sa maman se met à rire :
- Mais non, petite sotte ! Je dis chéri à ton papa qui vient de rentrer ! Cours lui donner un bisou !
- ça y est, répond Delphine, continue, maman !
Maman reprend l'histoire : "Donc le prince dit à Blanche-Neige :
- Princesse, jolie princesse, ne fuyez pas !
Alors, le papa de Delphine se met à raconter des blagues :
- Princesse, répète-t-il, ne fuyez pas ! Ne faites pas comme notre lave-vaisselle. Parce que lui, il fuit !
Maman éclate de rire, mais delphine regarde son papa d'un air fâché.
- Pendant ce temps, continue la maman , la méchante reine demande à son miroir magique :
- Miroir, suis-je la plus belle du royaume ?
- Non, se met à crier papa qui fait le fou. Non ! La vilaine reine est moche comme un singe ! Elle sent le camembert pourri ! La plus belle du royaume, c'est maman !
Et il se met à faire des bisous à maman.
- Arrête papa, dit Delphine. Tu nous énerves !
- Oui, ajoute la maman, va plutôt préparer le dîner !
- Il n'y a plus rien dans le frigo ! crie papa. Puis il fait sa grosse voix et dit : Puisqu'il n'y a plus rien à manger, demain nous irons perdre Delphine dans la forêt comme le Petit Poucet !
Mais Delphine a l'air de s'en moquer complétement.
- Coninue maman, s'impatiente-t-elle, continue mon histoire s'il te plait !
Pendant ce temps, la maman de Delphine a passé quelques pages pour aller plus vite :
" Blanche-Neige arrive dans la maison des petits nains et elle se met à tout ranger...
- C'est vrai ça, Delphine, on devrait faire un peu de ménage ici aussi... ajoute maman.
- Après mon histoire, maman, répond Delphine qui trépigne d'impatience. Termine mon histoire !
- Mais tu la connais par cœur, soupire sa maman.
Pourtant elle saute encore quelques pages et raconte :
" Alors blanche-Neige mange une pomme empoisonnée et meurt. Le prince arrive. Il est désespéré. Il lui donner un baiser d'amour et alors Blanche-neige ouvre les yeux et s'écrie :
- A table, princesse, crie le papa du fond de sa cuisine. A table ! ou les patates vont brûler !
Alors là Delphine est furieuse ! Elle jette le livre à terre et elle hurle :
- J'en ai assez ! Marre ! Marre ! Marre ! Jamais le prince il dirait : "A table, princesse, ou les patates vont brûler !" Ce ne sont pas des paroles de prince, ça ! Ce n'est même pas écrit dans le livre ! Vous racontez n'importe quoi, rien que pour m'embêter !
Et Delphine pleure, pleure, toute fâchée, toute triste, toute désolée. Maman est toute penaude ; elle prend Delphine dans ses bras et elle lui murmure :
- Ne pleure plus ma petite Finouche. Je ne voulais pas te faire de peine... C'est vrai, j'ai mal raconté mais c'est qu'elle m'embête un peu cette histoire ! Et puis le soir en rentrant, ce n'est pas un très bon moment pour te raconter des histoires ; après dîner, ce serait mieux, tu ne crois pas ? 
Delphine veut bien.
Et puis elle veut bien aller dîner aussi parce qu'elle a faim. Alors toutes les deux vont rejoindre le papa dans la cuisine. Mais le papa a l'air tout ennuyé :
- Trop tard, les princesses, dit-il ; je vous avais prévenues ; le patates ont brûlé !

***
 Tiré du livre "Mille ans de contes"
Texte de Jo Hoestland 
Publié dans le magazine Toboggan N° 82
Éditions Milan




jeudi 11 avril 2013

Le secret des oeufs de Pâques

Il était une fois un petit pays tranquille où, lorsque le printemps s’annonçait, les gens, dans chaque village, organisaient un grand marché.Ils enfilaient leur costume de fête et s'installaient sur la place principale pour vendre ce qu'ils avaient produit de meilleur ou de plus beau : des couronnes de brioche ou de pain doré, des œufs, des outils de bois sculpté, des ceintures de cuir ... La nature elle-même participait à l'événement. Les pommiers s'habillaient de blanc, les papillons défroissaient leurs ailes et les fleurs leurs pétales.
Un jour, au centre d'un de ces villages, comme d'habitude à cette époque, des fermières comparaient les œufs de leur poulailler. C'était à qui aurait les plus gros, les plus ronds ou les plus blancs.
Seule une vieille femme se taisait. Elle ne possédait pour toute fortune qu'une petite poule maigrichonne qui ne lui avait donné que trois petits œufs pas plus gros que des billes.
La vieille femme soupirait :
- Je suis si pauvre, ma poulette, que je t'ai mal nourrie et que tes œufs sont tout juste bons à offrir aux enfants pour jouer aux billes. Comme il faut cependant que je vende quelque chose afin de gagner quelques sous, c'est toi que je vais être obligée de mettre à l'étalage...
A ces mots, la petite poule se mit à crier :
- Pitié, ma bonne dame ! Je ne veux pas finir rôtie. Si vous me gardez, je vous promets de pondre l'année prochaine les œufs les plus extraordinaires !
La vieille femme n'en crut rien, mais elle se laissa attendrir et rentra chez elle avec sa poulette. Une année passa. Et la vieille femme, de plus en plus pauvre, n'avait que quelques poignées de riz à donner à sa petite poule en guise de nourriture.
Le jour du marché approchait et la petite bête dépérissait. Elle comprit qu'elle ne pouvait pondre des oeufs plus gros que ceux de l'an passé et, désespérée, elle alla se cacher dans un champ pour se lamenter :
- Que vais-je devenir si je ne suis pas capable de donner à ma maîtresse que trois petits œufs tout juste bons à offrir aux enfants pour jouer aux billes ? Cette fois, elle sera forcée de me vendre, et je finirai dans l'assiette d'un gros fermier !
Toute à sa peine, elle ne se rendit pas compte que les fleurs et les papillons l'écoutaient.
- Nous ne laisseront pas faire cela ! chuchotèrent-ils.

A la nuit tombée, les fleurs se couchèrent sur le sol, formant une sorte de litière multicolore au creux de laquelle se blottit la petite poule. Puis les papillons étendirent leurs ailes sur elle comme une couverture bruissante et bariolée.
Au matin, lorsqu'elle se réveilla, la poulette se sentit fraîche, dispose, et même si ragaillardie qu'elle se mit à chanter et pondit une demi-douzaine d’œufs. Et ces œufs-là n'étaient pas ordinaires ! Ils n'étaient toujours pas bien gros, mais ils possédaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Et même, à y regarder de près, on pouvait voir sur leur coquille de très jolis dessins comme on peut en admirer sur les ailes des papillons.
- Toute heureuse, la petite poule courut chercher sa maîtresse. Celle-ci examina les œufs un par un avant de les ranger dans son tablier :
- Tu as tenu ta promesse. Ce sont bien les œufs les plus extraordinaires que l'on puisse voir ! J'ai eu raison de ne pas te vendre !
Le jour du marché, les œufs de la vieille femme attirèrent les curieux. On se bouscula pour les acheter et la pauvre fermière récolta plus de pièces d'argent qu'elle n'en avait jamais eues dans sa vie.
Depuis lors, chaque année, dans ce petit village, puis dans tout le pays, et même dans les contrées voisines, les gens essayèrent de copier les oeufs de la vieille dame en peignant et décorant les leurs. Mais ils ne réussirent jamais à les égaler en couleurs et en délicatesse, car la petite poule, les fleurs des champs et les papillons gardèrent bien leur secret.
C'est ainsi que, chaque année, lorsque s'annonce le printemps, on prit dans ce petit pays et ensuite dans le monde entier l'habitude de décorer les oeufs ....

***
Conte tiré de "Milles ans de contes"
Texte de Claude Clément
Éditions Milan

mercredi 6 mars 2013

Le farfadet


Les farfadets sont vieux, tout petits, ridés, tordus. Ils vivent en Irlande, portent des tabliers de cuir, fument de minuscules pipes, gardent sous la main une bouteille de bière. Ce sont les cordonniers des fées.
Tous les farfadets possèdent une marmite pleine de pièces d'or dans une cachette secrète ; nul n'a pu la découvrir, car ce sont des créatures malignes.
Un jour, un fermier dans son champ faillit poser le pied sur un de ces bonshommes qui poussa un cri :
- Aïe !
- Qu'est cela ? Ah ! un farfadet, tiens, tiens, où est ta marmite d'or ?
- Je ne le dirai pas, répondit le petit homme.
Alors le fermier le saisissant par le col de sa chemise, hurla dans son oreille :
- Vraiment ? tu me le diras ou je et cogne la tête avec ma pelle. En route, ouste, je te surveille.
Durant des heures, le farfadet entraîna le fermier à travers collines et vallons jusqu'à ce qu'ils atteignent un énorme vieil arbre. L'homme allait passer dessous quand le farfadet cria :
- Attention, cette branche va tomber !
Effrayé, le fermier lâcha le farfadet qui disparut aussitôt, comme par un coup de baguette magique.
Et c'est ainsi que le malin petit farfadet se débarrassa du fermier cupide et conserva sa marmite et ses pièces d'or.

***
Tiré du livre "Le monde merveilleux des fées, des lutins, des farfadets et des petits nains"
Texte de Marcelle vérité
Éditions Gautier-Languereau

mardi 1 janvier 2013

Le jour de l'An





Élise Fischer, auteur d'"Un rire d'ailleurs", nous entraîne dans ses souvenirs. Fontenoy-la-Joûte, où elle s'est installée, a inspiré "meurtre au village du Livre" à la romancière.

Qui a dit que la tradition des vœux se perdait ? Certes, les jeunes n'écrivent plus, ces cartes que l'on expédiait un peu partout et qui étaient un mauvais moyen de donner des nouvelles, mais Internet, qui n'a pas que des mauvais côtés, propose des envois de cartes animées et sonores. La tradition serait donc ainsi préservée….
Sans vouloir sombrer dans la nostalgie, j'aime me souvenir du jour de l'an de mon enfance. Il n'y avait pas de réveillon chez nous, tout au plus une veillée familiale, avec des gâteaux maisons, des figues séchées, des noix, des oranges, des clémentines, un luxe à cette époque. Je revois mon père qui disposait sur le dessus de la cuisinière les peaux d'oranges qui se consumaient doucement en répandant dans la pièce commune un parfum que je n'ai jamais oublié. Puis, après une ultime histoire de sorcière, les enfants allaient se coucher, le lendemain, il faudrait se lever tôt pour aller présenter les vœux à la grand-mère et aux oncles et tantes. Mes sœurs et moi avions déjà les yeux brillants de plaisir, nous savions ce que ces visites représentaient… La petite pièce glissée dans la main pour la laisser ensuite tomber dans la tirelire. Maman nous réveillait vers huit heures, procédait à la toilette, nattait nos cheveux, y mettait un flot (1), ajoutait une goutte d'eau de Cologne au poignet et derrière les oreilles et nous étions fin prêtes pour lancer d'abord à la grand-mère Mélie : "Bonne année, bonne santé, un petit cochon dans la cheminée…" symbole de prospérité) puis aux oncles et tantes et aux amis…
Les adultes partageaient la brioche et le café, parfois un peu de mirabelle. Il arrivait qu'exceptionnellement les grands enfants aient droit à un canard (2). Et bien évidemment, les langues tournaient pendant que mes sœurs et moi imaginions ce que nous ferions avec les étrennes collectées. Si elles rêvaient de babioles ou d'habits pour leur baigneur, moi, je comptais et recomptais pour m'offrir un livre. Je savais qu'en tournant les pages, je ferais le plus beau des voyages, en attendant d'écrire les miens… Je rêve encore, amis lecteurs, sans oublier toutefois de vous offrir mes meilleurs vœux pour 2013

(1) Mot lorrain, ruban noué
(2) Une goutte de mirabelle sur un morceau de sucre

Bonne Année


Que 2013 vous apporte tout ce que vous souhaitez...
Que la joie et le bonheur soient au rendez-vous
et vous gardent en bonne santé

A bientôt
Aby et Mélusine

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...